Maggie, veillée funèbre chez les zombies


Maggie, premier film d’Henry Hobson, Dieu merci, n’est pas une biographie de Margaret Thatcher. La bande-annonce, jouant ouvertement sur la présence de Schwarzenegger, laissait présager un film d’action ébouriffant, programmant votre encéphale sur arrêt. Surprise ! Hobson livre une œuvre touchante et poétique, un drame familial empruntant une esthétique très sobre au meilleur de la production post-apocalyptique qui rappelle Les fils de l’homme d’Alfonso Cuarón (réalisateur de Gravity) ou La route de John Hillcoat.

Dans un futur proche, les États-Unis sont contaminés par un virus tuant à petit feu ses victimes puis les ramenant à la vie. Prompt à réagir, les services publics imposent la mise en quarantaine des malades pour éviter une propagation de l’épidémie zombiesque. Lorsque Maggie Vogel (Abigail Breslin), une adolescente de seize ans tombe malade après une morsure, son père, Wade (Arnold Schwarzenegger) décide de la soustraire aux services médicaux, quitte à affronter les autorités.

Wade Vogel (Arnold Schwarzenegger)

Ce n’est pas la première fois que nous l’affirmons. Rien ne vaut de jouer le contre-emploi pour relancer les carrières d’acteurs vieillissants. Schwarzenegger, qui avait contre lui d’incarner dans Évasion, sorti il y a maintenant deux ans, la pire facette de son image publique, reprend du poil de la bête dans Maggie en devenant doué de sensibilité, hésitant à se saisir de son arme. Notons toutefois l’amalgame fréquent entre l’homme et son œuvre dans l’inconscient collectif qui fait fi de sa participation illustre à la filmographie de réalisateurs pour ainsi dire très peu enclin à la réaction aiguë, en premier lieu Richard Fleischer, James Cameron ou encore Paul Verhoeven. Schwarzy, donc, évacue les blagues racistes pour nous prouver que nous n’avons pas le monopole du cœur. Et à vrai dire, cela fonctionne parfaitement. Le duo père/fille évacue la problématique viral et survivaliste pour laisser place à un émouvant drame familial. C’est toutefois la jeune Abigail Breslin, que l’on avait aperçu dans La stratégie Ender, qui tient la vedette. L’actrice, se transformant peu à peu, joue avec justesse la tristesse diffuse qui l’étreint à mesure qu’elle fait le deuil de sa propre existence. L’analogie avec le combat contre Alzheimer (ne ratez pas à ce sujet le magnifique Still Alice) ou le cancer est facilement identifiable.

Maggie Vogel (Abigail Breslin)

La photographie de Maggie s’appuie sur des filtres crépusculaire évoquant, en nuance de gris et de bleu, le crépuscule d’une vie et la longue veillée funéraire de Wade. Grâce à ce parti pris esthétique, les dialogues parfois téléphonés de Maggie sont vite rehaussé par l’imprégnation onirique du récit. Maggie a cela de novateur et d’intelligent qu’Hobson aborde le thème de la contamination zombie de manière intimiste. Un luxe que même des œuvres mettant les rapports humains au centre de l’intrigue, comme The Walking Dead, ont du mal à se payer. Jamais on ne s’était autant attardé au cinéma sur la cellule familiale dans cette optique. Il a fallu pour cela remplacer l’apocalypse habituelle par un décadence contrôlée. Ainsi, Maggie accouche d’un monde où la pandémie reste, bon gré mal gré, circonscrite par les pouvoirs publics. Aussi saugrenue que cela puisse paraître, des problématiques nouvelles émergent de cet état transitoire encore inexploré sur nos écrans. Maggie explore les rapports sociaux les contrôles mis en place par la société pour endiguer la maladie. Les services sanitaires proposent une prise en charge finale des patients pour préserver un ordre moral au sein de la population. Contrôlant les derniers instants, le gouvernement peut éviter les règlements de compte à la faveur du chaos et limiter la propagation tout en maintenant un semblant de cohésion juridique.

Wade (Arnold Schwarzenegger) et Maggie Vogel (Abigail Breslin)

Premier film novateur, à contre-pied de la vague de fond qui rend les zombies toujours plus rapides, Maggie remet la lenteur au cœur d’un genre cinématographique qui, avant tout, se doit de raconter des aventures humaines. Henry Hobson nous offre un moment de contemplation nécessaire en lieu et place du tumulte habituel. La mort étant, finalement, la problématique principale, en faire le centre de l’intrigue, la rendre à la fois angoissante et mélancolique, plutôt que d’abattre les acteurs comme du bétail, rend sûrement au mythe du zombie son sens et ses interrogations premières.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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