Encore un an, romance moscovite


Film de clôture du deuxième Festival du Cinéma Russe à Nice, Encore une année était projeté en présence de la réalisatrice Oksana Bytchkova et du producteur du film Mikhaïl Rosentsveig. Pour la première, cette romance devait être résolument moderne tandis que Rosentsveig, blaguant sûrement, arguer qu’il aurait préféré un film plus soviétique pour s’assurer son succès financier. Effectivement, Oksana Bytchkova réalise un film romantique résolument contemporain, même dans ses petits défauts, à l’opposé d’Amour et Pigeons dont nous avons parlé précédemment. Alekseï Filimonov a été récompensé par le prix du meilleur rôle masculin au Festival ouvert de cinéma russe Kinotavr, à Sotchi. Le film, quant à lui, a été sélectionné dans huit festival à travers le monde. Une aubaine pour la réalisatrice qui nous livre ici son troisième film sorti cette année-même.

Yegor (Alekseï Filimonov) vient de finir ses études à l’Institut des Mines mais comme il ne peut pas arguer d’avoir de l’expérience, il ne trouve pas de travail en adéquation avec ses diplômes. Il fait le taxi de nuit pour gagner un peu d’argent. Zhenya (Nadejda Loumpova) est designer pour un site de mode. Éperdument amoureux, ils vont néanmoins faire les frais du quotidien, des horaires décalés et d’un monde professionnel qui les séparant peu à peu.

Zhenya (Nadejda Loumpova) et Yegor (Alekseï Filimonov)

Encore une année reprend la sempiternelle rengaines des 3R, rencontre, rupture et réconciliation. Il est très rare de voir des productions romantiques s’en affranchir et malheureusement cette mauvaise habitude leur donne toute le même ton, la même couleur. Toutefois, le film de Bytchkova s’affranchit de raconter les prémices de la relation amoureuse, nos deux protagonistes sont mariés et établis. Bien que jeune couple, nos deux amoureux ont un quotidien qui a la fois les rassurent et les éloignent. Elle travaille le jour et il travaille la nuit, bien souvent ils ne font que se croiser. Bytchkova ancre le récit dans une description résolument moderne de la vie des jeunes occidentaux. Yegor et Zhenya vivent à Moscou. En Russie, comme dans la vieille Europe, les problématiques de la jeunesse sont les mêmes. Yegor, pourtant diplômé à tout le mal du monde à trouver un travail à sa convenance. On lui demande de l’expérience sans lui permettre de l’acquérir. Alors il vit d’un boulot qui ne lui convient pas vraiment. Même s’il dit le vivre bien car son unique but est de subvenir à sa famille, le malaise de n’avoir qu’un travail de subsistance est palpable. A contrario, Zhenya a la chance de s’épanouir dans son travail. Cette dichotomie est la source de malentendu, Yegor ne comprenant pas bien l’enthousiasme de Zhenya envers ses collègues, il devient paranoïaque et pense qu’elle le trompe avec son rédacteur en chef. L’incompréhension parvenant à son paroxysme, c’est lui qui finit par commettre l’irréparable.

Zhenya (Nadejda Loumpova)

Mais l’irréparable l’est-il réellement lorsque l’usure des éléments extérieurs à l’amour que se porte deux êtres est la principale cause de l’échec de cet amour ? Après une rupture déchirante, Yegor et Zhenya décide de divorcer. On les suit alors effectuer les démarches du divorces dans une relative bonne humeur. C’est que si les liens qui les unissent se sont consumés, il conserve une indéfectible tendresse l’un pour l’autre. Mais lorsque la décision actée, ils se séparent réellement, lorsque Yegor vient chercher ses affaires, il fait semblant d’être fier et fort, emprisonné par les représentations de genre. Et Zhenya, elle s’effondre dès que la porte claque pour la dernière fois. C’est le début d’un long chemin de croix pour ces deux personnes en souffrance qui n’osent pas faire le premier pas. Sur ce point, Encore une année évite l’écueil qui rend encore plus insupportable la règle des 3R qui veut que la réconciliation soit fortuite, que les amants se retrouvent par hasard. Ici, Bytchkova met en scène la douleur de la séparation sans l’éluder et, surtout, la réalisatrice n’oublie pas d’opposer les ego blessés, meurtris des deux amoureux qui s’enlise chacun dans le même mensonge, un mensonge dont ils sont les premières victimes. La réconciliation ne devient alors possible que lorsque les deux personnages réussissent à surmonter, à la force de l’amour, leurs ressentiments.

Zhenya (Nadejda Loumpova) et Yegor (Alekseï Filimonov)

Nadejda Loumpova aurait aussi amplement méritait une récompense. L’ensemble de l’oeuvre n’est pas révolutionnaire, comme le disait finalement le producteur, mais les deux acteurs sont solaires lorsqu’ils jouent cet amour invincible. Dans les yeux de Zhenya et de Yegor se lit une véritable tendresse, exacerbé dans le film par le retour à plusieurs reprises de leur union charnelle emplie de douceur. Cet aspect rappelle le travail d’Abdellatif Kechiche pour La vie d’Adèle. Ici, et c’est une dernière preuve de la modernité de l’œuvre de Bytchkova, le sexe n’est pas qu’un ersatz érotique destiné à vendre le film mais bel et bien cet part d’indicible qui unit les corps autant que les âmes.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce : [http://www.youtube.com/watch?v=IUElDnhSskg]

 

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