Putain de guerre ! Quand les puissants font l’Histoire, les peuples subissent.


Putain de guerre ! Oui, putain de guerre ! C’est sous se titre que Jacques Tardi, scénariste et illustrateur de bande dessinée, père d’Adèle Blanc-Sec, et Jean-Pierre Verney, historien spécialiste de la première guerre mondiale, nous racontent la Grande Guerre, celle de 1914-1918, qui ravagea le continent européen pendant plus de quatre ans. A l’occasion de la sortie de l’intégrale en librairie, retour sur cet série importante.

Partie de l’assassinat de l’archiduc Ferdinand d’Autriche par Gavrilo Princip, un militant nationaliste bosniaque, en quelques semaines, à la faveurs des alliances, la guerre embrasa l’Europe. Nous suivons donc un jeune soldat français lancé à corps perdu, comme des millions de ses camarades, sur le grand échiquier des puissants du monde.

Nous le suivons des chants de la Marne jusqu’au Chemin des Dames, voyant les soldats russes hisser le drapeau rouge et s’en aller du front, bientôt remplacés par les Tommies, fraîchement débarqués des États-Unis pour les dernières offensives de 1918 et jusqu’au cesser le feu. Nous le suivons, pataugeant dans la boue, couché sur le sol parmi ses copains tombés sous les balles, dans ses quelques jours de permission. Tardi n’hésite pas à montrer l’absurdité de cette guerre, menée jusqu’au bout par la France, l’Allemagne et beaucoup d’autre en faisant fusiller ceux qui doutaient.

En ce temps où le « devoir de mémoire » s’impose, dans des célébrations publiques, à grand renforts de publicité et d’émissions télévisuelles, cette bande dessinée est une bouffée d’air frais. Elle présente la vie des poilus, vivant dans la crasse et la boue, labourés par les obus et les mitrailleuses, allant à une mort certaine, dans des charges totalement absurdes, commandées par des généraux issues des milieux aristocratiques et bourgeois, n’ayant aucune estime pour la vie des millions de paysans et d’ouvriers qui allaient mourir dans la Somme, ou sur les plaines entourant Verdun. Les Boschs, eux, n’étaient pas non plus en reste, commandés par l’aristocrate Paul von Hindenbourg, pour la vitrine, et par le Général Erich Ludendorf, en sous-main, et compensaient leur tranchées bétonnées par un manque de plus en plus criant de nourriture, qui décimait les populations. Alors que le Kaiser, lui, continuait à festoyer dans son palais.

Comme dans son cycle sur la Commune de Paris, le Cri du Peuple, Tardi se livre à une vraie critique sociale. Ce que l’on a tendance à oublier, c’est que la guerre fut un cataclysme, pour les soldats en premières lignes, et les populations à l’arrière, mais qu’un petit groupe d’affairistes, magnats de l’industrie lourde, les Schneider du Creusot, les de Wendel, les Krupp et autre Thyssen, eux, s’enrichirent de manière éhontée, sur les océans de cadavres, en fournissant à toutes les gouvernements de quoi envoyer des millions de soldats à l’abattoir.

Thomas Waret

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