L’opinion, ça se travaille : les médias et les « guerres justes »


Dans ce livre, dont la sixième édition actualisée et augmentée est sortie il y a peu, publié aux éditions Agones, les collaborateurs du Monde diplomatique Serge Halimi et Dominique Vidal se lient à deux militants de l’observatoire des médias Acrimed pour une analyse poussée et critique des « guerres humanitaires » qui se succèdent depuis la chute de l’URSS.

En effet, à la défaite du camp socialiste et avec la fin du Pacte de Varsovie au début des années 1990, les États-Unis sont devenus sans rival, sans contre-pouvoir. Aucune force militaire ne pouvait les empêcher d’intervenir où bon leur semble et ils ont pu s’arroger en bons « gendarmes du monde ». Mais pour justifier ses interventions, l’Empire doit continuellement vendre à son peuple le caractère « juste » et « humanitaire » de ses entreprises belliqueuses. Quels sont les mécanismes médiatiques qui permettent aux gouvernants de provoquer l’acceptation des guerres par la population ? Quels sont les intérêts sous-jacents ?

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, le livre ne débute pas avec la première guerre du Golfe. En effet, l’invasion de l’Irak va, dans cet ouvrage, servir d’étalonnage pour le reste de l’analyse. Lorsque les occidentaux se lancent au secours de l’émirat réactionnaire du Koweït, les médias justifient l’intervention pour sauver les bébés des couveuses. Aujourd’hui, tout le monde sait que les soldats irakiens n’ont jamais sorti les nouveaux-nés de leurs couveuses et que l’infirmière racontant cette histoire aux télévisions du monde entier était la fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis, qu’elle n’avait jamais mis les pieds dans son propre pays. Ce mensonge, sur-médiatisé pour justifier une attaque coûteuse à des milliers de kilomètres des capitales occidentales, est un cas d’école et nombreux sont les journalistes à assurer « plus jamais ça ».

La démocratie ? Le nerf de la guerre ?

En effet au moment de la guerre en Yougoslavie, tout le système médiatique se gargarise d’une indépendance, d’une objectivité et d’une vraie pluralité des sources. Pourtant, en épluchant les différentes unes des grands médias, il est clair que la pluralité n’existe pas, que les informations sont calqués des communiqués de l’OTAN. La politique du chiffre s’emballe… Pour justifier l’intervention il faut avoir à faire à un nouvel Hitler, ici cela sera Slobodan Milosevic, personnage au combien détestable mais sûrement pas le diable en personne comme le voulait Neewsweek, le 9 août 1999, titrant « The face of evil ». Ils seraient, lui et les Serbes, tous des génocidaires en puissance, responsables de la mort de 100.000 Albanais du Kosovo… Le problème est, qu’après enquête, pas possible de trouver plus de 3000 corps et encore rien ne permet de définir s’il s’agit de civils ou de combattants de l’UCK. De même l’UCK, présentée comme une organisation de résistance (ici aussi les médias renvoient à la seconde guerre mondiale, les Serbes étant forcément tous des SS), se voit affublée du beau rôle. Pourtant nombre de ses dirigeants sont aujourd’hui accusés de diverses trafics et notamment d’avoir prélevé des organes sur les prisonniers serbes pour les revendre au marché noir… Au Kosovo, l’Otan a créé une zone de non droit en plein milieu de l’Europe, plaque tournante de tous les trafics. Cosa Nostra n’aurait pas rêvée mieux…

Après la Yougoslavie, rebelote, les affaires sortent, le tissu médiatique montre encore une fois sa partialité et son acoquinement avec les milieux militaristes. Il est inutile de rappeler que les grands médias appartiennent essentiellement à des marchants de canons tels Dassault et Lagardère. Après le 11 septembre et avec la guerre contre le terrorisme, les médias affirment que cette fois ils ne se laisseront pas avoir par la propagande de guerre et n’iront pas prendre leurs informations au quartier général de l’Otan… Il est vrai qu’avec la position du gouvernement français et son opposition à l’invasion de l’Irak, ils ont été très critiques vis-à-vis des velléités étasuniennes. Mais, une fois la guerre déclenchée plus de doute… Tous derrière les Marines ! Et tout le tintouin sur les valeurs occidentales, la démocratie etc. reprend… Comme quoi, rien de nouveau sous le soleil…

Et que dire de la Libye ?

Petit résumé de la politique états-unienne

Nous pourrons malheureusement continuer à multiplier les exemples car l’Occident ne manque pas d ‘ennemis… Et pour cause, l’Empire veut tout et continue, même sous la présidence d’Obama, à avancer ses forces partout dans le monde, à jouer au pompier pyromane en Syrie, à mettre de vrais fascistes à l’ancienne au pouvoir en Ukraine… Pour justifier ces entreprises et les vendre à sa population il peut toujours compter ses des médias complaisants et va-t-en guerre. Que vous vous opposiez à l’hégémonie américaine (comme les BRICS) ou à la mondialisation capitaliste (Syriza en Grèce), vous vous attirerez les foudres de ses Nouveaux chiens de gardes (documentaire dont je vous recommande le visionnage). Mais chaque entreprise de manipulation, même si elle fonctionne sur le moment, ne fait que renforcer le scepticisme des citoyens vis-à-vis des grands médias. Chercher l’information prend du temps et même si, à l’ère d’Internet, une grande quantité d’informations n’a jamais été aussi facilement accessible, il y a à boire et à manger.

Thomas Waret

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