Caprice, la beauté troublante de Cupidon


Caprice est le huitième film du réalisateur Emmanuel Mouret dont on avait malheureusement jusqu’ici, jamais entendu parlé. Nous battons notre coulpe devant cette grossière erreur tant ce long-métrage tendre, profondément sensible et fort bien écrit, nous donne envie de découvrir le reste de sa filmographie. Revenons sur cette agréable surprise sans tarder de peur d’en perdre la délicate saveur.

Clément (Emmanuel Mouret), un instituteur devient l’homme le plus comblé du monde. En effet, la comédienne qu’il admire et dont il ne rate pas un spectacle, Alicia (Virginie Efira) va venir à sa rencontre sans qu’il s’y attende. En effet, son neveu a besoin de soutien et ce dernier est scolarisé dans son école. Avec l’entremise du directeur et ami de Clément, Thomas (Laurent Stocker), il va pouvoir la côtoyer. L’un et l’autre vont peu à peu tomber sous leur charme. Alors qu’il file le parfait amour, Clément fait la rencontre fortuite de Caprice (Anaïs Demoustier, jeune prodige que l’on ne présente plus et que l’on a vu dans La ritournelle, Au fil d’Ariane, Une nouvelle amie et A trois on y va), une jeune épicurienne qui va semer le doute dans l’esprit du maître d’école.

Clément (Emmanuel Mouret), Thomas (Laurent Stocker) et Alicia (Virginie Efira)

La première impression est musicale. La musique jazzy, un brin manouche, oscille entre légèreté, joie de vivre et mélancolie. Comédie fine, Caprice prend le temps de laisser mûrir le verbe et de ce verbe fleuri fait naître l’émotion de sentiments contradictoires, parfois répréhensibles, mais toujours abordés avec empathie. Clément est un grand timide. Il vit dans le souvenir, saisissant chaque instant pour finalement les laisser filer. D’une certaine manière, on le comprend pleinement, Clément s’offre la fraîcheur de réminiscences toujours agréables. Vivant sa vie en spectateur, il saisit la beauté et la garde précieusement en son cœur. La mémoire de ces instants fugaces lui laisse le loisir d’imaginer ce qu’aurait pu être la suite. Grâce à Alicia, il va pouvoir vivre ses rêves d’idylle à livre ouvert. Cette dernière, en émerveillement constant incarne dans le couple cette beauté inlassable que Clément cherche à conserver dans un écrin de fantasme. Idéaliste, il écrivait sa vie sur du papier imaginaire, il va pouvoir écrire de nouvelles pages à disperser aux quatre vents. Il a d’ailleurs, analogie parfaite avec sa manière de vivre, l’idée d’écrire un scénario à sa bien-aimée, scénario qu’il conçoit comme un poème mais qui, à son image manque un peu de fantaisie.

Jean (Thomas Blanchard) et Clément (Emmanuel Mouret)

Ce brin de folie qu’il manque à sa vie, c’est ce petit caprice du destin lui tombera dessus comme la foudre. Caprice, dont l’interprétation mutine, un brin agaçante d’Anaïs Demoustier est parfaite, respire la liberté. Alors que Clément rêve sa vie, elle vit ses rêves. Touchante, elle ne renonce pas à ses objectifs sans pour autant calculer quoique ce soit. Caprice fait des bêtises mais toujours avec une candeur innocente. Certes, son obsession érotomane peut énerver mais la jeune femme respire tellement la gentillesse que l’on ne peut que la trouver agréable. Et puis, ses sentiments, bien qu’excessif, tout à fait déplacés, n’en sont pas moins le fruit d’un amour véritable. Clément aime Alicia, comédienne de talent jouant des classiques tandis que Caprice joue des pièces expérimentales de science-fiction. Alicia correspond à toutes ses attentes mais malgré tout, Caprice réussit à lui en créer de nouvelles. A moins que ce ne soit des illusions induite par ce plaisir de plaire. C’est troublé par cette épisode inattendu de sa vie que Clément devra faire un choix. Caprice est parfaite pour devenir un de ces souvenirs qu’il affectionne tant. Mais elle n’est pas qu’un souvenir, elle revient toujours à la charge et c’est pourquoi, ce qui le rend définitivement fascinant, il est tiraillé entre sa morale et des attachements qu’il ne sait pas définir correctement.

Clément (Emmanuel Mouret) et Caprice (Anaïs Demoustier)

Généralement, on apprécie pas trop les romances sur fond d’adultère ou le cocu passe à la trappe d’un scénario bateau pour laisser place à une histoire idyllique. A vrai dire, c’est aussi cet aspect de Caprice qui nous a séduit car Emmanuel Mouret traite de ce sujet avec une subtilité hors-norme. Les trois protagonistes, interprétés avec justesse, à part égale, donne corps au récit. Mouret ne laisse personne sur le bas-côté, n’épargne aucun questionnement et rend beaux ses personnages. C’est si rare de laisser autant de place à la poésie et à la beauté dans les comédies romantiques de nos jours qu’il faut le saluer. Chapeau bas !

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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