San Andreas, la faille du conformisme hollywoodien


Il y a, dans l’imaginaire collectif ce que l’on appelle « le film américain ». Némésis du « film français » auteurisant et philosophique, il incarne ce que l’on aime mépriser le plus chez ces gens d’outre-atlantique. San Andreas est un véritable stéréotype du genre. Traîné par Dwayne Johnson (navrant dans Fast and Furious 7 mais tout à fait drôle dans Hercule), le dernier film de Brad Peyton déroule un scénario sans surprise dont le brainstorming a du se limiter à tirer les événements dans un chapeau.

Ray Gaines (Dwayne Jonhson), pilote d’hélicoptère dans la brigade de pompiers angelenos est en mission lorsque la faille de San Andrea s’ouvre sous l’effet d’un tremblement de terre sans précédents. Il décide d’aller secourir son ex-femme Emma (Carla Gugino) et sa fille Blake (Alexandra Daddario).

Ray Gaines (Dwayne Jonhson)

Essayons de ne pas perdre le fil des clichés tissés de fil rouge. Le premier n’est pas des moindres. C’est celui de la famille recomposée déchirée par un drame antérieure. A cela se rajoute que, bien entendu, le beau-père Daniel Riddick (Ioan Gruffudd) est un pleutre, peu sportif, tandis que l’ex-mari est la figure même du mâle alpha, testostérone dans le déo et protecteur. C’est bien, c’est vendeur pour les gamins de parents séparés. Viens ensuite que le héros prend des risques incontrôlé, même au boulot, parce qu’il se doit d’être l’incarnation du héros providentiel. Conséquence de tout ça, la pauvre tache de beau-père se fait lamentablement largué après avoir exposer sa lâcheté au monde entier. Tout est bien qui finit bien. Tout est à sa place. Où avait-on la tête en évoquant un divorce ? Ça fera plaisir à l’évangéliste moyen. N’oublions pas, enfin, les explications pseudo-scientifique du spécialiste de service Lawrence (Paul Giamatti que l’on a vu dans le film culte John dies at the end). Bien entendu, comme tous les films de catastrophe de base, San Andreas fait finalement superbement l’impasse sur la catastrophe elle-même, ignorant les innombrables victimes pour se concentrer sur la cellule familiale traditionnelle et parfaite. Celle qui mérite d’être sauvée parce que son chef de famille est un héros. Et, cerise sur le gâteau au beurre de cacahuète, au milieu des décombres flotte un drapeau américain tandis que Ray Gaines déclame une tirade digne du moins éduqué des pères fondateurs.

Emma (Carla Gugino) et Ray Gaines (Dwayne Johnson)

Au bout d’un moment, on ne peut plus s’empêcher de penser : « Mais qu’est ce qu’ils on du s’ennuyer devant leur fond vert »… C’est vrai, au final, y’a-t-il une seule fois une vue de Los Angeles ou de San-Francisco qui soit réelle ? On se demande bien. On est tellement dans la surenchère d’effets spéciaux, souvent incongrus, que la volonté de réalisme cataclysmique engendre au contraire un total désintérêt pour ce type de spectacle. Parce qu’au final, on pourrait avoir affaire à une invasion extraterrestre, le résultat serait le même. Dans la salle, en tendant l’oreille, on peut entendre les spectateurs finir les phrases avant les personnages tant les dialogues sont plats et prévisible. Un poil au dessus de ces prestations habituels, Dwayne Johnson conserve malgré tout son regard de poisson frit incapable de faire passer une émotion. Le seul point fort du film est de donner, en complément de son père, le rôle de femme forte à Blake. C’est celle-ci, très débrouillarde et intelligente, qui va guider un jeune homme Ben (Hugo Johnstone-Burt) et son petit frère (Art Parkinson, Rickon Stark dans Game of Thrones) à travers la ville . Une histoire parallèle qui va malheureusement laisser place à une mielleuse idylle naissante, conformément à la coutume.

Ollie (Art Parkinson), Blake (Alexandra Daddario) et Ben (Hugo Johnstone-Burt)

Franchement, San Francisco, on la préfère quand elle reste dernière à rester debout. A l’image d’Harvey Milk par exemple. Dans une scène du film, inévitable selon nous, les lettres Hollywood sur la colline s’effondre et Dwayne Johnson en semble consterné pour peu qu’on arrive à déchiffrer le masque de son visage. Honnêtement, on s’est dit que c’était la seule vague de lucidité au milieu de ce monument de banalité.

Boeringer Rémy

Retrouvez la bande-annonce ici :

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