Gravity, pesanteur stratosphérique


Il y a dans Gravity, le dernier film d’Alfonso Cuaron, une gravité certaine… et un sens important du spectacle. N’importe qui ayant un jour foulait du pied les allées du Futuroscope à Jaunay-Clan, de la Cité des Sciences à Paris ou bien d’une fête foraine locale proposant comme attraction la fameuse navette spatiale diffusant des films 3D aura une légère impression de déjà-vu à la diffusion du film. Mais dans ces attractions, les séances sont courtes, et c’est là que Cuaron réussit son pari, il n’y a aucunes longueurs, la narration est limpide, le scénario est simple mais captivant. Époustouflant, voilà le mot pour des effets spéciaux à couper le souffle. La reconstitution des navettes et des stations spatiales est déjà bluff ante. Mais le clou du spectacle, c’est aussi, et surtout, les vues de la Terre depuis l’espace. La restitution de l’immensité stellaire est mise en abîme par la courbe terrestre. La Terre est autant perdu dans l’espace infini que les protagonistes eux-mêmes. Sandra Bullock et George Clooney, que l’on ne présente plus, sont les deux héros de cette épopée. Les deux héros entraînés par la NASA, ont subi une formation compliquée autant physiquement qu’intellectuellement. Pourtant les scénaristes tendent constamment à rendre aussi ordinaire que le commun des mortels sont lancés dans une aventure hors protocole qui les dépassent. De destruction en destruction, des débris qui détruisent leurs navettes vont être le prétexte pour une odyssée moderne autour de notre planète. Chaque explosion est prétexte à une surenchère d’effet 3D savamment dosés. La musique bien pensée par Steven Price remplace parfaitement le bruit des explosions et des flammes pour laisser plus de place aux personnages. Et respecter le parti pris de ne pas créer de bruitage artificiel n’ayant pas lieu dans l’espace. Le show suffit à lui-même pour conseiller d’aller voir le film.

Il ne suffisait pas au réalisateur des « Fils de l’Homme » de réaliser un véritable tour de force technique et un actionner réussi destiné à devenir le blockbuster SF de l’année. Non, il offre également, malgré des dialogues parfois légers, une réflexion sur nos angoisses les plus communes. La solitude tout d’abord, perdus dans l’espace, enfermés dans leur combinaisons, nos astronautes sont isolés physiquement. Puis, ayant perdu tout contact avec Houston, ils sont désormais isolés mentalement. Sandra « Ryan Stone »Bullock, seul, au moment de choisir entre se battre ou abandonner, récréera une présence fictive pour se convaincre. Le vide, ensuite, préoccupation métaphysique pour toute l’humanité, en dehors de toute considération religieuse et ethnique, est le cœur oppressant de Gravity. Les scénaristes font du risque d’être perdu dans le néant, l’effrayant enjeu de la trame narrative mais jamais le problème ne sera affronté frontalement. Lorsque l’on perd le contact avec George « Matt Kovalsky »Clooney, la caméra l’oublie. C’est judicieux. Pire que la peur du vide est la peur de s’y perdre. Et surtout de ne pas le comprendre. Il n’est pas question ici de l’inconnu terrestre, de terre inexplorée mais de l’immensité sans fin impossible à appréhender par l’esprit humain. Le final optimiste appelle à faire corps avec nos racines terrestres. La médecin astronaute se voit offrir une deuxième chance, après avoir côtoyé le rien. Son arrivée sur terre semble nous indiquer que, désormais, chaque petite chose aura une valeur inestimée.

À la fois minimaliste par son cadre, et grandiose par ses effets-spéciaux, Gravity réussit à faire réfléchir – un peu – et d’en mettre plein les mirettes.

Rémy Boeringer

Pour retrouver la bande-annonce :

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