[Avant-Première] Une famille à louer : l’argent ne fait pas le bonheur !


Le jeudi 30 juillet 2015, en avant-première nationale et en présence du réalisateur, nous avons eu la chance de pouvoir assister à la projection de Famille à louer qui sortira le 19 août 2015. Jean-Pierre Améris, qui signe sa deuxième comédie après Les émotifs anonymes, applique à cette comédie un ton bien à lui qui lui fait côtoyer la fable sociale. Disponible, le metteur en scène est resté pour une longue série de question auquel il a répondu avec une franchise et un humour désarmant, livrant anecdotes de tournage et analyses de son film quasi-autobiographique. Entre les fausses avant-première organisées la veille des sorties dans tous les cinémas sans présence de l’équipe et les avants-premières éclairs enchaînées à la va-vite, dans une ambiance de foire à la saucisse (type Les trois frères : le retour), privilégiant le marketing à l’humain, il y a ces petits moments de grâce où le public rencontre réellement l’artiste d’égal à égal. Nous souhaitions revenir à la fois sur ce film et sur ce beau rendez-vous.

Paul-André (Benoît Poelvoorde que l’on a vu dans 3 coeurs), entrepreneur d’une quarantaine d’année à réussi sa vie. Réussite au sens le plus galvaudé du terme, au sens Séguéla : il n’a plus besoin de travailler, il a une grande maison (que l’on pourrait remplacer par une Rolex ou un autre signe ostentatoire de richesse). Mais l’homme est terriblement triste. Il constate à ses dépends que l’argent ne fait pas le bonheur et qu’il y contribue finalement bien peu. Seul, devant sa télé, accompagné de son majordome, Léon (François Morel, la voix d’Ordralfabétix dans Astérix – Le domaine des Dieux), il découvre Violette (Virginie Efira que l’on a vu dans le très touchant Caprice), une mère célibataire se battant pour conserver la garde de ses enfants après avoir battu un vigile dans un supermarché. La tirade de cette mère sur l’amour filiale lui donne envie de partager une vie de famille. Le misanthrope ne connaissant rien d’autre que le pouvoir de l’argent envoie son majordome pour proposer un marché : l’effacement des dettes de la famille contre une place à leur côté pour une durée de trois mois.

Léon (François Morel) et Paul-André (Benoît Poelvoorde)

Après une fulgurante carrière dans l’informatique, Paul-André a tout revendu et vit de sa rente. Dans sa grande et froide demeure (les cinéphiles reconnaîtront la maison de 96 heures), il lutte contre une profonde dépression agrémentée par les informations télévisées. Ce sont les premiers jalons que pose Améris. L’argent ne fait pas le bonheur et le carriérisme effréné finit par isoler. Le seul ami dont dispose Paul-André est son majordome qui, s’ils s’apprécient mutuellement, ne sont donc pas vraiment ami, la situation de dépendance financière du second rendant leur relation biaisée. Le personnage interprété par François Morel, excellent comme à son habitude, ne manque d’ailleurs pas d’une certaine malice feinte. De nombreux plans du film suggèrent qu’il n’est pas contre éloigner son patron pour acquérir un peu de tranquillité. Comme le dit le réalisateur, il y a dans ces deux compères-là, un peu de Batman et Alfred. Dans le même ordre d’idée, la séquence où l’on rencontre la mère de Paul-André (Edith Scob) replonge temporairement le film dans une certaine morosité. C’est que l’intérieur feutré de la vieille bourgeoise, son tempérament trempé ne cachant pas une véritable souffrance sentimentale, rappelle que chez Ces gens-là, comme le disait le grand Jacques, « on ne cause pas, on compte ».

Paul-André (Benoît Poelvoorde) et Violette (Virginie Efira)

Et puis, il y a Violette « qui est belle comme un soleil ». De l’autre côté du miroir, une joie constante habite son foyer, véritable négatif de l’idéal bourgeois de retenue. Améris donne l’explication d’emblée à l’auditoire. S’il a voulu aborder des sujets sérieux tels que les parents isolées, la pauvreté et la délinquance qui y naît, les fins de mois difficiles et tant d’autre, le metteur en scène a voulu le faire sous l’égide du conte. La démarche rappelle celle de Robert Guédiguian qui quitte les sentiers du drame social pour faire poindre des fables pleines d’humanité et de rire, mettant en lumière un prolétariat où éclos fraternité et solidarité, une autre proposition de société. Le cinéaste déclare se sentir bien plus proche de cette France-là que de celle de Paul-André. C’est pourquoi, il a voulu la dépeindre dans un cadre coloré en fuyant le réalisme d’un terne cité HLM. Il a longtemps cherché une petite maison de bric et de broc à la lisière de la ville, une maison avec un vécu, construite par les petites mains d’ouvriers rêvant d’un avenir meilleur. Famille à louer n’a pas pour but de dépeindre la morne réalité mais d’offrir une fable comique remplie d’espoir.

Léon (François Morel), Madame Delalande (Edith Scob) et Paul-André (Benoît Poelvoorde)

Le scénario de Famille à louer, coécrit par sa compagne Murielle Magellan trouve pour une grande part son origine dans la vie privée de Jean-Pierre Améris qui s’est confié avec beaucoup de gentillesse au public présent. Il se trouve que le personnage incarné par Poelvoorde possède beaucoup de ressemblance avec lui. Et avec l’acteur d’ailleurs. C’est par exemple, Poelvoorde qui a inspiré l’idée de faire de Paul-André, un maniaque dérangé par le désordre. La scène de l’aspirateur est inspiré d’un scène cocasse vécu par Améris en visite chez l’acteur. En parallèle, la difficulté de Paul-André pour la vie de famille est directement inspirée par Améris qui révèle avoir trouvé l’amour très tardivement et avoir adopté l’enfant de sa femme comme son fils. Situation qu’il déclare n’être pas dénué de complexité mais source d’ineffables bonheurs. A l’exercice délicat de la comédie, le trio Morel/Poelvoorde/Efira fonctionne parfaitement. Poelvoorde est irrésistible quand il joue la gène. Efira est à la fois pétillante, libre et très digne. L’essentiel du ressort comique repose néanmoins sur les enfants, Auguste (Calixte Broisin-Doutaz) et Lucie (Pauline Serieys) et leurs mimiques drôlissimes, toujours étonnés de la folie douce de leur beau-père.

Paul-André (Benoît Poelvoorde) et Violette (Virginie Efira)

Reprenant peu ou prou les principes de Pretty Woman, Famille à louer illustre la nécessité de se libérer des carcans sociétaux pour trouver l’amour véritable. A la romance codifiée et sans amour de la bourgeoisie, Améris oppose une relation de confiance mutuelle et de soutien construite dans la joie malgré les difficultés du quotidien. Si l’on craint un moment que la position de l’homme riche ne finisse par prendre une tournure résolument obscène, Améris a finalement pris soin d’effacer le rapport financier, de le gommer un maximum et que le substitut soit juger par l’intéressé lui-même comme fondamentalement dérangeant. Miroir d’une société du paraître, Paul-André va délaisser ses oripeaux pour des valeurs nouvelles, la famille et l’amour, envoyant paître les apparences.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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