[Direct-to-DVD] Byzantium : Vampires lovecraftiens


Le dernier film de Neil Jordan, réalisateur du mythique Entretien avec un vampire n’est sorti en France qu’en Direct-to-DVD. C’est pourtant une très belle œuvre poétique qui aurait mérité bien plus d’égards. Byzantium nous plonge dans l’histoire d’Éléonore, vampire aux 16 ans éternels en proie aux tourments de l’immortalité.

Éléonore et sa mère Clara sont toutes deux des vampires et partagent une terrible histoire. Jeune cueilleuse de coquillages sur une plage irlandaise du 19ème siècle, Clara est abusée par un militaire anglais en campagne, ce qui la mène dans un bordel où elle finit en servitude. Aux alentours de ses vingt ans, elle subtilise une carte pour une île sans nom où elle réalise un rituel païen venu du fond des âges : dépossédée de la vie, elle se transforme en vampire.

Les scènes filmées sur l’île, magnifique cadre pour de tels événements ténébreux, sont imprégnées d’un puissant accent lovecraftien qui rajoute à la beauté formelle du film. La transformation de Clara est un drame pour la confrérie patriarcale millénaire qui unie et crée les vampires du monde entier. Anomalie, elle est bannie. Lorsqu’elle prend la décision d’amener sa fille au sanctuaire, elle commet l’irréparable en créant une nouvelle vampire. Depuis près de deux siècles, les voici poursuivies par cette société secrète vengeresse, arriérée et réactionnaire. Si le « Saint-sans-nom » a procédé aux transformations des deux femmes, celui-ci ne fait donc pas de distinguo entre les sexes. Les vampires sont décidément d’un autre âge !

Film ambitieux, empli de mélancolie, Byzantium incarne le retour aux sources tant attendu, après la vague Twilight. Classique, il n’apporte pas moins sa marque et une véritable sensibilité. Les deux actrices incarnent avec force et sensualité leur rôle. Saoirse Ronan qui joue Éléonore déambule comme une âme en peine, regardant toujours vers la passé, hantée par le fait de devoir cacher son secret. Elle ne donne la mort qu’à des vieillards qui se sentent prêts et en éprouve pourtant une culpabilité sans fin. Gemma Arterton est touchante, elle incarne un combat féministe par défaut car elle est la source de ce que les misogynes vampires appellent l’abomination. Mais, en parallèle, elle est également hantée à sa manière par son passé bien qu’elle s’enorgueillisse de regarder toujours vers le futur, incapable de se sortir du cercle infernal de prostitution où elle a été jetée enfant par le sinistre et détestable personnage incarné par Jonny Lee Miller. Leur péripétie va leur permettre d’atteindre une maturité salvatrice dans leur relation.

Poétique et puissant, à la fois « digne de Shelley et de Poe », comme le dit un des protagonistes lui-même, Byzantium est le film de vampires à faire découvrir à tous les fans de cinéma fantastique inspiré et haut en couleur.

Rémy Boeringer

 La bande annonce :

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