[3/4] Un festival, c’est trop court : conte, prostitution, céleri, boule à facette et crocodile


Du 13 au 19 Octobre 2014 se tient à Nice la quatorzième édition d’Un festival, c’est trop court, le festival du court-métrage qui met à l’honneur les cinéastes indépendants et débutants. Nous avons pu être présent pour quatre des huit séances de la Compétition Européenne qui récompense les meilleurs courts du continent. Penchons-nous sur le septième programme.

Teisel Pool Metsa (La face cachée de la forêt) de la réalisatrice estonienne Anu-Laura Tuttelberg est une fable surréaliste inspirée du Petit chaperon rouge, conte oral transcrit par Charles Perrault en France. Dans son atelier, une artiste modèle une petite fille en argile puis la laisse sécher. Dès qu’elle s’absente, la petite poupée s’anime. Ses premiers mouvements maladroits la pousse à renverser un vase. L’eau se déversant devient une rivière et de la rivière naisse des arbres. La marionnette libérée s’enfonce alors dans la forêt qu’elle entreprend d’explorer. À mesure qu’elle avance, le monde se déroule sous ses pieds, laissant vagabonder notre imagination jusqu’à ce que sa rencontre avec le loup nous replonge dans un univers familier. Disparaissant dans une pendule, la jeune créature nous évoque Le loup et les sept chevreaux de Jacob et Wilhelm Grimm. Doucement, le rêve prend fin mais la réalité en reste nimbée. L’artiste revient, surprise par le désordre, avec sa petite fille qui, au sol, ramasse un loup en bois.

La contre-allée de la réalisatrice française Cécile Ducrocq explore le quotidien d’un prostituée, Suzanne (Laure Calamy), se prostituant depuis quinze ans, dont le commerce est perturbé par la concurrence déloyale des maquereaux africains. La contre-allée interroge nos représentations en montrant les deux faces d’une même médaille. D’un côté, Suzanne qui se prostitue depuis quinze ans a ses habitudes et sa liberté. Indépendante, elle entretient avec ses clients habituels des rapports respectueux. De l’autre côté, de jeunes africaines effectuent des passes à la chaîne, sans hygiène, sans protection, sous la coupe de macs violents, regroupées par dizaine dans des camions glauques le long d’un contre-allée. Cécile Ducrocq filme Suzanne avec minutie en cherchant à montrer tout ces petits gestes coutumiers. Si le court-métrage adopte un point de vue positif de la prostitution si elle est choisie, ce qui rappelons-le est extrêmement rare et dans le meilleur des cas relève de la servitude volontaire, Ducrocq dénonce les conditions pitoyables des filles tenues par des trafiquants. Elle n’oublie pas, non plus, de mettre en avant les risques dû à la condition féminine et à la domination patriarcale. Ainsi, deux jeunes gens (Bruce Chatirichvili et Philippe Schnee) qu’elle fréquente dans un bar et à qui elle demande de chasser les africaines s’octroient le droit de la violer en guise de remboursement. Même consentie, la prostitution est soumise au bon vouloir d’homme mal éduqué et passablement machistes, des prostitueurs.

Serori (Céleri), film hispano-japonais du réalisateur espagnol Pedro Collantes, une petite comédie pince-sans-rire à l’humour très particulier. Manabu Kun (Shintaro Murakami), un jeune otaku naïf accepte d’emmener Kamei San (Akemi Nitta), un sexagénaire de son quartier au bord de la mer pour déjeuner. Celle-ci a cuisiné du céleri épicé, un puissant aphrodisiaque. Il n’en a jamais goûté. Elle lui confie qu’elle a eu une aventure avec son père lorsqu’elle était plus jeune, avant que ce dernier rencontre sa mère et commence à l’interroger sur sa vie sentimentale. Je vous laisse imaginer la suite. Il n’y a pas que pour le céleri qu’il y a une première fois. Déboussolé, le jeune homme abandonne la vieille femme au bord de la plage.

Boule à facettes, court-métrage français de Marion Donon est un petit peu notre déception du festival. D’emblée, la voix-off du psychiatre (Vincent Byrd Le Sage) est insupportable. Son énumération des symptômes de la bipolarité de Camille (Marion Donon) est un procédé désagréable qui ne nous fais pas nous attaché à Camille. Certes, on nous montre une Camille pleine de vie chuté dans prévenir dans des crises d’hystéries mais, justement, c’est crise d’hystérie éclipse totalement les moments de grâce, trop courts. Ce n’était certainement pas l’effet recherché mais on en vient à la détester et par la-même à souhaiter ardemment l’arrivée du générique final. L’amour que lui témoigne son copain, Thibault (Karl E. Landler) qui l’a fait interner car il n’arrive plus à gérer, mais veille tout de même sur elle, ne nous réconcilie pas avec Camille. Boule à facettes, à l’image des troubles de son sujet est exaspérant du début à la fin.

Enfin, Crocodile de la réalisatrice française, Gaëlle Denis est l’un des seuls long-métrages que nous avons vu à lorgner vers le fantastique en partant d’un situation initiale bien ancrée dans le réel. Un proviseur de lycée (Michael Gould) est en proie à des visions depuis que sa fille, en voyage en Afrique, a été dévorée par un crocodile. Il se heurte à l’incompréhension et à la fausse empathie de son entourage, spécialement des élèves et de ses collègues de travail. Après que sa femme lui est reproché sa responsabilité dans la mort de leur fille, le court-métrage prend une tournure extraordinaire. Le proviseur, las de ses visions mortifère décide de les affronter. Il se saisit d’un marteau et part visiter le zoo le plus proche où il engage un combat à mort contre un crocodile. Crocodile baigne littéralement dans une atmosphère irréelle illustrant le flottement dû au deuil dans la vie de cet homme.

Boeringer Rémy

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