[Avant-première] Divergente 2 : L’insurrection, ode réactionnaire au système des castes


Seulement un an après la sortie du premier volet de la saga Divergente, Robert Schwentke prend le relais de Neil Burger pour livrer un deuxième opus. Divergente ne nous avez pas réellement enthousiasmé en se parant des atours d’une dystopie pour ado en pleine crise existentielle sans prendre soin de développer un univers fouillé. Et il faut dire que pour rien arranger, Neil burger semblait laisser ses acteurs fades en roue libre. Rajoutons que le fond idéologique laissait présager un certain malaise que Divergente 2 : L’insurrection, que nous avons vu en avant-première, ce mardi 17 mars, vient confirmer.

Tris (Shailene Woodley) vit dans un monde post-apocalyptique où l’ordre a été rétabli, dans une cité clôturée, en définissant cinq castes : les Audacieux, les Érudits, les Altruistes, les Sincères et les Fraternels. Altruiste de naissance, elle décide pourtant de rejoindre les Audacieux lors du rite de passage à l’âge adulte. Lors de son test d’aptitude, il est révélé qu’elle est divergente, c’est-à-dire qu’elle tient un peu des cinq factions. Elle se retrouve alors confronté à un complot des Érudits, dirigés par Jeanine (Kate Winslet, popularisé par Titanic mais inoubliable dans Créatures Célestes de Peter Jackson), qui veulent prendre le pouvoir en éliminant les Altruistes et en se débarrassant des divergents. Aidée par Quatre (Theo James), elle va se révolter puis menée une insurrection.

Quatre (Theo James) et Tris (Shailene Woodley)

Incroyable mais vrai, Divergente 2 : L’insurrection est un film d’action dans un monde instable et post-apocalyptique dont le scénario réussit pourtant la prouesse de placer l’essentiel des scènes d’actions dans une simulation informatique leur ôtant par là-même, malgré tous les efforts déployés pour les rendre palpitantes, la moindre intensité. Tris, plongée au cœur d’une guerre fratricide au sein de l’humanité survivante passe néanmoins tout son temps à se morfondre. Là aussi, l’artifice de la simulation informatique répond dans les grandes lignes à tous ces questionnements intérieurs. Ainsi, il n’y a rien que de très conventionnel et très convenus dans les états d’âmes de la jeune fugitive. Quant à Quatre, on se rappelle de la scène risible du premier volet où il apprend la raison de son surnom à sa bien-aimée : il a quatre peurs. On ne peut s’empêcher de penser aux cinquante nuances de folie d’un autre navet ayant empli les salles récemment, Cinquante nuances de Grey. Le scénario est tellement plat et sans surprise que même Miles Teller (Peter), incroyablement talentueux dans le magnifique Whiplash, est ici relégué au simple rang de faire valoir et semble aux abonnés absents.

Peter (Miles Teller) et Tris (Shailene Woodley)

Au-delà des limites scénaristique de l’œuvre et de la mise en scène, un autre aspect important de l’œuvre nous turlupine. Comme la plupart des œuvres de sciences-fictions, Divergente et Divergente 2 : L’insurrection servent un discours à la fois politique et scientifique. Là, où la saga innove un tant soit peu, c’est que, chose rare dans ce genre cinématographique, elle obéit à un message profondément réactionnaire si on y regarde de plus près. Reprenons du début. L’organisation politique de l’univers de Divergente est basé sur un système de caste. De manière très caricaturale, l’humanité a été divisé selon ce qui serait ses grands traits de caractères constitutifs. Première remarque, ce ne sont que des qualités. L’être humain serait donc exempt de défaut, ou bien ceci serait spécifiquement lié à telle ou telle qualité. Au début, on se dit que, nécessairement, ce système va être battu en brèche, que quelqu’un va montrer la voie de la diversité et du métissage. Bref, que l’idée conductrice du film sera universelle et cherchera à montrer la richesse de l’humanité dans ses imperfections.

Marcus (Ray Stevenson) et Johanna (Octavia Spencer)

Malheureusement, en aucun cas le film ne mettra en cause cette séparation factice de l’espèce humaine. Les érudits mettent même au point une machine capable de détecter génétiquement si l’on est divergent ou bien dans le rang. On touche à l’eugénisme. Ne nous y trompons pas, les divergents ne sont pas des inadaptés ni même des marginaux ou des esprits libres, non, ce sont des sur-humains, une espèce supérieure au reste de l’humanité bêlante. C’est clairement signifié dans le film. Même après que la révolte est éclatée, le système des castes n’est donc jamais remis en cause, et la plupart des personnages secondaires resteront très à l’aise dans leur rôle, présumés incapable d’un véritable libre-arbitre, restant confinés dans des simulacres de ce qu’est réellement la complexité de l’être humain. Peut-être que leur nouveau chef charismatique saura leur montrer la voie pavée d’or d’une révolution fascisante ne faisant finalement qu’une circonvolution sur elle-même. L’équilibre du système n’ayant été rompu que par l’égocentrisme de Jeanine, il pourrait être rétabli à l’identique par le sur-être qu’est devenu Tris. Tout ce peuple semble prêt à accepter une nouvelle servitude pour fuir l’ancienne.

Jeanine (Kate Winslet) et Caleb (Ansel Elgort)

Loin, très loin de l’ambition d’un Hunger Games -L’embrasement sondant la société du spectacle ou de celle d’un Hunger Games – La révolte (Partie 1) traitant de la propagande et de ses ressorts, Divergente 2 : L’insurrection n’est qu’une pale copie tentant de surfer sur le succès de son prédécesseur. Par le seul biais de présenter une héroïne un peu ingrate et mal dans sa peau, les producteurs de la saga espèrent amener en masse les adolescentes dans les salles et il faut bien l’avouer y arrivent. Nous n’avons pas de doute, malgré tout, que la saga Divergente sera bien vite oublier et ne viendra jamais compléter la dvdthèque des aficionados de science-fiction intelligente et épique.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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