[Rétro] Lawrence d’Arabie, deux manières de penser la modernité


Pour fêter les 51 ans de la sortie de Lawrence d’Arabie dans les salles françaises, le chef-d’œuvre de David Lean était projeté, dans sa version restaurée de 1988, au Pathé Masséna de Nice. L’occasion de redécouvrir ce film remarquable, contant l’histoire d’une homme tout aussi admirable, dans des décors extraordinaires, et sublimé par la musique de Maurice Jarre.

Durant la première guerre mondiale, les Français et les Anglais s’opposent à l’homme malade de l’Europe : l’Empire Ottoman. Dans ce contexte, les deux empires coloniaux orchestrent, en sous-mains, la révolte des Arabes contre les Turcs. Thomas Edward Lauwence (Peter O’Toole) est un jeune officier britannique que l’on envoie auprès de Fayçal ibn Hussein (Alec Guinness), futur roi d’Irak, pour prendre la mesure de la situation, et le conseiller. Peu à peu, au côté du chérif Ali ibn el Kharish (Omar Sharif), il s’éprend d’une amitié profonde pour le peuple arabe, et décide de tout mettre en œuvre pour réaliser l’union des différentes tribus dans l’optique d’une indépendance qu’il juge compromise par l’entremise franco-anglaise.

Lawrence d’Arabie (Peter O’Toole)

Comptabilisant 3h47 au compteur, Lawrence d’Arabie ne permet pourtant pas au spectateur de s’ennuyer une seule seconde. La faute, si j’ose dire, à une réalisation remarquable servie par des interprétations inoubliables ainsi qu’une bande-son collant à merveille aux décors naturels filmés en Espagne, au Maroc et en Jordanie. Peter O’Toole donne ici le rôle qui le rendra célèbre au cinéma. Il rend hommage à toutes les facettes du personnage historique, tantôt joyeux et drôle, tantôt tourmenté et triste. Son jeu est tout simplement saisissant, il aurait pu s’enorgueillir d’être de ses rares acteurs dont le regard transperçant est le principale atout. Toutes les émotions passent dans ses yeux bleus, mettant en abîme la complexité de l’homme, la difficulté de ses choix et les assauts de sa conscience.

Shérif Ali ibn el Kharish (Omar Sharif) et Lawrence d’Arabie (Peter O’Toole)

Si l’on veut situer le combat de Lawrence d’Arabie, on ne peut pas le faire sans tenir compte de la dualité entre deux formes de modernité qu’il incarne à lui seul, d’un côté la modernité occidentale, paternaliste, souhaitant imposer sa vision du monde, et de l’autre côté, celle qui deviendra plus forte suite à la Seconde Guerre Mondiale, la modernité qu’incarne les mouvements d’autodétermination des peuples face à l’obscurantisme coloniale. Entre ses deux penchants, Lawrence choisira la Liberté. Il sera l’un des précurseurs des mouvements indépendantistes sans toutefois que les principaux intéressés en comprennent profondément l’impérieuse nécessité. Les accords secrets Sykes-Picot, qui partagent le Moyen-Orient en zone d’influences françaises et anglaises, enterreront l’idée d’une Arabie unie sous l’égide d’un conseil arabe.Il faudra encore plusieurs décennies d’exploitations occidentales pour que les mouvements d ‘émancipations triomphent. Et malgré cela, les trusts internationaux possèdent encore une emprise malsaine dans les anciens protectorats. Le journaliste américain Jackson E. Bentley (Arthur Kennedy), en réalité Lowell Thomas contribuera à la renommée de Lawrence, en faisant un héros, le hissant au rang de mythe, dans les articles qu’il publiera aux États-Unis. À ses côtés, Omar Sharif devient également une vedette suite au péplum de David Lean. Il incarnera pour longtemps la dignité de tout un peuple dans notre imaginaire collectif. Ali, compagnon de route de Lawrence, est interprété avec justesse, et de Sharif émane une noblesse qui n’est pas seulement dû au sang de son personnage.

Shérif Ali ibn el Kharish (Omar Sharif), Lawrence d’Arabie (Peter O’Toole) et Auda ibu Tayi (Anthony Quinn)

Lawrence d’Arabie oscille entre des périodes d’actions pures, de grandes chevauchées et des batailles terribles, où l’on n’hésite pas à montrer l’horreur de la guerre, et des moments plus comtemplatifs, où l’on peut admirer les sublimes décors naturels du film. Le rythme n’est jamais cassé car les plans les plus introspectifs n’en sont pas moins ceux où la musique est la plus pressente. La bande original de Maurice Jarre est certainement centrale dans l’œuvre tant elle met en scène, l’appel à l’aventure et au lyrisme intrinsèque au désert lui-même.

Lawrence d’Arabie (Peter O’Toole)

À l’image des témoignages figurés lors de son enterrement en Grande-Bretagne, Lawrence d’Arabie reste un personnage controversé, admiré par les uns et honnis par les autres. N’est-ce pas là, la marque des grands hommes ? Et le sujet rêvé d’un grand film ?

Rémy Boeringer

Pour voir la bande-annonce :

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