La Vénus à la fourrure, Polanski, roi de la manipulation


À 80 ans, Roman Polanski montre une fois de plus qu’il maîtrise l’écriture cinématographique comme nul autre. Les retournements de situation constants verront le spectateur, tour à tour, s’attacher ou se dégoûter des personnages. Il adapte à l’écran le roman érotique «La Vénus à la fourrure » de Leopold von Sacher-Masoch.

Quand on connaît les méthodes de travail de Polanski, on ne peut s’empêcher de voir dans le personnage de Thomas, dialoguiste et metteur en scène de la pièce qui va se jouer, l’alter-ego de Polanski lui-même. N’a-t-il pas l’habitude de cumuler les casquettes sur ses tournages ? Ne dit-on pas de lui qu’il veut maîtriser tous les aspects de la création d’un long métrage ? N’est-il pas lui-même très exigeant avec ses acteurs ?

Thomas incarné par Mathieu Amalric va donc partir de son théâtre et se plaint des actrices – au téléphone avec sa fiancée – qu’il a auditionné, les trouvant vulgaires, sans vécu, et dénué de talents. Apparaît alors dans l’encadrement de la porte, Vanda incarnée par Emmanuelle Seigner. Il n’est pas dénué de sens de parler ici d’incarnation tant les deux acteurs ne font qu’un avec leurs personnages. Vanda semble totalement écervelée et la manière dont elle mâche son chewing-gum la rend insupportable et vulgaire. On est soulagé lorsqu’elle le crache après avoir, avec beaucoup d’insistance, convaincue Thomas de l’auditionner. La première impression n’est pas toujours la bonne. Dès qu’elle se met à jouer la Vanda du roman, Emmanuelle Seignier donne une toute autre envergure à son rôle. Thomas est estomaqué et fera tout pour faire durer l’audition.

Dès lors, un jeu de manipulation et de pouvoir se met en place entre le metteur en scène et la comédienne. Tandis qu’elle lui reprochera son approche machiste du roman régulièrement, il se défendra en l’accusant d’être enfermé dans des carcans féministes voire marxistes. Deux conceptions dont il juge les vues trop exclusives. Vanda veut lui faire avouer qu’il se retrouve dans les écrits de l’écrivain, il lui rétorque, énervé, que c’est une idiote qui ne comprend pas des sentiments amoureux forts devenues désuets de nos jours. Mais quelques fantasmes enfouis ont tout de même été réveillés chez Thomas pour qui la frontière entre la comédie et la réalité va se brouiller peu à peu…

« La Vénus à la fourrure » vu par Polanski est à la fois féministe et machiste selon le point de vue de chacun des protagonistes. Il met en exergue la difficulté de définir clairement la frontière entre la soumission et la domination. Il fait la part belle à la beauté, l’intelligence et la puissance des femmes, sans pour autant condamner l’homme, en faisant plutôt un pauvre hère. Après un final bacchanal surréaliste, on sort du cinéma convaincu de s’être fait un peu manipulé nous-même. Soutenant une fois l’un, une fois l’autre durant la séance, on ne saurait dire si c’est la pitié ou la culpabilité qui nous étreint. Polanski nous fait aimer, ou plutôt comprendre, les deux interprètes de manière différente. On ne saurait réellement désigner de vainqueurs à l’issu de cette joute verbale d’une heure trente. Si ce n’est que pour l’un de personnage, le réveil sera certainement plus compliqué…

Rémy Boeringer

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