Astérix : Le Domaine des Dieux, les gaulois contre la mondialisation!


Coréalisé par Alexandre Astier, le génial créateur de Kaamelott et Louis Clichy, animateur ayant travaillé sur Là-haut ou encore Wall-E, Astérix : Le domaine des dieux est adapté de la bande dessinée du même nom publié en 1971 par Goscinny et Uderzo dans les pages du magazine Pilote. Alliance de la modernité et de la tradition, le long-métrage d’animation fait entrer la saga dans l’ère de l’animation numérique mais invite Roger Carel, âgé de 86 ans pour prêter à nouveau sa voix à notre héros national. Le passage à la 3D s’effectue sans accrocs et bénéficie de la qualité d’écriture d’Astier qui n’hésite pas à alimenter son récit de référence geek sans jamais le congestionner.

En 50 avant Jésus-Christ, toute la gaule est devenue romaine. Sauf un petit village d’Armorique que nous connaissons bien, celui d’Astérix (Roger Carel) et d’Obélix (Guillaume Briat), les guerriers gaulois qui résiste grâce à la potion magique du druide Panoramix (Bernard Alane). Sur ordre de Jules César (Philippe Morier-Genoud), un grand projet d’urbanisme est mis en œuvre aux alentours du village par l’architecte Anglaigus (Lorànt Deutsch) : Le domaine des Dieux. L’idée est de vaincre les gaulois par assimilation culturelle. Peu à peu, les nouveaux habitants romains envahissent le village dont les habitants commence à mesurer la valeur marchande. Même Ordralfabétix (François Morel, n’hésitez pas à suivre ses chroniques sur France Inter), le chef du village se laisse corrompre par l’appât du gain.

Obélix (Guillaume Briat), Astérix (Roger Carel), Panoramix (Bernard Alane) et Abraracourcix (François Morel)

Quand on a grandi avec les versions animées d’Astérix à chaque Noël durant toute son enfance, on a forcément une certaine appréhension lorsque l’on apprend que le prochain épisode sera réalisé en numérique. Un peu la même qui nous avais envahi avant de voir les versions en prise de vue réelle réalisées par Claude Zidi et Alain Chabat. Cette dernière restant d’ailleurs la meilleure. De la même manière que ces deux noms de réalisateurs appréciés et réputés nous rassuraient, celui d’Astier a fait de même. Et effectivement, Alexandre Astier traite son sujet avec respect, le faisant résolument entrer dans le 21ème siècle sans le dénaturer. Véritable plaisir pour son public attitré, Astier multiplie les références à la culture geek ou à certain personnages historiques. Au détour des dialogues surgissent le Général de Gaulle, Gandalf ou encore Superman. Les citations sont amenées l’air de rien et seul un esprit attentif les débusquera. Évidemment, Astier fait aussi dans l’auto-référencement en laissant planer l’ombre de Kaamelott. Comment ne pas sourire avec le personnage d’Oursenplus (Alexandre Astier) qui semble aussi désabusé et dépassé que le Roi Arthur ? Ou celui de Cubitus (Elie Semoun), un chef de cohorte revendicatif qui lui donne autant de fil à retordre que le duo Karadoc/Perceval à Arthur ?

Jules César (Philippe Morier-Genoud)

Astier a eu l’intelligence de choisir l’album qui résonne certainement le plus aujourd’hui face à une mondialisation débridée. Les parallèles avec notre société sont légions. Le chef des esclaves, Travaillerpluspourgagnerplus (Florian Gazan), référence direct à l’ineptie sarkozienne, fait office de conseiller syndical. Astier, sous couvert d’humour, met en lumière l’étrange similarité entre l’assimilation gallo-romaine et l’aliénation des travailleurs. Alors qu’Astérix met à disposition des esclaves de la potion magique et que ceux-ci pourraient briser leurs chaînes, voilà que ces derniers, ayant intériorisés le rapport de domination qui les lient aux romains, ne s’en servent pas pour fonder un nouvel ordre plus juste mais s’applique alors à s’en servir pour obtenir une meilleure place dans l’ordre existant. C’est que le rêve de l’affranchissement pour un esclave romain était aussi illusoire que celui d’une ascension sociale pour un fils d’ouvrier de nos jours mais que pourtant la plupart des opprimés préfèrent se rêver en oppresseurs que de se rebeller. Magnifique moment de rhétorique politicienne lorsque, pour illustrer ces propos, le sénateur Prospectus (Alain Chabat) rend leur liberté aux esclaves, augmente immédiatement leurs loyers et les embauchent en tant qu’ouvriers libres. Éclat de rires jaunes lorsque Travaillerpluspourgagnerplus lance : « Mais c’est de l’esclavage ! ». Tout est dit.

Astérix (Roger Carel), Obélix (Guillaume Briat) et Travaillerpluspourgagnerplus (Florian Gazan)

Ouvert sur l’altérité, accueillant et hospitalier, les gaulois d’Astérix : le domaine des Dieux ne luttent pas contre une invasion fantasmée d’émigrés mais contre une assimilation culturelle pernicieuse et policée. Partis sur le sentier de la guerre, les gaulois stoppent leur offensive dès qu’ils comprennent qu’ils s’en prennent à des civils. Comme on a pu faire miroiter aux indésirables européens que la terre promise pouvait se situer outre-atlantique ou dans les colonies méditerranéennes, César agit de la même manière avec les citoyens romains qu’il charge d’une orgueilleuse mission civilisatrice, illusoire et hors de propos. C’est bel et bien le message qu’Astier perpétue, à la suite de Goscinny et Uderzo, en accueillant dans le village romain, une famille de citoyens romains désargentés. Astérix et Obélix cherchent à sauvegarder leur culture, non pas dans un délire de supériorité, mais dans un désir de partage. Le lit de tous les racismes est le même, on ne peut pas apprécier les cultures étrangères si on ne se connaît pas soi-même. Le domaine des Dieux n’enseigne qu’un chose : nous sommes riches de nos différences et nous devons résister à l’uniformisation du monde.

Obélix (Guillaume Briat), Astérix (Roger Carel), Panoramix (Bernard Alane) et Assurancetourix ( Arnaud Léonard)

Agréable surprise pour les yeux, Astérix : Le domaine des Dieux allie le choix de mettre en scène l’épisode le plus intimiste de la série, le premier où les gaulois font face à une menace directe qui sape les fondements de leur identité, et de ne pas écarter les problématiques sous-jacente, tout en réalisant une comédie de bonne facture, dont les références sont si nombreuses qu’il faudra certainement le revoir pour les saisir toutes. Alexandre Astier se réaffirme comme un esprit brillant et un humoriste hors-pair.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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