[Direct-to-Video] Why don’t you play in hell? : follement libre!


Sono Sion, réalisateur japonais prolifique, porte un nom évoquant un gourou rasta complotiste. Si son cinéma est loin de toutes ces préoccupations-là, il n’en est pas moins totalement délirant et exaltant. Pour son dernier film, Why don’t you play in hell ?, le metteur en scène porte également les casquettes de scénariste et de compositeur. Une manière de contrôler tous les aspects d’un film à petit budget très personnel qui rappelle la grande époque des pionniers révolutionnant l’art cinématographique avec de simples bouts de ficelles.

The Fuck Bombers est un groupe de cinéastes amateurs dirigé par le jeune Hirata (Hiroki Hasewaga) qui ambitionne de tourner le plus grand film d’art martial jamais réalisé. Lors d’un tournage, en pleine rue, ils font la connaissance d’un jeune voyou et arrivent à le convaincre de devenir leur tête d’affiche. En parallèle, deux gangs de yakuza se livrent une guerre sans merci. Le chef du premier, Muto (Jun Kunimura), veut que sa fille, Michiko (Fumi Nikaidô), soit vedette de cinéma tandis que le second, Ikegami (Shinichi Tsutsumi) la convoite en secret. Alors que ces destins vont s’entremêler, un jeune amoureux transi (Gen Hoshino) va se retrouver au cœur de l’action bien malgré lui.

Hirata (Hiroki Hasewaga)

Why don’t you play in hell ?semble totalement foutraque au premier abord. Le scénario, un brin précipité, pourrait rebuter les spectateurs les plus cartésiens. En réalité, la folie douce qui s’empare du film confine au génie. La musique de Sion illustre le côté décalé de l’entreprise. Toujours joyeuse, proche de la fanfare, la bande originale égaye même les pires scènes de massacre. Le ton est donné. Le but est de vous entraîner dans cet incroyable remue-ménage, de votre plein gré et avec entrain, en vous donnant à sourire en toutes circonstances. Avant le générique de début, une gamine chante une publicité pour dentifrice. La chanson horripilante deviendra le fil conducteur du scénario. La voix-off, celle d’Hiroki, qui nous raconte son histoire, est aussi enjouée que la musique est rythmée. Le long-métrage ne souffre d’aucun temps mort. Sans cesse, le public est amené d’un personnage à l’autre. Le déroulement effréné de l’intrigue multiplie les pistes et les moments plus loufoques les uns que les autres. Dans tous les domaines, Sono Sion ne renonce jamais à forcer le trait. Ainsi, idée géniale, il gomme les frontières en réalisant un film dans le film aux accents totalement nihilistes.

Muto (Jun Kunimura)

Why don’t you play in hell semble également très personnel pour son réalisateur. Ce dernier multiplie les projets plus fous les uns que les autres et entend s’affranchir encore longtemps des grosses maisons d’édition pour pouvoir conserver une liberté de ton essentielle à la création artistique. C’est ainsi qu’il ne profite quasiment jamais de sorti officielle hors du japon en dehors du format vidéo. Au-delà de l’insolence féconde de son cinéma, le réalisateur nippon ne se prive pas de livrer une satire du milieu cinématographique. Si la France est quelque peu épargnée, grâce à sa politique d’exception culturelle, face à l’uniformisation, le Japon ne fait pas exception. Comme en occident, les cinémas de quartier ont peu à peu fermés leur porte. Les grandes chaînes qui ont survécu sont de moins en moins enclines à faire vivre un cinéma libre et indépendant préférant se cantonner à diffuser des blockbusters sans risques financiers. Le vieux projectionniste de Why don’t you play in hell ? ferme les portes de son cinéma. Dans ses rêves, le jeune metteur en scène idéaliste réalise un film incroyable, sans se vendre à des financiers, juste avec les moyens du bord et permet la réouverture en grande pompe de ce cinéma fantôme.

Michiko (Fumi Nikaidô)

C’est de cet enfer où règne la mort de toutes cultures dissidents dont parle Sono Sion. Le final sanguinolent est un véritable appel à repousser les limites de l’inventivité graphique et de l’impertinence scénaristique. Sion déclare haut et fort à qui veut l’entendre que les passionnés ne sont pas une espèce disparue. Mieux vaut vivre l’enfer financier du cinéma de genre mais rester libre que vendre son âme et faire mourir sa passion pour une poignée de dollars de plus.

Ikegami (Shinichi Tsutsumi)

Ne bénéficiant pas d’une sortie en salle, Why don’t you play in hell? est d’or et déjà disponible avec le numéro de Mars de MAd Movies et sortira dans les bacs, le 25 Mars 2015.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s