Défiance, série SF au coeur de la défiance communautaire


Le 24 Juillet 2014, Défiance, la série créée par Rockne S. O’Bannon, reviendra pour une deuxième saison sur Syfy France. Après une première saison qui peinait à convaincre, la suite semble plus prometteuse, le potentiel mythologique de cette terre terraformée étant enfin exploité plus profondément, ainsi que les multiples ethnies d’extraterrestres.

Dans un futur proche, des extraterrestres, dont le système solaire a été détruit, arrivent dans notre système solaire, avec l’intention de négocier un asile. Après six ans de négociations infructueuses, les Votans, nom de la confédération de peuple faisant le siège de la Terre, décident de déclarer la guerre à l’humanité. La guerre, et la terraformation bâclée par les Votans, laissent des traces indélébiles sur la planète. Devant la catastrophe qui s’annonce pour les deux camps, des officiers de chaque armées font défections à leur commandement, et entament des pourparlers. Les gouvernements anciens sont renversés et de petites communautés, plus ou moins mixtes, renaissent des cendres. Certains groupes cherchent à obtenir une hégémonie sur ce nouveau monde. C’est là que débute l’histoire. Joshua Nolan (Grant Bowler) revient à Défiance, anciennement Saint-Louis, sa ville natale. Il est accompagné par Irisa (Stephanie Leonidas), une irathienne qu’il a recueilli enfant. Sur l’invitation de la maire fraîchement élue de Défiance, Amanda Rosewater (Julie Benz), Nolan accepte de s’installer et de prendre la place du shérif. Il va devoir gérer les tensions entre les différentes communautés, et les menaces extérieures. Datak Tarr (Tony Curran), leader castithans des Votans, et Rafe McCawley (Graham Greene), leader des humains, ne le laisseront pas souvent se reposer.

Irisa (Stephanie Leonidas) et Joshua Nolan (Grant Bowler)

La première saison de Défiance péchait par son côté « série à tiroir », c’est-à-dire, malgré un semblant d’intrigue principale, ce mauvais penchant qui pousse les scénaristes à traiter les épisodes séparément, comme autant d’aventures différentes. On nous ressort constamment la même soupe, en changeant les lieux et les protagonistes. C’est le principe de nombreuses séries policières et Défiance déçoit justement en virant parfois vers la série judiciaire, alors que l’on s’attendait à une pure œuvre SF. C’est typiquement le genre de création télévisuelle que j’aurais tendance à fuir. Quand on est fan de SF, on aime approfondir l’univers que l’on nous offre, et la « série-tiroir », c’est le niveau zéro sur ce plan-là. Seulement, voilà, malgré ce gros défaut, Défiance semblait promettre davantage. Et il faut attendre les tout derniers épisodes de la saison 1 pour que l’histoire prennent de la consistance, et que les chemins de nos deux héros principaux, Joshua et Irisa croisent, enfin, les boulevards de la Grande Histoire. On quitte alors peu à peu, les enquêtes monotones qui ont failli avoir raison de notre patience pour explorer un monde baigné dans l’irrationnel autant que dans la science. L’attention se déplace progressivement vers Irisa et les prophéties votanes. Joshua, et son air cabotin, deviennent secondaire. On découvre un nouveau potentiel à cette série qui semblait à prime abord  trop formatée.

Datak Tarr (Tony Curran) et Stahma Tarr (Jaime Murray)

Hormis ces réserves de pure forme, Défiance développe l’attirail traditionnel de la satyre SF réussie. Tout d’abord, Nolan est un marginal, un objecteur de conscience, qui n’obéit qu’à ses propres lois. Nolan est le héros bad-ass typique popularisé par John Carpenter dans New York 1997. C’est ainsi avec réticence qu’il accepte une position de pouvoir, et s’en sert souvent pour faire justice selon ses propres idées. Il se crée ainsi des problèmes par son opposition farouche aux traditions moyenâgeuses des castithans. Ces agissements, bien que suivant une ligne morale, sont souvent chaotique. Élevée par Nolan, Irisa est encore plus imprévisible mais elle suit généralement son père adoptif par pure loyauté. Les traits de caractères de nos héros ne sont pas les seuls points positifs de la série. Par analogie avec différentes sociétés ou groupes sociaux de notre planète, les scénaristes ont pris le parti de définir des types de sociétés bien marqués pour chacune des sept ethnies de Votans. Ainsi, les castithans sont organisés en caste, avec tous les inconvénients que ce système comporte. Nolan s’oppose constamment à Datak Tarr, membre de la caste la plus élevé. D’un certain coté, le shérif de Défiance s’offre le luxe d’aller plus loin que Gandhi puisqu’il défie publiquement le système castique. Défiance étant un creuset culturel, Nolan veut en faire une terre d’égalité. Mais c’est le problème de tout système assimilateur : trouver un juste milieu entre respect des traditions communautaires et aspirations universalistes. Nolan se heurte à beaucoup de réticence, y compris de la maire de Défiance, en voulant gommer les différences par la force. C’est le cow-boy qui amène la civilisation. Rockne S. O’Bannon n’en fait pas un parangon, et fournit une solution plus réaliste, et plus juste : le métissage. Personnages secondaires, prenant plus de places dans la deuxième saison, Alak Tarr (Jesse Rath) et Christie McCawley (Nicole Muñoz), enfants respectifs des leaders votanes et humains, en sont le symbole. Les deux cultures s’influencent à travers leur amour, et laisse entrevoir une nouvelle société. Enfin, les forces extérieures que sont la République de la Terre et le Collectif Votanis, sont des forces paramilitaires autoproclamées, dont les citoyens libre de Défiance se méfient. À juste titre. Ces organisations ne rechignent devant aucun coup tordu pour assurer leur hégémonie, et s’enferme dans un carcan raciale nauséabond, ainsi qu’une recherche de profit faisant fie de la recherche du bonheur. Ce sont les vieux démons de la Terre qui subsistent malgré les ruines et le nouveau monde promis qu’incarne balbutiante, la société libre de Défiance.

Joshua Nolan (Grant Bowler) et Amanda Rosewater (Julie Benz)

En attendant la diffusion de la deuxième saison, les amateurs de SF pourront se faire violence avec la première saison, que nous conseillons fortement de regarder en version originale (la voix française de Nolan exagérant à outrance son côté cabot). Cette saison un peu longuette, a toutefois le mérite de poser quelques bases, et laisse espérer une suite à la hauteur de l’univers. Les premiers épisodes de la deuxième saison tendent à confirmer cet espoir. Et pour ceux que cela intéresserait, la série est complétée, initiative intéressante par un MMO, développé par Trion Worlds, faisant la lumière sur certaines zones d’ombres de la série.

Rémy Boeringer

Retrouvez la bande-annonce de la saison 2 ici :

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