Qui aidait Hitler ? Témoignage édifiant d’un ambassadeur


Au début des années 1960, Ivan Mikhaïlovitch Maïski, qui fut ambassadeur de 1932 à 1943 d’Union Soviétique en Grande-Bretagne avant de rejoindre le ministère des affaires étrangères de son pays, décide d’écrire son histoire de diplomate dans la période précédent la Seconde Guerre Mondiale. Chargé par Litvinov, le Commissaire aux affaires étrangère de l’URSS, d’améliorer les relations avec la caste politique britannique, Ivan Maïski s’acharne à promouvoir les échanges économiques et diplomatiques en vue de reconstituer l’Entente de la Première Guerre Mondiale, seule alliance permettant de contenir l’expansionnisme allemand.

Mais sa tâche est des plus difficiles. Si les travaillistes sont plutôt favorables au pays des Soviets, ils n’ont que très peu souvent le pouvoir et sont cantonnés dans l’opposition. Les vrais maîtres de l’Angleterre sont les conservateurs, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne sont, en grande majorité, pas favorables à l’Union Soviétique. L’accueil glacial qui lui est fait à son arrivée au banquet du Lord-Maire de la City de Londres (grand rendez-vous de la diplomatie) est édifiant. Un silence de plomb qui en dit long… Sa femme est prise à partie par des Ladies en tenue d’apparat : « Vous savez… Je déteste les Soviets ! » Le flegme britannique n’est plus vraiment de rigueur quand il s’agit d’accueillir le représentant d’un système ayant aboli la propriété privée…

Ivan Maïski, ambassadeur en Grande-Bretagne

Avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, les choses s’améliorent. La politique expansionniste allemande ne fait plus de doute. Lors d’une rencontre avec Churchill, celui-ci se montre tout à fait conscient de la menace hitlérienne. Sans détour et sans faux-semblant, Churchill annonce à Maïski, que bien qu’il déteste les Soviets et leur système, il militera pour la résurrection de l’Entente contre l’Allemagne. Malheureusement, bien qu’ayant une grande aura, Churchill est minoritaire dans son parti et c’est Neville Chamberlain, partisan de « l’apaisement » avec Hitler et Mussolini qui tient les rênes du pouvoir. La collusion des milieux dirigeants anglais et allemands devient de plus en plus visible.

Chamberlain (au centre) à Munich pour vendre la Tchécoslovaquie au Reich

En effet, Chamberlain à Londres, mais aussi Daladier en France, s’efforcent de suivre la politique dictée par leur grande bourgeoisie : agiter Hitler contre l’Union Soviétique pour qu’une guerre éclate entre les deux grandes puissances du continent et, une fois les peuples Russes et Allemands saignés, s’emparer de nouvelles prébendes et de nouveaux marchés jusque-là détenus par l’URSS et le Reich. Dans cette perspective, les gouvernements de Chamberlain et de Daladier n’opposent aucune résistance à Hitler. Ils trahissent leurs engagements auprès, tour-à-tour, de l’Espagne, de l’Autriche et enfin de la Tchécoslovaquie ne laissant que peu d’espoir au diplomate soviétique.

Ivan Maïski continue ainsi, détaillant les pourparlers entre Londres, Paris et Moscou, jusqu’à l’échec des négociations à la mi-août 1939 et la nécessité pour l’URSS de trouver un autre moyen de garantir sa sécurité et de gagner du temps pour être prêt à soutenir seule une guerre contre l’Allemagne. Cela sera le pacte de non-agression germano-soviétique, signé à peine une semaine avant le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, pacte qui permis à l’URSS d’obtenir près de deux années supplémentaires pour se préparer et d’ajouter des centaines de kilomètres de plus entre la Wehrmacht et Moscou.

Thomas Waret

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