La planète des singes : l’affrontement ou le passage à vide ?


La Planète des singes : l’affrontement est le dernier opus d’une saga, adaptée du roman de Pierre Boule, débutée en 1968 avec le film de Franklin J.  Schaffner  et immortalisée par Charlton Heston. Dans la vision de Matt Reeves (Laisse-moi entrer, Cloverfield…), l’humanité a été décimée par un virus et seule une poignée a réussi à survivre au cataclysme. Dans le même temps, les singes, libérés de leurs chaînes, développent de nouvelles capacités, peuvent communiquer et concevoir des objets. Alors que la civilisation humaine est moribonde et tournée vers sa survie, les singes sont en pleine expansion.

Dix ans après le début de la pandémie de grippe simienne, seule quelques embryons de civilisation humaine perdurent. À San-Francisco, un groupe affaibli de survivant a pour ambitions de rétablir le courant en remettant un barrage en service. Malcolm (Jason Clarke), un des fondateurs de la colonie y mène une expédition. Accompagné de sa femme, Ellie (Keri Russell), et d’un expert, Carver (Kirk Acevedo, Mitch dans The Walking Dead, et Charlie Francis dans Fringe), il tombe sur une colonie simienne en chemin. César (Andy Serkis) accepte, malgré la désapprobation de son sergent Koba (Toby Kebbell), de laisser travailler les humains. L’équilibre est précaire.

César (Andy Serkis)

Dans ce deuxième volet de la saga initiée par Rupert Wyatt, Reeves réécrit à son tour les moments-clés tirés de La conquête de la planète des singes et La bataille de la planète des singes de J. Lee Thompson, reprenant à son compte le parallèle entre les humains et nos cousins faisant des deux espèces voisines des ennemis qui ne sont séparés que par un rapport de forces, des frères uniquement divisés par l’ambition dévorante de leurs leaders. En reprenant les deux derniers chapitres de la première série de films, le reboot passe à côté d’un aspect essentiel : cette période de l’histoire de la planète des singes n’était aussi forte que parce qu’elle comblait, par un twist incroyable, le paradoxe temporel amenant initialement les astronautes dans le futur. Elle bouclait la boucle et donner à l’ensemble un aspect prophétique sur l’aveuglement de l’humanité, capable en tous temps de recommencer les mêmes erreurs. Ici, on assiste davantage à un huis-clos mettant dos à dos les deux espèces. Alors même que l’on pouvait dans la saga original identifier les singes à une humanité d’un autre âge, une métaphore de nous-mêmes à la fois vision du futur et fantôme du passé, il est ici supprimé toutes allusions aux paradoxes temporels, et malheureusement, le récit est ainsi privé d’une grande part de sa force évocatrice. Cette sensation n’était pas aussi forte dans L’origine qui tablait sur l’empathie envers César et son combat pour être libre.

Malcolm (Jason Clarke)

Désormais libre, et disons humaniste, César aspire à vivre en paix avec les humains ainsi que Malcolm avec les singes. À leurs côtés, certains ne voient pas les choses de la même manière et tente de prendre le pouvoir pour assouvir leur soif de suprématie. C’est une situation ramassée dans un temps bien trop court pour qu’il soit crédible que les singes, même considérant qu’il porte en eux les mêmes germes de discorde que les hommes, établissent un régime dictatorial comme tente de l’imposer Koba. Il y a une vision et une construction politique qui dépasse l’instinct primaire de l’espèce pour la domination. Toutefois, L’affrontement a le mérite d’étudier comment des situations d’incompréhension culturelle peuvent mener à poursuivre des guerres inutiles et évitables, et de quelle manière, on peut instrumentaliser cette ignorance. N’est-ce pas encore ce que nous vivons dans de nombreuses régions du monde ? Il n’y a pas de justifications à la guerre autre que l’ambition égoïste, et il n’y a pas de meilleurs moyens pour s’y opposer que d’éduquer à l’iniquité intrinsèque des conflits armés.

Ellie (Keri Russell)

Après un premier volet plaisant, et même enthousiasmant, L’affrontement passe à côté du souffle épique que promettait le climax de L’origine. Les atermoiements philosophique des deux communautés, trop peu développés, ne suffisent pas non plus à en faire l’égal de la saga originale de ce point de vue-là. Nous attendons avec impatience le troisième volet pour comprendre si ce passage à vide était justifié dans un ensemble mieux construit.

Thomas Waret et Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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