[DVD] Bébé Tigre, une lueur d’espoir au-delà des statistiques


Après plusieurs court-métrage dont Madame, filmé à Nice au palais des Ducs de Savoie, Cyprien Val a pu distribuer son premier long-métrage l’année dernière en salle et le fait depuis le 2 Juin 2015 en DVD grâce à l’éditeur Blaq Out (que vous pouvez également retrouvez sur Facebook). Au terme d’une longue enquête sur le milieu mal connu des mineurs isolés étrangers et la traite d’être humain qui s’y rapporte souvent, le réalisateur a décidé d’écrire une fiction en lieu et place de ce qui aurait du être un documentaire. Bébé Tigre relate le quotidien et le doute de Many, un adolescent de dix-sept ans transporté illégalement en France pour servir de main d’œuvre au rabais et facilement exploitable alors que ces parents pensaient l’envoyer vers l’Eldorado. Il faut dire qu’il s’en sort plutôt bien.

Many (Harmandeep Palminder) a été pris en charge par une famille d’accueil après avoir été abandonné au pied de l’Assistance Publique par son passeur, Kamal (Vikram Sharma). Déchiré entre son désir d’intégration et la nécessité d’envoyer de l’argent à sa famille endetté, il renoue avec lui pour pouvoir travailler au noir et se lie d’amitié. Son histoire d’amour naissante avec la jeune Élisabeth (Élisabeth Lando) va ouvrir pour lui de nouvelles perspectives.

Many (Harmandeep Palminder) et Kamal (Vikram Sharma)

Dans un interview très intéressant, on apprend que Cyprien Val voulait éviter de donner un style trop documentaire à son ouvrage pour réussir à lui insuffler de l’émotion plutôt que de disséquer froidement un cas d’école. Il n’en a pas moins gardé l’idée première de filmer les scènes scolaires dans une vraie classe. Bien sur, parmi les différentes écoles qu’il a visité, Cyprien Val s’est arrêté dans la classe la plus métissé et la plus tolérante. Il ne nie pas que celle-ci soit en quelque sorte une exception, à l’heure où une certaine dérive communautaire affleure, mais assume son choix car s’il décrit ce qui semblerait être une utopie, il n’en reste pas moins qu’elle est réalisable. L’intégration n’est pas une question de civilisation, c’est une question d’éducation. La mixité ethnique est avant tout une richesse. C’est ce qui ressort de Bébé Tigre qui prend le temps de dresser le portrait réel des élèves filmés dans leur diversité et leurs particularités tout en mettant en avant l’émulation bénéfique des cultures. La petite troupe d’acteur est donc une troupe amatrice et pourtant l’on ne doute pas un moment ni de leur professionnalisme ni de leur désir sincère de vivre une aventure cinématographique tous ensemble.

Daniel (Billel Brima), Many (Harmandeep Palminder), Élisabeth (Élisabeth Lando) et Samy (Bilal Baggad)

L’autre part du film, celle concernant Many est totalement fictive. Cependant, elle reste inspirée par différentes histoires que l’on a raconté à Cyprien Val qui est allé au contact de ces enfants indiens vendus comme esclaves. Le metteur en scène, également scénariste, a effectué une synthèse de sentiments qu’il a senti comme étant à la fois contradictoire et complémentaire. Pour ces adolescents, si les choses ne sont pas simples, c’est avant tout d’un point de vue psychologique. Un tiraillement incessant les hantent entre le respect dû à leurs parents, une reconnaissance difficile à appréhender pour leurs passeurs et la pression des services sociaux pour qu’ils trahissent l’un et l’autre dans l’espoir d’un avenir meilleur. Val a eu la démarche intelligente d’apporter des nuances à un sujet qui aurait pu facilement tomber dans le manichéisme crétin. La complexité des attachements de Many devient vite le cœur du récit. D’autant plus que Val ne nous épargne aucun questionnement, ni sur l’entremise des pouvoirs publics, protecteurs seulement jusqu’à l’âge adulte, ni sur la double casquette de Kamal, à la fois salaud et père de substitution, et encore moins sur l’emprise morale des familles pourtant si éloignées. Les choix cornéliens qui vont s’imposer à Many sont autant de reflets de la situation compliquée dont le titre du film lui-même évoque la vie ambiguë de ces enfants qui doivent se tailler la part du tigre.

Élisabeth (Élisabeth Lando)

Bébé Tigre n’est pas un énième film moralisateur faisant fi des ambivalences morales pour donner à voir une vision caricaturale et simpliste des choses. Sur ce sujet difficile à traiter des mineurs isolés étrangers, Cyprien Val réussit l’essentiel : laisser parler le cœur au-delà des statistiques.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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