Inherent Vice ou l’inertie cérébrale


Le septième long-métrage de Paul Thomas Anderson, Inherent Vice, développe une intrigue policière teintée de psychédélisme sur un rythme lent, trop lent même. Alors que Josh Brolin, arbore un visage fermé de circonstance pour son rôle de flic machiste et réactionnaire, Joachim Phoenix, que l’on apprécie beaucoup, s’embourbe lui aussi dans son rôle, l’air faussement perdu.

À Los Angeles, en 1970, le détective privé Larry « Doc » Sportello (Joaquin Phoenix) a son bureau dans un cabinet médical. Son ex-petite amie, Shasta Fay Hepworth (Katherine Waterston) vient lui demander son aide. Son amant, le riche magnat de l’immobilier Michael Z. Wolfmann (Eric Roberts), est menacé par sa femme d’être interné depuis qu’il s’est entiché d’un groupe de motards nazis de la fraternité aryenne.

Larry « Doc » Sportello (Joaquin Phoenix) et le Docteur Threeply (Jefferson Mays)

Inherent Vice commence par une scène où Doc, défoncé à la marijuana, se réveille et croit que Shasta est une apparition. Le ton du film est donné. Par la suite, on naviguera constamment à l’aveugle ne sachant jamais vraiment si Doc hallucine et arrive à faire le tri. De temps à autre, mis en scène de manière sérieuse et distanciée, des éléments absurdes passent à l’écran, comme des gardes du corps en bure ku klux klanaise portant des mitraillettes. La bande son de Johnny Greenwood, guitariste de Radiohead, à laquelle quelques morceaux de Can ou de Neil Young ont été ajouté, accompagne à merveille cette lente descente psychédélique dans les méandres de la corruption et du banditisme de la côte ouest. À travers une secte imaginaire, « le croc d’or » que Doc imagine au centre de toute l’intrigue, les références à l’épopée sanglante de Charles Manson en 1969 sont nombreuses. Doc cite d’ailleurs régulièrement la secte. Intuitivement, l’ambiance bizarre découlant du film n’est pas sans rappeler l’œuvre de Roman Polanski dont la femme Sharon Tate fut assassinée sauvagement par des membres de « la famille ».

Shasta Fay Hepworth (Katherine Waterston)

Les qualités d’Inherent Vice, sa manière d’être légèrement décalé et son écriture tout à fait en phase avec l’époque qu’elle décrit, sont aussi les défauts les plus saillants du film. Le début du film appelle à une fin en fanfare, où se libérerait la tension latente. Cette dernière est finalement anesthésiée par la drogue dont on se demande si le réalisateur n’a pas fait un peu trop l’usage durant le tournage, lui faisant trouver géniale des situations finalement assez fades bien que parfois cocasses. Inherent Vice promet beaucoup mais ne livre finalement pas grand-chose. On aurait presque envie de prendre la défense de l’insupportable chasseur de hippie déguisé en flic, Christian F. “Bigfoot” Bjornsen (Josh Brolin, que l’on a vu dans Sin City : j’ai tué pour elle et Les gardiens de la galaxie, l’année dernière). Une dose de LSD dans le café de Paul Thomas Anderson aurait pu introduire dans le récit une dose de folie moins douce et sortir le spectateur de la turpitude du Doc. Malgré toute ces qualités, la photographie ne suffit pas à sauver le badaud d’un inévitable ennui.

Larry « Doc » Sportello (Joaquin Phoenix) et Coy Harlingen (Owen Wilson)

Malgré des idées prometteuses, notamment de mêler intimement le réel aux hallucinations du détective privée, on sort de la salle avec la désagréable impression qu’on a juste passer la journée sur le canapé avec notre vieux pote drogué, parlant constamment de refaire le monde, mais incapable de se lever. Deux heures trente laborieuses et un retour au point de départ pour une intrigue qui ne décolle jamais, c’est un peu cher payé et on est pas loin de se taper une sieste.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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