Les nouveaux sauvages, le rire cathartique


Le troisième film de Damián Szifron fait exploser toutes les pulsions de notre société dans une succession de sketchs aussi barrés les uns que les autres faisant la peau aux institutions que sont la justice, le mariage et les impôts. Un brin poujadiste parfois, Les nouveaux sauvages n’en est pas moins une grande bouffée d’air cathartique et assurément drolatique.

Un pilote d’avion détesté de tous, une chef de cuisine repris de justice, un automobiliste hautain dans sa belle voiture, un procureur et un avocat corrompus, un petit con bourgeois qui n’assume pas ses conneries, un contribuable excédé et une mariée trompée, voilà la joyeuse et dangereuse troupe de nouveaux sauvages.

Moza (Julieta Zylberberg) et la cuisinière (Rita Cortese)

L’hommage est flagrant dès le premier fragment, Les nouveaux sauvages lorgne résolument du côté de l’humour borderline de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?. Cependant Les nouveaux sauvages apporte une réponse rapide et définitive à cette question fondamentale. Le ton est donné. Les nouveaux sauvages adopte un ton glaçant où la colère sourde se mue d’un seul coup en violence aveugle et paradoxalement salvatrice. La liberté de ton d’un telle œuvre fait malheureusement de plus en plus défection et n’est plus l’apanage que de séries B sortant directement en DVD. Par beaucoup d’aspect, Les nouveaux sauvages nous a rappelé Cheap Trills que l’on chroniquait, il y a quelques mois. Le film de Szifron reprend justement les codes de l’horreur pour la faire muer en pure comédie. Les accents dramatiques de l’œuvre ne sont que prétexte à affirmer haut et fort que l’on peut rire de tout, surtout de la bêtise, et fondamentalement de la mort. Ainsi lorsque celle-ci surgit, mettant ses victimes face à l’absurdité de leur propre vie, on ne peut qu’en rire. Sujets aux stress, aux frustrations quotidiennes, à l’incompréhension d’autrui, à la déshumanisation des administrations, nous ne manquerons pas de nous reconnaître dans certains personnages.

Simon Fisher (Ricardo Darín)

Mettons un bémol. Sur certains aspects, Les nouveaux sauvages adopte une vision limitée à celle de l’usager, notamment dans le sketch Bombita, où un homme aigri, Simon Fischer (Ricardo Darín) par ses contraventions s’en prend agressivement aux employés qui sont présentés comme étant insensible à sa douleur. Alors même qu’ils ne sont que salariés et ont des directives à suivre. Sans compter qu’ils se font sûrement agresser de la sorte toute la journée. Au final, Fischer ne s’en prend pas aux pontes de l’administration mais aux employés du guichet de la fourrière. C’est le seul sketch qui m’a semblait passer à côté du problème. Toutefois, le reste du film passe à la moulinette de l’humour, avec une ironie et une cruauté savamment dosées, les névroses de notre époque. Une époque ou effectivement, dans les bouchons, certains nouveaux sauvages seraient prêts au meurtre. Une époque où l’on peut définir le prix d’une vie. Une époque où l’on voudrait parfois être comme les personnages du film, laisser libre cours à nos pulsions et leur céder totalement. C’est incroyable de se l’avouer, et c’est pour ça que la salle était hilare, mais on y pense plus souvent qu’on ose le dire. Sous le vernis, le maquillage sociétal fond ici comme neige au soleil.

Romina (Erica Rivas)

Stressés, fatigués, frustrés ? Foncez en salle voir Les nouveaux sauvages pour décharger toute vos pulsions, sûrement assis à côté de celui que vous auriez bien étripé quatre heures plus tôt, au volant de votre voiture, derrière votre guichet, ou bien dans la file d’attente.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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