X-Men : Days of Future Past, le paradoxe Singer


X-Men : Days of the future past, réalisé par Bryan Singer, réunit, dans la lignée de la franchise, une belle brochette de stars. Toujours centré autour de l’altérité, cet épisode apporte à l’édifice, l’usage des paradoxes temporels comme fil conducteur d’une saga cherchant à se réinventer sans cesse. L’occasion de réconcilier des ennemis de longues dates au nom d’une cause commune. Un film à l’image de la brouille maintenant oubliée entre Singer et Marvel, tandis que Matthew Vaughn s’impose comme le nouveau scénariste de la saga.

Dans un futur proche, les mutants tout autant que l’humanité semblent condamner à l’extinction. Le cataclysme qui se produit est dû aux expérimentations d’un savant, Bolivar Trask (Peter Dinklage), dans les années 70. Ce dernier a réussi à créer une machine s’en prenant exclusivement aux mutants après de nombreuses expériences interdites. En prenant connaissance, Raven (Jennifer Lawrence) qui suit désormais Magnéto (Michael Fassbender), décide de venger les victimes du scientifique fou en l’éliminant. À la suite de son assassinat, plusieurs gouvernements décide d’adopter l’arme de Trask, les sentinelles. Cinquante ans plus tard, les machines ont outrepassés leurs droits et s’en sont pris à l’humanité dans son ensemble. Le Professeur X (Patrick Stewart) et Magnéto (Ian McKellen), désormais unis face à l’adversité, envoie Wolverine (Hugh Jackman), seul capable de se régénérer, à travers l’espace-temps pour changer le cours des événements.

Wolverine (Hugh Jackman), Magnéto (Michael Fassbender), Professeur X (James McAvoy) et Vif-Argent (Evan Peters, incroyable dans American Horror Story)

Days of the future past est une histoire de voyages temporelles, l’émergence de Wolverine dans son propre esprit, plus jeune, et ses actions, crée un paradoxe effaçant les existences de tous ceux qu’il connaît en les réinitialisant au moment où il coupe le contact avec le futur. Mais la résolution de problème en crée d’autres, immanquablement. Dans cet épisode, les X-Men mettent fin à une guerre, qui en déclenche immédiatement une autre. Le parallèle est facile à faire avec les événements se déroulant lorsque Trask intervient dans le jeu diplomatique. La fin de la guerre du Vietnam n’est qu’un épiphénomène et les États-Unis ne cesseront pas d’être en guerre ailleurs. Constamment, des industriels vicieux tel Trask, et des gouvernements friands de solution de diversion, mènent des guerres perdues d’avance au quatre coins du monde. Pourvu que cela ramène aux lobbys, et que les peuples, seuls, s’y cassent les dents. Ce que Trask promet, c’est un nouvel ennemi commun aux nations émergentes de la Guerre Froide et au vielles nations impérialistes. Heureusement, des résistances se font jour face à l’épuration ethnique qui se profilent. L’histoire se répètent inlassablement, car aucun classement eugéniste ne peut constituer la fin de l’Histoire. Face à la puissance et la soif de pouvoir des multinationales aveugles, mutants et humains sont condamnés si une fraternité défiant les apparences ne les unit pas. Days of the future past franchi un cap narratif à ce niveau-là, alors que les mutants représentait l’altérité, c’est désormais l’espèce humaine qui devient l’incarnation de l’autre, celui qui nous gêne. Les sentinelles ne sont que la représentation exagérée, mais tout à fait à propos, de la dégénérescence capitaliste, semant aux quatre coins du monde, les miliciens d’Academi.

Raven (Jennifer Lawrence)

Hormis l’habituel fond critique envers les grands trusts, et la xénophobie, Days of the future past explore surtout davantage certains personnages. Même si l’on a parfois l’impression d’être dans un épisode de Wolverine tant Tornade (Halle Berry), Shadowcat (Ellen Page), Iceberg (Shawn Ashmore), Solar (Adan Canto), Bishop (Omar Sy), et les autres sont absent du métrage, si ce n’est pour l’ouverture et la scène finale. C’est surtout sur la relation ambigu entre Raven, Magnéto et le Professeur Xavier que l’intrigue se resserre. Et même si c’est un peu cliché, c’est l’amour qui sauve le monde, puisque Raven renonce à ses projets, convaincus par Xavier, qui renonce à tenter de la contrôler. La vision antagoniste des deux anciens amis est aussi motivée par leur rivalité amoureuse. Et comme en amour, certains sont plus passionnés ou réfléchis que d’autre, c’est la même différence qui sépare Xavier et Magnéto. Loin d’avoir un horizon réellement différent, chacun développe l’avers ou le revers d’une même médaille. Magnéto est un nihiliste pensant que seule la lutte armée mène à la victoire, Xavier est un réformiste souhaitant convaincre la majorité et non la contraindre. Et si Martin Luther King avait échoué sans la pression des Blacks Panters ? Et si Malcom X s’était perdus dans les affres de la violence sans le charisme fédérateur du pasteur ? Et si ces deux visions n’était pas si irréconciliable ? Les deux faces d’une même médailles, vous-dis-je. La force fondamentale de la culture populaire américaine, à travers ses comics, c’est justement de jouer sur cette ambiguïté. Et c’est pourquoi, Magnéto reste un personnage empathique, davantage représentant un marginal qu’incarnant un mal à l’état pur.

Magnéto (Michael Fassbender)

Concluons en saluant Bryan Singer, qui par un procédé habile, récupère les rennes de la franchise. Et si ce retour à un futur antérieur n’était pas après tout une manœuvre pour reprendre la franchise là où il l’avait laissé après X-Men 2 ?

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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