[Rétro] La vie est belle, une romance intemporelle et une ode à la solidarité!


Réalisateur talentueux mais habitué aux films de commande, Frank Capra allait subir un échec commercial, en 1946, avec La vie est belle, le premier de ces films à être produit par sa propre maison de production, Liberty Films. Les films suivants ne fonctionneraient pas davantage et marquerait la fin de carrière du cinéaste. Ironie du sort, La vie est belle est aujourd’hui considéré comme un véritable classique, le mètre-étalon de la comédie américaine. Le Mardi 16 Décembre, La vie est belle était rediffusé en version restaurée dans les cinémas Pathé. Retour sur un chef d’œuvre mêlant drame, comédie et fantastique avec la virtuosité des grands maîtres.

George Bailey (James Stewart) est un homme bon et honnête qui ne souhaite qu’une seule chose, devenir ingénieur, créer de grandes et belles choses aux services des hommes et parcourir le monde. Malheureusement pour lui, dans sa ville natale de Bedfords Falls, tout concourt à l’en empêcher.Son père, Peter Bailey (Samuel S. Hinds) est un petit entrepreneur de construction qui octroi des prêts très avantageux aux habitants de sa ville et qui est très libéral avec les impayés. À sa mort, le magnat de la finance, M. Potter (Lionel Barrymore) tente de racheter la société. Pour ne pas laisser la ville aux mains de ce requin, George abandonne ses ambitions et reprend l’affaire familiale. C’est grâce au soutien sans faille de sa femme, Mary Hatch (Donna Reed), de son ange-gardien Clarence Oddbody (Henry Travers) et de toute la communauté que George surmontera toutes les difficultés.

George Bailey (James Stewart)

D’emblée, le film s’ouvre comme une fable fantastique. Dieu et Joseph, symbolisés par des étoiles distinctes sur la voûte stellaire discutent du sort de ce brave George Bailey. Ils convoquent Clarence Oddbody, un ange de deuxième classe et lui confie la mission d’aller aider le pauvre hère. Celui-ci pourra gagner ses ailes s’il réussit son objectif, prouver à George à quel point sa vie simple est spectaculaire. Par une série de flash-back successifs, Clarence est mis au courant, ainsi que le spectateur, des événements marquants de l’enfance de l’héritier Bailey. En toutes circonstances, George aide son prochain sans jamais y rechercher un avantage, juste comme ça, parce que c’est un chic type. C’est après la mort de son père que le récit fait une éclipse pou revenir dans le dernier quart du film avec l’arrivée de l’ange-gardien. Nous suivons désormais George dans son histoire d’amour avec Mary Hatch et dans sa lutte contre M. Potter, le financier cynique.

M.Potter (Lionel Barrymore) et George Bailey (James Stewart)

La vie est belle, c’est d’abord une magnifique romance. Capra parsème son scénario de moments terriblement touchants, insistant sur une certaine prédestination amoureuse des deux tourtereaux. Lorsqu’il est enfant, sauvant son petit frère Harry (Todd Karns) des eaux glacées d’un lac gelé, George perd l’audition d’une oreille. N’importe qui fondra sous l’émotion lorsque la jeune Mary lui susurre à l’oreille qui n’entend pas « je t’aimerais pour toujours, George Bailey » ou lorsque George, juste avant le départ de Mary pour l’université, lui promet d’attraper la lune au lasso pour lui offrir. Dans l’amour même qui unit George et Mary se niche la plus pure des noblesses. C’est un amour désintéressé qu’aucun tracas de la vie ne pourra rompre. Dans les moments les plus durs ou les plus tristes, le couple trouve toujours le moyen de rebondir, de trouver de la beauté dans les plus petits choses. C’est une véritable célébration de la vie.

Mary Hatch (Donna Reed) et George Bailey (James Stewart)

La vie est belle, c’est aussi l’histoire des vingt années qui séparent la grande crise de 1929 des premières années post-seconde guerre mondiale. C’est sûrement ce qui a valu à Capra un désamour certain à la sortie du film. Quelques-uns le taxèrent de communisme tant il dénonçait avec vigueur l’amoralité et la corruption des élites capitalistes. Toutefois, l’opposition qui habite La vie est belle n’est pas celle du communisme contre le capital, mais celle de petits entrepreneurs honnêtes contre celle de trusts accumulant des richesses confisquées aux plus pauvres et inutiles à la société. C’est sur le plan de la morale que se situe le combat, c’est celui du pot de terre contre le pot de fer. Capra énonce que seul le travail doit-être rémunéré et non pas le capital. Par une pirouette assez marrante, il fait dire à son héros qu’il ne comprit jamais comment un homme bon comme son père avait pu monter une affaire fonctionnant sur l’usure.

George Bailey (John Stewart)

Capra, par contre, raconte une histoire que l’Amérique d’après-guerre capitaliste voudrait oublier et que les puissants voudraient réécrire. Cette Histoire écrite par les vainqueurs qui a longtemps minimisée le rôle de la finance déjà folle à l’époque, car mécaniquement inique, dans les malheurs du monde dans les années trente et la seconde guerre mondiale. Sans les malversations d’une poignée de traders, de financiers et de banquiers crapuleux, les nationalismes européens auraient-ils étaient aussi exacerbées ? N’est-ce pas à la faveur d’une nouvelle crise, de nos jours, toujours instrumentalisée par la même caste, que nous voyons l’extrème-droite phagocyté nos démocraties ? Comme pour la crise des surprimes et l’éclatement de la bulle immobilière, M. Potter n’essaie-t-il pas de racheter à prix d’or les dettes des citoyens de Bedfords Falls ?

Janie Bailey (Carol Coombs), Mary Hatch (Donna Reed), Tommy Bailey (Jimmy Hawkins), George Bailey (James Stewart), Zuzu Bailey (Karolyn Grimes) et Pete Bailey (Larry Simms)

Sortie à une époque où les États-Unis voulaient oublier les heures sombres de son histoire et où les politiciens désignait déjà de nouveaux boucs émissaires préparant une guerre pas si froide, La vie est belle tentait de rappeler à ces contemporains que le salut n’était pas dans les illusoires solutions de M. Potter mais dans la droiture, la solidarité et la fraternité. Il redonnait par là, son sens premier à un message chrétien galvaudé par la bourgeoisie paternaliste. Aujourd’hui, plus que jamais, La vie est belle résonne comme un hymne à la vie et à la dignité mettant en avant la valeur inestimable de chaque vie là où d’autre voudraient n’y voir que des monnaies d’échanges.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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