Mad Max : Fury Road, folie furieuse et génie créateur!


Il y a deux semaine, nous faisions une véritable tête-à-queue vers les seventies finissantes pour retrouver les débuts prometteurs d’une saga qui allait, d’épisode en épisode, rénover et à chaque fois relancer le genre post-apocalyptique au cinéma. Après Mad Max, s’invite évidemment dans nos lignes Mad Max Fury Road, la dernière folie de George Miller alliant selon la plus grande tradition, spectacle de haute voltige et messages quasiment subliminaux.

Dans un futur où l’eau et le pétrole sont devenus les ressources les plus rares et les plus précieuses, l’Imperator Furiosa (Charlize Theron, bien plus convaincante que pour Dark Places), générale d’Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne qui jouait également Toecutter dans le premier volet), un tyran ayant sous sa coupe une incroyable armée, décide de la trahir en libérant ses concubines. Pendant sa fuite éperdue, pourchassé par les sbires d’Immortan Joe, elle va faire la rencontre de Mad Max (Tom Hardy), aventurier solitaire de la Désolation.

Mad Max (Tom Hardy) et Imperator Furiosa (Charlize Theron)

La première impression que laisse Mad Max Fury Road est certainement une claque visuelle rehaussée d’une énergie folle insufflée par la bande originale de Junkie XL. Définitivement finis les détours auteurisants du premier volet, trente-six ans après son commencement, George Miller offre à la saga un blockbuster sans temps morts mais avec une rage intact. Autre temps et autre moyens, cette fois-ci, la franchise quitte vraiment la route de l’artisanat pour profiter pleinement des joies de l’industrie et d’un budget pharamineux. Les trois premiers volets mettaient en scène des voitures et des camions customisés pour leur donner un aspect rafistolé et punk. Cette fois-ci, ce sont de véritables machines de l’enfer qui sont sorti de l’imagination fertile de Miller et de son équipe. Les bêtes mécaniques n’ont plus grand-chose à voir avec la V8 Interceptor de Max Rockatansky. Donnant lieu à une course-poursuite presque continue, réalisée en très grande partie sans aucun trucage numérique, l’affrontement entre ses mastodontes de la route offre un résultat saisissant inégalé au cinéma. Miller s’est contraint à poursuivre les véhicules, à la même vitesse, pour les filmer. Un constat saute au yeux. Avec son histoire de guerrier de la route, dont aucun producteur ne voulait en 1979 et pour laquelle George Miller a bataillé jusqu’à Fury Road, le réalisateur australien atteint des sommets en terme de créativité et d’amusement. Peu de blockbuster de science-fiction peuvent se targuer d’avoir un arrière-plan si développé, une mythologie si reconnaissable. On peut favoriser le réel, même avec des gros sous, mettre en avant le travail des cascadeurs davantage que les fonds verts, rester sur Terre et livrer des images plus surprenante que ces vaisseaux spatiaux qui finissent par tous se ressembler. Rajouter à cela, une ignorance innée du ridicule qui pousse Miller à mettre en scène, un rocker survolté, héraut moderne, armé d’une guitare lance-flamme et il faudra bien l’avouer, la folie furieuse qui découle de ces scènes deviendra forcément culte.

Rictus Erectus (Nathan Jones) et Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne)

Et ne croyez-pas que Mad Max Fury Road se cantonne à cette audace scénique de chaque instant. Antihéros profondément humaniste, Mad Max et Furiosa ont quelques leçons a donné à notre génération. La première, transparente, est bien sur la fable écologique sous-jacente à l’intrigue de la saga elle-même. L’humanité à épuiser les ressources terrestres et malgré ça, son obsession reste pour l’essence qui demeure au moins presque aussi importante que l’eau. A vrai dire, bien que le signal d’alarme soit tiré, il semble bien que nos manies soient plus forte que notre raison. Dans notre monde réel comme dans la dystopie madmaxienne, le pétrole est le nerf de la guerre car il représente le pouvoir. Un pouvoir que les possédants et les puissants ne veulent pas voir se dégrader. Y’aura-t-il, cependant, toujours des fous, des révoltés, des écorchés-vifs et des rêveurs, pour s’opposer ? L’amour de son prochain pourrait être vecteur de changement semble nous dire le personnage de Nux campé par Nicholas Hoult (qui jouait Lyle dans Dark Places et le Fauve dans X-Men: Days of Future Past)Passons rapidement sur le petit message gentillet sur le don du sang, Max servant de donneur universel pour les vilains puis pour sauver l’héroïne. La Citadelle d’Immortan Joe est un enfer hiérarchisé. Incroyablement violent, il n’en est pas moins l’image à peine déformée de notre société. Comme le font les traders et les négociants en matière première, Immortan Joe organise la pénurie de denrées existantes pourtant à profusion. Comme les tenants de la rigueur, il explique à son peuple qu’il peut se priver et qu’il ne doit pas prendre goût au « superflu », celui-ci fut-il, telle l’eau, une nécessité vitale. Comme les trafiquants d’êtres humains dont les comptes bancaires, domiciliés dans des paradis fiscaux, font les choux gras des démocraties occidentales comme des dictatures, Immortan Joe organise la traite des femmes et la marchandisation de leur corps, sans oublier le travail des enfants. Comme les religions institutionnalisées et dogmatique, il promet un monde à ceux qui sacrifie leur vie à sa cause. Le monde de Fury Road est terrifiant parce qu’il montre un condensé horrifique, un lieu où toutes les dérives du capital se rejoigne sous le joue de la tyrannie, parce qu’il avance à visage découvert. Mais il est révoltant parce que l’on y retrouve le projet de société qu’on nous vend. Une cause commune, une foi irraisonnée, des idéaux aliénés, n’est-ce pas ainsi que l’on plongea le prolétariat dans une guerre fratricide deux fois durant le siècle dernier (voir à ce propos, l’excellent documentaire Howard Zinn, une histoire populaire des États-Unis) ?

Fragile (Courtney Eaton), Capable (Riley Keough), Splendid (Rosie Huntington-Whiteley), Mad Max (Tom Hardy), Toast (Zoë Kravitz) et The Dag (Abbey Lee)

Alliant profusion d’idées et génie de la mise en scène, Fury Road relance avec succès une franchise décidément increvable. Deux autres films ont été annoncés mais on me susurre à l’oreille que Tom Hardy aurait signer pour quatre film. Mais, diable, comment George Miller pourra-t-il rivaliser encore de prouesses ?

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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