[Avant-Première] Diplomatie, pourquoi Paris n’a pas brûlé?


Quarante-huit ans après Paris brûle-t-il ? (1966) de René Clément, adapté du best-seller anonyme, qui s’attachait à décrire les dernières heures de la libération de Paris, Volker Schlöndorff nous offre Diplomatie. Diplomatie, adapté de la pièce éponyme de Cyril Gély, et scénarisé par lui-même, se concentre sur les tractations ayant eu lieu à l’Hôtel Meurice entre le Gouverneur du Grand Paris, Dietrich von Choltitz et le consul de Suède, Raoul Nordling. Niels Arestrup qui joue le général et André Dussollier, le consul reprennent leurs rôles respectifs.

Nous sommes dans la nuit du 24 au 25 août 1944. Bientôt, les alliés, sous le commandement du Général Leclerc pénétreront dans Paris. Le général von Choltitz prépare, depuis son bureau de l’Hôtel Meurice, le dernier acte de guerre allemand, avant la débandade. Hitler a donné l’ordre de détruire Paris. Avec l’aide d’un ingénieur français, tous les grands monuments et les ponts de la capitale ont été minés, et doivent exploser au petit matin. D’après les calculs effectués, la chute des ponts devrait causer une crue sans précédent de la Seine, et le fleuve devrait par conséquent finir le travail. C’est alors que surgit par une porte dérobée ,ayant échappé à la vigilance des nazis, le consul de Suède : Raoul Nordling. Commence ici, une joute verbale entre les deux personnages. Nordling est ici pour le convaincre d’épargner Paris et de négocier une capitulation.

Nous savons ce qu’il advint, mais la force du film est de donner une idée de la manière dont se déroula cette nuit cruciale. L’ambition annoncée est de redonner un visage humain à des acteurs dépossédés de leur libre-arbitre. En effet, au-delà de l’obéissance aveugle et toute militaire, aux ordres du chef nazi, Choltitz, qui hésitait à exécuter un acte gratuit, sans répercussions stratégiques, était menacé par un décret qu’Hitler avait signé, peu de temps avant. Ce décret condamnait les familles des officiers allemands les plus gradés à payer en cas d’insubordination. Le consul suédois fit croire au général qu’il pouvait mettre sa femme et ses trois enfants à l’abri des SS. Mais ils ne durent leurs survies qu’à la faveur de la déroute.

 Le texte de Cyril Gély place donc les deux hommes au cœur d’une discussion à teneur philosophique. Discussion menant un militaire de carrière à désobéir par humanité et amour de l’art. C’est un aspect de la question. Mais c’est passer sous silence, les véritables motivations de Norlding, qui certes aimait Paris et les Français, et réussit avec un culot incroyable à mener des négociations perdus d’avance, mais qui restait un diplomate suédois attaché à défendre les intérêts de son pays. La suède avait eu un rôle flou pendant la guerre. Elle était restée officiellement neutre. Cependant, elle avait laissé la Wehrmacht utiliser ses chemins de fers pour envahir la Norvège, également neutre. Nordling était donc là, aussi, pour permettre à la Suède d’apparaître dans les bonnes grâces des alliés, une fois la guerre finie, et pour la négociation des traités à venir. Une manière de se racheter une conduite, en somme.

Malgré que l’angle d’attaque du réalisateur Volker Schlöndorff et de Gély soit de se concentrer sur les doutes de Choltitz et sur le bagou de Nordling, il est dommage de ne pas avoir seulement évoqué en filigrane, le jeu diplomatique de la Suède. Cela aurait donné plus de profondeur à cette ambiguïté morale mise en exergue. On aurait mieux saisi la difficulté de se prononcer réellement sur ce qui, dans leurs décisions et leurs actes, l’emporta réellement. Parce qu’après tout, si on ne lui avait pas demandé, Nordling ne serait peut-être pas venu cette nuit-là. Alors même, qu’il tente de convaincre son interlocuteur du bien-fondé de la désobéissance…

Il n’en reste pas moins que nous conseillons ce film ne serait-ce que pour le jeu de scène abouti, et théâtral, d’Arestrup comme de Dussolier, qui dans son rôle de taquin espiègle et malin, excelle à jouer la satisfaction de l’homme qui a ferré sa proie. D’autant plus, que c’est une partie de notre histoire dont les manuels scolaires se font rarement l’écho, et qui mérite pour son audace, une petite place plus importante. Imaginons ce qu’aurait été l’après-guerre si Paris avait été détruit. Quid de la réconciliation franco-allemande ? Nordling nous a épargné le goût aigre de la revanche.

Diplomatie sortira le 5 Mars dans les salles françaises.

Rémy Boeringer

Voir la bande-annonce :

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