Stalag IIB : une autre histoire de camps


Dans Stalag IIB, Tardi quitte la boue et la crasse des tranchées de Putain de Guerre, pour se replonger dans l’histoire de sa famille, celle de deux jeunes hommes, son père René Tardi et Jean Grange, tous deux soldats français en 1940, faits prisonniers par les allemands pendant la débâcle (un autre témoignage de cette défaite dans L’étrange défaite de Marc Bloch) et envoyés dans un camps de prisonniers, un stalag, camp réservé aux soldats et sous-officiers capturés par la Wehrmacht. Les officiers eux étaient enfermés dans d’autres camps, les Oflag.

Répartition des Stalag et des Oflag

Les Stalags et les Oflags étaient répartis sur tout le territoire du Reich et des centaines de milliers de prisonniers de guerre y étaient enfermés, dans des conditions très précaires : la promiscuité, la faim, les maladies, sans parler des mauvais traitement de leurs geôliers. Voilà le quotidien de ces hommes qui, privés de liberté, ont perdu leur jeunesse, emportée dans les affres de la guerre. Certains réussir à s’échapper, popularisés par le film La Grande Évasion de John Sturges avec Steve McQuenn, mais beaucoup trop passèrent quatre ans d’enfer derrière les grillages et les barbelés et beaucoup trop n’en virent pas la fin, dévorés par la faim et les maladies, succombant sous les coups.

René et Jacques en grande discussion

Le Stalag IIB, lieu de détention de René Tardi ne diffère pas des autres. Situé au nord du Reich, dans la région de Poméranie,  près de la mer Baltique, les mauvais traitements y sont légions. Mais les soldats gardent la tête haute face à l’ennemi. D’ailleurs le père du dessinateur en garde des souvenirs très précis. En effet cette bande dessinée est basée sur les carnets de René, complétés par le témoignage de Jean, pourtant écrits 40 ans après leur libération, dans les années 80. Il débute par la guerre qui l’espace d’un éclair terrassa une France mal préparée, trahie par ses chefs, sa classe politique et ses industriels. Donc l’histoire commence par une discussion entre le petit Jacques, plutôt antimilitariste, et son père, militaire de carrière, conducteur de char (on ne dit pas « tank »), chassant le panzer à bord de son petit blindé. Puis vint le temps de la défaite, de l’arrestation, de la déportation et de la concentration dans ce camp près de Hammerstein, le Stalag IIB.

L’arrivée au Stalag IIB

Comme dans toutes ses œuvres, Tardi nous prête à réfléchir, Stalag IIB doit être pris pour ce qu’elle est, une bande dessinée à la fois pleine de poésie et d’horreur. Mais elle est aussi là pour nous faire réfléchir, car si la guerre est finie, les vieux démons refont désespérément surface à la faveur de la crise et insinuent dans nos sociétés leurs vieilles rengaines de stigmatisations et de haines.

Thomas Waret

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