The Grand Budapest Hotel : conte drôlissime et profondément humaniste


Bienvenue au Grand Budapest Hôtel ! Préparez-vous à vivre une aventure rythmée et loufoque. Le huitième long métrage de Wes Anderson est un petit bijou de plus dans la filmographie fantasmagorique du réalisateur-scénariste américain. Comme toujours, il a su s’entourer d’une distribution artistique trois étoiles ,réunissant un grand nombre de comédiens prestigieux et talentueux. Notamment F. Murray Abraham que l’on a vu dans la série Homeland et Saoirse Ronan que l’on avait déjà remarqué dans le parfait Byzantium. Eux-mêmes accompagnés d’étoiles que l’on ne présente plus : Mathieu Amalric, Adrien Brody, Willem Dafoe, Jeff Goldblum, Harvey Keitel, Jude Law, Bill Murray ou encore Edward Norton. Ainsi que Léa Seydoux qui tient un de ses rares rôles dans un film américain.

 1985 : assis au restaurant du Grand Budapest Hôtel, en Zubrowka, pays imaginaire de l’Europe centrale, le propriétaire de la bâtisse,Zero Moustafa (F. Murray Abraham), et un écrivain esseulé (Jude Law), se lient d’amitié. Le vieil homme entreprend de se raconter. C’est ainsi que commence le film. 1932 : nous allons suivre les aventures du jeune Zero (Tony Revolori), apprenti Lobby-boy, au côté de son mentor, Monsieur Gustave H. (Ralph Fiennes), grand coureur de jupons, et confident des dames qui descendent dans le plus fameux palace de la province. C’est de l’une de ces riches favorites que Gustave va hériter d’un tableau d’une valeur inestimable. Ce qui va le plonger dans une guerre ouverte avec la famille de la fortunée décédée. Au cœur d’un complot, il va être confronté à une autre guerre, totale et aveugle, qui va commencer à ébranler la vielle Europe. Le jeune Zero, apatride ayant fui la répression dans son pays, et le Maître d’Hôtel au passé trouble, mais qui ne semble avoir connu que la volupté du palais, vont devoir se serrer les coudes face à l’adversité, et les terribles légions de la mort du Zig-Zag.

 Wes Anderson livre une œuvre multiple. À la fois comédie bien sentie, au dialogue écrit avec tact et malice, tournant au ridicule la haute bourgeoisie, et film d’aventure trépidant où tout le monde ne cesse de courir, et où le rendu passe sans prévenir, mais avec virtuosité, de l’animation à la prise de vue réelle, son ouvrage est aussi sensible et réfléchi. Consciencieux dans leur travail, et employés laborieux, Gustave H. et Zero ne sont pourtant jamais les dindons de la farce. Ils défendent leurs gains parce qu’ils les ont mérité, à la sueur de leur front. Ils font appel au syndicat quand il n’ont plus d’autres choix. Sous un ton léger portant naturellement l’ensemble vers la comédie et dans un univers emplie de personnages haut en couleur, Anderson ne cesse de livrer, par touche, des réflexions plus profondes. En étant attentif aux différents motifs de cette création protéiforme, vous serez surpris de l’intensité du propos sur le vieillissement, la perte de l’être aimé, l’amour et la fraternité. Et, on parle souvent de la contestation « de bon goût » dans les films américains, celle qui surfe sur la vague de l’opinion publique, un peu balourde, et que l’on ne sent jamais sincère. Ici, pas de surenchère, on nous parle avec le cœur et l’on s’adresse à notre âme. Si le cinéma d’Anderson nous touche autant, c’est parce qu’il est toujours profondément humaniste et sensible.

 La preuve, s’il en fallait, que l’on peut amuser sans être condescendant. Une leçon que le monde du cinéma oublie trop souvent, se contentant d’aligner des personnages beaufs censés attirer d’autre beaufs en salle.

 Le film est dédié à Stefan Sweig, exilé politique et grand poète.

 Rémy Boeringer

 Voir la bande annonce ici :

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