[Avant-première] La prochaine fois je viserai le coeur : Anger met dans le mille


Le mercredi 8 octobre, nous étions présent à l’avant-première niçoise de La prochaine fois je viserais le cœur, en présence de Guillaume Canet et Cédric Anger, le réalisateur. Les deux hommes ont tenu un débat avec les spectateurs presque une heure, chose très rare pour être notée, dans une ambiance conviviale malgré la salle pleine à craquer. Sur sa lancée, Anger continue à étoffer sa filmographie policière. Le scénariste-réalisateur livre un polar sombre à la réalisation classique et soignée. Le film est inspiré d’une enquête policière ayant fait grand bruit en 1979, celle du tueur de l’Oise. C’est le deuxième rôle de tueur pour Canet cette année, après L’homme qu’on aimait trop.

Durant l’hiver 1978, Frank (Guillaume Canet qui incarne, sous ce pseudonyme Alain Lamare) est gendarme. Le jeune homme timide et rempli de toc fréquente sa jeune femme de chambre, Sophie (Ana Girardot), qui tombe éperdument amoureuse. Le gendarme mène l’enquête sur un tueur en série qui assassine des auto-stoppeuses. Comme nous le savons, le gendarme et le tueur ne font qu’un.

Frank (Guillaume Canet)

Guillaume Canet, répondant aux questions du public, avoue avoir été fasciné par le personnage et avoir pris un grand plaisir à l’interpréter, notamment car le caractère schizophrène de Frank lui a permis de jouer tout l’éventail des sentiments. Il prend le temps d’expliquer la difficulté d’incarner un tueur encore vivant dont les familles des victimes vivent encore le drame comme une plaie ouverte. C’est cette ambiguïté que Cédric Anger a décidé de mettre en scène. Frank est à la fois un monstre et la victime de sa propre maladie mentale. Après son arrestation, Alain Lamare avait été déclaré irresponsable de ses actes. Il est détenu en hôpital psychiatrique depuis lors. Ce qui revenait souvent dans les questions est révélateur de l’esprit du film : « N’avez-vous pas eu peur de rendre l’assassin attendrissant ? » La prochaine fois je viserais le cœur prend le parti de ne pas suivre l’enquête de la police judiciaire mais prend celui d’épouser le point de vue du gendarme, au plus près de sa folie. Le film s’ouvre et se ferme sur une reproduction d’une œuvre de David Hamilton qui siégeait sur le mur de l’appartement de Lamare, le signe de son obsession pour les jeunes filles. Cette jeune femme, objet de ses fantasmes, le juge, témoin de sa décrépitude. L’homme, à qui l’on a refusé toutes les demandes de promotion vers des unités d’élites, est un frustré en mal de virilité. Il vit comme une humiliation les refus de sa hiérarchie. Lamare déclara qu’il avait commis ses meurtres pour « redorer le blason de la gendarmerie ».

Sophie (Ana Girardot)

Grandement aidé par la musique angoissante de Grégoire Hetzel sonnant au rythme des battements de cœur de Frank, la réalisation soignée d’Anger réussit à tenir en haleine le spectateur pourtant au courant du dénouement. Canet est tout simplement éblouissant de vraisemblance. Il interprète la folie de Frank avec justesse. Tour à tour sont mis en scène les troubles obsessionnels convulsifs du gendarme, sa maniaquerie et ses coups de sang injustifiés. Ana Girardot est terriblement émouvante, pauvre victime de cette homme qui devient de plus en plus exécrable. Dur, rigide et frigide dans sa vie privée, rigolard et franchouillard en patrouille, il se met à pleurer lorsqu’il tire sur ses victimes. On en revient aux explications de Canet et Anger, La prochaine fois je viserais juste rend compte de la folie d’un homme dont personne ne soupçonnait les envies meurtrières et qui trompa longtemps jusqu’à ses collègues de travail. Au point de pouvoir aller présenter dans le quartier des victimes, un portrait robot de l’agresseur diablement ressemblant sans que personne ne s’en rende compte. Pour rendre encore plus forte cette impression de folie lancinante, Anger n’hésite pas à le mettre aussi parfois à son avantage. Cet assassin, ce meurtrier, ce sociopathe passe certaines nuits à la belle étoile pour observer la voûte céleste et le ballet des cerfs venant s’abreuver dans les douves d’un vieux château. Sentant son arrestation proche, il confie la forêt à son petit frère qui doit la protéger.

Frank (Guillaume Canet)

Tirés des procès-verbaux de l’enquête, des témoignages de son entourage et de ses collègues, la majorité des moments évoqués dans le film sont véridiques. La justesse du jeu d’acteur de Guillaume Canet donne au personnage de Frank de la densité et de la complexité. Anger nous offre un film à la beauté glaçante. On est loin des tueurs dénués de passions humaines des slashers américains et des polars français s’orientant autour de la traque héroïque de tueurs impitoyables. La prise en compte de l’humanité d’Alain Lamare dans ce qu’elle a de plus glauque rend le film encore plus fort et le personnage plus épouvantable. Le film sort sur les écrans le 12 Novembre 2014.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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