Sémélé, sensuelle tragédie grecque, à l’Opéra de Nice


Ce soir se tenait à Nice, la première d’une série de trois représentations de Sémélé, opéra baroque en trois actes de Georg Friedrich Haendel, créé le 10 février 1744 au Royal Opera House, à Covent Garden, quartier de Londres. Haendel y reprend, à l’identique, le livret de William Congreve, composé à l’origine pour le Sémélé de John Eccles. La mise en scène de Jakob Peters-Messer est sobre et efficace.

 Sémélé conte l’histoire mythique de Sémélé (Hélène Le Corre), fille de Cadmus (Denis Sedov), le fondateur légendaire de Thèbes. Celle-ci aurait été enlevé par Jupiter (Valerio Contaldo), métamorphosée en aigle, le jour de ses noces avec Athamas (Xavier Sabata). Athamas que sa sœur aime en secret. Juno, jalouse, décide de se venger de Sémélé, qui coule des jours heureux en compagnie du Dieu suprême, dans la forteresse qu’il lui a fait construire. Toutefois, la mélancolie l’envahit lorsqu’il la laisse seul. Juno en profite pour la tromper, et lui intime l’idée de faire promettre à Jupiter de la visiter sous sa vraie forme. Erreur fatale, Sémélé ne supportera la puissance des éclairs et de la foudre. De son corps carbonisé, Jupiter extrait son enfant, Dionysos.

 L’Opéra de Nice nous offre une mise en scène, sans ambition, mais au demeurant très agréable. Les décors de Markus Meyer, ainsi que les costumes de Sven Bindseil sont d’inspiration contemporaine. Une réalisation déjà éprouvée à Berne en 2011, seulement adaptée aux contraintes niçoises. Sémélé, devenue la maîtresse de Jupiter, est désormais un objet de convoitise. Sa vie de volupté, mais aussi d’ennui, est symbolisée par une mise en relation avec le milieu du star-system, des paparazzi et de la mode. Ainsi, alors que le livret original, respecté à la lettre, indique une héroïne coquette et sensuelle, tout autant que profondément lassée, nous la suivons, déambulant sur scène en comptant ses paires de chaussures, assistant à un défilé de haute couture, ou répondant aux questions des badauds et des journalistes en soif de scoop. Dans la même idée, Jupiter se pare des atours d’un créateur de style sous sa forme humaine. Peters-Messer a d’ailleurs eu le bon goût de ne pas le représenter sous sa forme divine, mais uniquement comme une émanation figurée par des jeux de lumières et de fumées. Un autre choix de la production est de ne pas édulcorer le côté épicurien des relations entre les protagonistes. Le jeu des acteurs intègre la dimension charnelle du livret. Point de pudibonderie, et c’est tant mieux ! Les mythes grecques n’étant pas exempts d’érotisme, organisés bien souvent autour des aventures amoureuses des Dieux et de leur descendance.

 Coté performance lyrique, notons celle d’Hélène Le Corre, soprano talentueuse, qui semble réellement habitée par son incarnation grecque. Xavier Sabata, contre-ténor, offre également une très belle performance. Et sûrement parce que c’est le cœur vibrant de l’opéra de Haendel, composé à l’origine comme un oratorio, les Chœurs de l’Opéra de Nice sont saisissants et émouvants à chacune de leurs interventions. C’est peut-être sur eux que repose l’essentiel de l’émotion poétique de cette œuvre. La voix est, bel et bien, un instrument de musique aussi entraînant et exaltant que les autres. C’est là que réside toute la magie de l’Opéra.

 Les prochaines représentations auront lieu le mardi 18 février à 20h et le jeudi 20 février à 20H.

Boeringer Rémy

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