Uttama Villain, la paille dans l’œil du voisin


Uttama Villain est la dernière réalisation de Ramesh Aravind, acteur indien prolifique. Avec plus de trente ans de carrière et plus de cent-vingt films à son actif, il peut se permettre de critiquer l’industrie cinématographique qu’il connaît si bien. Un objectif affiché de sa dernière création qui ne fait pas forcément de son film un bijoux.

Manoranjan (Kamal Haasan) est un acteur à succès mais qui multiplie les rôles dans des blockbusters médiocres. Il va défier son producteur et beau-père Poornachandra Rao (Kasinathuni Viswanath) pour jouer un rôle plus important dans le dernier film de son réalisateur préféré, Margadarsi (Kailasam Balachander). Incarnant l’acteur de théâtre Uthaman, au huitième siècle, que l’on prétendait immortel, il va apprendre qu’il est atteint d’une tumeur cancéreuse au cerveau.

Manoranjan (Kamal Haasan)

Passons rapidement sur la traduction française désastreuse, chose à laquelle le distributeur Aanan Films ne nous avait pas habitué. Certaines phrases, débarrassées de leur pronom, deviennent incompréhensible. Ce qui rend d’autant plus désagréable le suivi du film étant donné que celui-ci est déjà tourné, à la fois en tamoul, en hindi et en anglais selon les protagonistes. Uttama Villain s’ouvre sur la tournée de promotion du dernier film de Manorajan, une sorte de romance à l’eau de rose et vulgaire où il joue un loubard à moto. Puis, son fils Manohar (Ashwin) quitte la représentation, fou de colère que son père se rabaisse à des rôles si peu glorieux. Voilà en substance tout le discours d’Uttama Villain. En somme, Aravind se pose en défendeur d’un cinéma de qualité dont il serait le représentant. Si la première partie du film s’attache à montrer l’acteur s’amouracher de sa jeune médecin, la doctoresse Arpana (Andrea Jeremiah) et vivre la crise de la cinquantaine, la deuxième le met en scène jouant le rôle d’Uthama, film dans le film censé être un exemple de bon goût.

Uthaman (Kamal Haasan) et Karpagavalli (Pooja Kumar)

C’est là que le bas blesse. Uttama Villain est une comédie à laquelle Aravind a voulu adjoindre un semblant de philosophie et qui a la prétention de montrer la voie à suivre pour un cinéma de qualité. Et à vrai dire, le niveau global du film n’est pas loin de son introduction. D’une part, l’humour déployé est très potache voir scatophile, d’autre part, ce n’est pas en remplaçant les motos par des tigres en CGI mal ficelée que l’on échappe au statut de série B mal fagotée. Rajoutons à cela que l’aspect dramatique est très mal mis en avant par le jeu d’acteur de Kamal Haasan semblant incapable de jouer la moindre émotion négative, froid comme un Schwarzy. Même s’il se rattrape sur le jeu comique, cela rend la moitié du long-métrage totalement inefficace tant on ne peut éprouver de réel empathie pour ce personnage atrabilaire. Rajoutons que les enjeux sont quasiment nuls, on sait très tôt le devenir de l’acteur et les relation avec sa femme (Urvashi) et son fils sont si exécrable que l’émotion provoquée par sa maladie semble feinte. S’il trépasse sur scène, la comparaison s’arrête là, n’est pas Molière qui veut.

Uthaman (Kamal Haasan) et Karpagavalli (Pooja Kumar)

Au vu de la production française désastreuse et de l’ennui profond qui risque de vous étreindre, inutile de vous asticotez pour trouver un cinéma diffusant Uttama Villain.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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