Exodus : Gods and Kings, caprice de roi et enfantillage de Dieu


Avec son vingt-deuxième long-métrage, Ridley Scott, réalisateur mythique d’Alien, le huitième passager et de Blade Runner revient à un genre qu’il affectionne particulièrement, le péplum, pour livrer une vision sombre de l’Exode de l’Ancien Testament. Exodus : Gods and Kings comme son sous-titre l’annonce crée un parallèle saisissant entre dieux vengeurs et rois déifiés.

Ramsès (Joel Edgerton) et Moïse (Christian Bale) sont deux princes mais seul Ramsès peut prétendre au trône car Moïse a été adopté. Lorsque celui accède au pouvoir, Moïse apprend par Noun (Ben Kingsley), un intellectuel hébreu qu’il est en fait un enfant hébreu. Alors que le nouveau pharaon entreprend des projets de plus en plus monumentaux et soumet les hébreux à un terrible esclavagisme, Moïse décide de se rebeller contre son frère et de prendre les armes.

Tuya (Sigourney Weaver, voir SOS Fantômes), Ramsès (Joel Edgerton), Moïse (Christian Bale) et la mère de Moïse (Anna Savva)

D’après les dernières recherches égyptologique, à l’image de notre Moyen Âge, l’Égypte ancienne avant l’arrivé des Grecs ne pratiquait pas l’esclavage, tous les habitants de l’Égypte étaient citoyens et sujet du pharaon, jouissant d’un statut d’homme libre, devant participer aux corvées, impôts en force de travail, et pouvait vendre ce qu’il restait de temps de travail par le biais de contrat salariaux. Ainsi, la situation d’esclavage du peuple hébreux semblent être une extrapolation de conditions de travail laborieuses et très difficiles. De plus, comme chaque citoyen, les hébreux étaient libres de leurs mouvements. Concernant les sept plaies d’Égypte, les historiens rapportent plusieurs événements se rapportant à des événements semblables mais sur un temps très long, ce qui laisse penser que l’histoire biblique tiendrait plutôt de la compilation. Passons cette mise au point historiographique pour nous pencher vers les tenants et aboutissants d’Exodus : Gods and Kings.

Moïse (Christian Bale), Josué (Aaron Paul) et Noun (Ben Kingsley)

Exodus : Gods and Kings est un mélange entre tentative de véracité historique, hommage aux grands péplums des années 50 et volonté de respecter le texte biblique ce qui en fait un objet difficilement interprétable. Concernant la volonté de coller à la Bible, Ridley Scott reprend tous les éléments fondamentaux notamment l’esclavage et les sept plaies d’Égypte. On note, en parallèle, une volonté d’inscrire cette histoire dans un cadre plus véridique. Par exemple, la mer ne s’ouvre pas en deux brusquement mais reflue lentement avec la marée. Autre illustration de cette volonté, les érudits égyptiens sont mis en avant pour expliquer les événements et y trouve des causes logiques. Un surplus exceptionnel de limon aurait provoqué l’asphyxie des poissons, les grenouilles amphibienne auraient fuit cet environnement nauséabond par instinct de survie pour venir mourir dans les villes où elles cherchaient de l’eau, leur cadavre en putréfaction auraient nourri des mouches qui elle-même auraient attiré les sauterelles, et ainsi de suite… À certains moments, ce mélange des genres nous laisse penser que Ridley Scott tenterait à l’image de certains créationnistes américains de concilier l’inconciliable à l’aide de raccourcis douteux et en reprenant les thèses scientifiques à leur propre compte pour les faire coïncider avec les textes bibliques.

Moïse (Christian Bale) et Séphora (Maria Valverde)

C’est sans compter sur un élément primordial du scénario de Bill Collage, Adam Cooper et Steven Zaillian, l’opposition politique entre Ramsès et Dieu, représenté par Moïse, contrastant fortement avec leur proximité idéologique. On n’en avait parlé à propos de Noé, l’ancien testament n’est pas exempt de sang et de fureur. Alors que l’épisode diluvien porte en germe la justification génocidaire, celui de l’Exode en remet une couche. Dieu, qui rappelons-le, à créer l’homme à son image, lui a donné le paradis et l’en a chassé sur un coup de tête, ne reconnaît à cette époque qu’une partie infime de ces enfants. Après tout, on ne demande pas à un Dieu de n’être qu’Amour et dans l’Histoire mythologique du Monde, cela a rarement été le cas. De tout temps, les Dieux se sont fait accompagner et représenter par des prêtres qui formaient l’élite de nos sociétés. À moins que ça ne soit cette élite qui ait choisis des dieux pour les représenter. Et comme souvent, ces Dieux servent à justifier toutes les oppressions. Peu importe alors que ce soit un homme d’essence divine comme le pharaon Ramsès ou un Dieu vengeur, le résultat est le même : de la souffrance, du sang, du fanatisme et de la fureur. C’est ici que Ridley Scott a eu un coup de génie en représentant Dieu (Isaac Andrews) dans un corps d’enfant au caractère capricieux. Le Dieu d’Exodus : Gods and Kings ne fait rien d’autre que de s’amuser avec des jouets dont il a le destin au creux de la main, leur faisant croire qu’il le contrôle. Pharaon n’est pas son Némésis, mais son image exacte dans le miroir. Lui aussi, s’amuse beaucoup a faire construire d’immenses édifices où des milliers d’ouvriers périssent sur les chantiers. Le premier est un infanticide, le second un esclavagiste. Tout deux ne tiennent leur respectabilité que de la crainte qu’ils inspirent. Au fond, sont-ils vraiment si antagonistes ?

Nefertari (Golshifteh Farahani) et Ramsès (Joel Edgerton)

Réalisé avec des moyens gigantesques, Exodus : Gods and Kings offre un divertissement de haute volée allié à un questionnement à peine voilé sur ce que l’on nous propose, non pas de croire, mais d’accepter comme une histoire fondatrice de notre humanité, pire de nos valeurs, alors qu’elle ait jonchée de cadavre voulus par des puissants au bord de la schizophrénie, fussent-ils l’incarnation d’un panthéon millénaire ou d’un dieu unique.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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