Miyazaki prend son dernier envol


C’est avec majesté que le roi de l’animation japonaise nous livre l’ultime opus de sa carrière. Tout y est de ce qui a pu faire sa grandeur, son amour des belles mécaniques et des réalisations humaines, sa fascination pour la nature et sa force inextinguible. C’est sur une citation du philosophe français Paul Valéry, mort au sortir de la seconde guerre mondiale, durant laquelle il avait refusé de collaborer et perdu son poste au Centre Universitaire Méditerranéen de Nice.

« Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre ! »

C’est sur cet engagement solennel et sur cette promesse que s’ouvre donc le long métrage d’animation. Jirô Horikoshi, concepteur des chasseurs Zéro japonais, en est le héros. Une partie du film se focalise sur la conception de cet avion. Mais surtout sur les nombreux échecs, les prototypes ratés, qu’a dû essuyer Horikoshi durant sa carrière avant d’y arriver. Il est décrit comme un garçon sensible et rêveur depuis sa plus tendre enfance. Dans ses rêves, il prend de l’altitude et côtoie les nuages. Il y rencontre également son idole, Giovanni Battista Caproni, précurseur italien en aéronautique, qui le conseille et le réconforte. C’est l’occasion pour Miyazaki de développer l’étendu de son talent pour mettre en route avec virtuosité les moteurs et tous les engrenages des appareils. Il sublime ce qu’il y a de magique dans l’ingénierie, ce quelque chose qui fera toujours rêver les enfants, dans plusieurs générations encore, cette invitation au voyage que peuvent être les trains, les avions, et leurs mécaniques complexes pour le commun des mortels. Cette passion de Miyazaki perdure depuis ses premiers films dont « Nausicaä de la vallée du vent ».

Horikoshi est décrit comme un ingénieur ambitieux pris dans la tourmente de la guerre. Le réalisateur semble décrire un inconscient pour qui le seul but dans la vie est de construire de beaux avions. Son ami Kirô Honjô lui dit d’ailleurs qu’ils ne font pas la guerre mais créent seulement des aéronefs. Et le film est émaillé de critiques contre la guerre et la conduite des gouvernements de l’Axe. Difficile de savoir si le personnage historique était aussi pacifique, s’il était juste un inventeur passionné à qui échappait les finalités de son travail, ou bien s’il était un nationaliste patenté. Sûrement, comme beaucoup d’entre nous, était-il beaucoup plus complexe que cela. Quoiqu’il en soit la véritable force symbolique et poétique de cet œuvre est ailleurs, dans un autre combat…

Le véritable combat de Horikoshi, le combat de sa vie, qui éclipse même le bonheur de réussir enfin son prototype, c’est l’amour. Le grand amour. Et le combat contre la maladie de sa femme. À l’aube de ses fiançailles, il apprend qu’elle est atteinte de tuberculose. C’est lors du séisme de 1923 du Kantô qu’il la rencontre une première fois et lui vient en aide. Et ce n’est que bien plus tard que le destin les réunira. Un jour de pluie. Ce jour de pluvieux, alors qu’il lui offre un petit coin de paradis sous son parapluie, les voilà qui s’arrêtent net. Plus une goutte ne tombe. Ils ont capté cet instant fugace, cet endroit inaccessible, où la pluie laisse la place au soleil. N’avez-vous jamais rêvé de vous retrouver là, à cet endroit précis où ces deux mondes se rencontrent ? Le signe marque le début de leur vie de bonheur. Malgré les heures de travail que Mitsubishi exige de lui, il restera toujours, à la moindre seconde de temps libres auprès de sa femme si douce et si aimante. Et si les hasards de la vie l’empêcheront d’être là à ces derniers soupirs, c’est dans ses rêves qu’il la retrouvera portée par le lyrisme de la musique diablement évocatrice de Joe Hisaishi. Et malgré son exhortation à vivre, nous sommes laissés là, tristes, et convaincus que rien ne console la perte de l’amour véritable.

Rémy Boeringer

Le film est sorti le 22 janvier 2014. Retrouvez ici la bande annonce :

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s