Gunman, du blockbuster à la critique du néocolonialisme


Pierre Morel, qui n’a rien à voir avec l’illustre François Morel, réalisateur de Banlieue 13 et Taken, revient pour son quatrième film Gunman. Ce thriller, sauvé de la noyade par un Sean Penn qui exécute le minimum syndical ne vaut guère que pour son message dénonçant le néocolonialisme des grandes multinationale de l’énergie.

Durant la guerre civile en République Démocratique du Congo, James Terrier (Sean Penn que l’on a vu dans La vie rêvée de Walter Mitty), sous couvert de protéger des associations humanitaires pour le compte de Blackwater, société de mercenaires, exécute des contrats de tueurs à gage pour une multinationale. Après avoir assassiné le ministre des mines du gouvernement régulier, il doit quitter l’Afrique. Huit ans plus tard, alors que rongé de remord, il revient pour faire réellement de l’humanitaire, on tente de l’assassiner. Il doit alors reprendre les vieilles habitudes pour comprendre pourquoi il est pourchassé.

Annie (Jasmine Trinca) et Stanley (Ray Winstone que l’on a vu dans Noé)

Comme ses prédécesseur, Gunman n’est pas exempt de défauts. Le moindre n’est pas d’avoir un casting sous-exploité. Sean Penn, acteur incroyable, à la filmographie à la foi engagée et engageante, a révélé l’étendu de son talent en interprétant des rôles très divers. C’est néanmoins dans le drame qu’il prend toute sa profondeur. Dans le film de Morel, il n’est qu’un homme d’action de plus, interchangeable. Gunman souffre de cette habitude scénaristique qui consiste à mettre en avant les problèmes de conscience d’un homme autrefois sans vergogne pour le relancer dans ces activités ,tentant de donner une fausse impression de profondeur, éclipsant par la-même l’idée en relançant le film dans l’action testostéronée de base. Ainsi, le scénario de Gunman est sur ce point identique à celui de Taken. S’il ce fait attendre un peu, nous avons même droit au traditionnel enlèvement. Autant dire que l’on ait surpris à aucun moment. Malgré tout, Gunman a l’intelligence de substituer à la simple intrigue de vengeance, un sous-texte politique. Adapté du roman La position du tireur couché de Jean-Patrick Manchette, déjà adapté en 1982 par Robin Davis, le scénariste Pete Travis a adapté le contexte pour le faire coller à notre époque.

Jim Terrier (Sean Penn)

C’est une bonne idée de parler de la République Démocratique du Congo, théâtre d’une longue guerre civile peu médiatisée. Dans les années 2000, une situation de constante instabilité et d’affrontements a perduré entre les forces gouvernementales et les rebelles pendant que les grandes entreprises occidentales s’occupaient de piller les ressources importantes du pays, notamment diamants, le cuivre, le zinc, et le coltan. C’est, disons-le, pour un film d’action banal et peu enthousiasmant, le petit plus qui le sort du lot. Pas étonnant que Sean Penn, connu pour ses engagements progressistes et pour choisir ses films consciencieusement est accepter de tourner malgré les faiblesses de l’histoire. La terrible vérité qui apparaît dans Gunman est que nombre de gouvernements occidentaux entretiennent une instabilité pour que les grandes entreprises nationales puissent continué à piller en toute impunité les richesses inestimables de pays en voie de développement qui aurait tout intérêt à nationaliser les ressources. Certaine n’hésite pas à engager des sociétés dites de sécurité qui ne sont en faite rien d’autre que des milices paramilitaires. Au Nigéria, par exemple, onzième pays producteur de pétrole, premier d’Afrique, les milices armées par les occidentaux tuent en impunité les opposants à leur main-mise sur les oléoducs.

Jim Terrier (Sean Penn) et l’inspecteur Dupont (Idris Elba que l’on a vu dans Avengers : l’ère d’Ultron)

Souffrant d’un vrai manque d’originalité, recyclant les éternels clichés du genre, Gunman est largement dispensable et apparaîtra presque comme une anomalie dans les filmographies de Javier Bardem, peu inspiré, à l’image du film, et de Sean Penn. Toutefois, on lui reconnaître l’avantage d’amorcer un début de questionnement chez le spectateur à propos du bien-fondé de ces guerres civiles incompréhensibles et de l’appui souvent désarmant, de la France notamment à des dictateurs ou à des milices sanglantes selon le sens du vent et la disposition géographique des ressources à exploiter.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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