Turandot, les mystères de l’Orient enflamme l’Opéra de Nice


Créé en 1926 à la Scala de Milan, Turandot est un opéra romantique de Giacomo Puccini imprégné des mystères de l’Orient. Inachevé à la mort du compositeur, il a été finalisé par Franco Alfano. D’autres compositeurs ont proposé leur fin alternative. À Nice, c’est la version de 2002 écrite par Luciano Berio qui a été choisie par Federico Grazzini, le metteur en scène et Roland Böer, le chef d’orchestre. Malgré une économie de moyen évidente, l’Opéra de Nice a su livrer une belle prestation tant au niveau des acteurs que des décors choisis avec goût et minimalisme.

Dans une Chine médiévale fantasmée, Turandot (Irina Rindzuner) est une princesse habitée par le spectre millénaire d’une aïeule violée et humiliée par des envahisseurs étrangers. C’est ainsi, que décidant qu’elle doit conserver sa pureté, elle met ses prétendants, venus des quatre horizons, au défi de résoudre trois énigmes. Leur échec signifie leur mort par décapitation. Alors que le Prince de Perse va être soumis au châtiment, Calaf (Alfred Kim), fils de Timur (Mattia Denti) tombe éperdument de Turandot alors qu’elle ordonne la mort d’un geste impérial. Déconseillé par son père et l’esclave de son père, Liù (Ilia Papandreou), il n’a plus qu’une obsession, répondre aux trois questions funestes.

Le rideau se lève sur un décor simple réalisé par Andrea Balli, en nuance de gris, au centre se dessine un échiquier. Au-dessus, se trouvent des balcons où déambulent les badauds vêtus de noir, porteurs de la rumeur de mort qui empoisonne Pékin. Et au-dessus de ces balcons, une lune éblouissante veille sur le déroulement inexorable du temps. C’est ici que se jouera le destin de Calaf et de Turandot. Dans cette ambiance crépusculaire, chacun semble être le pion du destin, simples esclaves de la haine et de l’amour. La foule, incarné par les chœurs, suit de près la romance, et se fait délatrice, juge et bourreau. L’idée de la rendre anonyme et unique comme le flot mouvant de la destinée apporte au tragique de Turandot. Calaf est vêtu d’un noir intense, qui suffit à le distinguer de l’affluence grise qui se presse sur la place, lui donnant l’air implacable de l’amoureux transi capable de braver la fatalité. Turandot revête un gris argenté lui donnant une impitoyable froideur.

Seul quelques personnages revêtent des couleurs plus chatoyantes tels Liù, blanche dans sa pureté immaculée. Tels les trois ministres de l’Empereur, Ping (Alexandre Duhamel), Pang (Roberto Covatta) et Pong (Alexander Kravets), qui commentent les événements et s’inquiète tour à tour du sort de Calaf puis de leur propre sort. Portant des pantalons bouffants de couleurs vives, les ministres ajoutent à l’aspect exotique des phases musicales faisant tinter les cloches chinoises. Enfin, un aspect particulier de la mise-en-scène nous a surpris d’agréable façon. Dans cette univers scénique particulier, les bonzes, les gardes et le bourreau porte des tenues évoquant le travail de Mœbius dans l’Incal et de Ledroit dans Les chroniques de la Lune Noire. Nous sommes portés ainsi dans une esthétique familière, ancrée dans l’imaginaire collectif, et ouverte aux rêves promis par l’Orient et l’amour.

Le livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni d’après Carlo Gozzi offre un scénario, teinté de tragédie, mais où une fin heureuse s’impose. Souvent l’Amour est l’objet de toutes les tragédies. Ici, l’Amour est finalement le sauveur d’une femme rongée par la haine et de tout un peuple soumis à ses lubies. Un brin immoral si l’on considère qui paye finalement le prix de la folie princière, ou bien un poil utopique, si on peut finalement absoudre la princesse tyrannique puisqu’elle connaît désormais l’amour, Turandot est un objet à part. Les chœurs omniprésents, semblant élever leurs plaintes jusqu’au ciel, rappellent constamment la noirceur du propos. Celui-là fut-il que l’amour est le sauveur de l’Humanité, la terrible Turandot nous laisse partir avec un malaise. Les chœurs semblent demander pourquoi l’Amour doit-il toujours payer le prix de l’innocence ?

La dernière représentation de Turandot à Nice aura lieu demain soir, Mardi 18 Novembre à 20h. Si vous n’avez pas pu assister aux autres représentations, n’hésitez pas à vous précipitez à celle-ci ne serait-ce que pour l’interprétation magnifique de Nessun Dorma par Alfred Kim, porté par les violons divins de l’Orchestre Philharmonique de Nice et ovationner par le public azuréen.

Boeringer Rémy

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