La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil , Giallo à la française


La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil : un titre à rallonge pour un long-métrage en forme de rébus où la réalité se mêle constamment à l’hallucination. Un thriller onirique, habillé élégamment dans les sixties, mené de mains de maître par Joann Sfar dont chaque plan est un éloge esthétisant à cette époque, au film de genre et à la beauté irradiante de Freya Mavor.

Dany (Freya Mavor) est la secrétaire d’un riche publicitaire, Michel Caravaille (Benjamin Biolay). Un jour normal au bureau, il lui propose de finir un dossier urgent chez lui et le lendemain lui confie sa voiture pour, qu’après l’avoir conduit à l’aéroport avec sa femme Anita (Stacy Martin), elle puisse la ramener à domicile. Sur le chemin du retour, Dany, qui n’a jamais vu la mer, bifurque et s’engage sur la nationale 7.

Dany (Freya Mavor), Michel Caravaille (Benjamin Biolay), Sylvie Caravaille (Noémie Morales) et Anita Caravaille (Stacy Martin)

« La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil » voilà un programme qui évoque immédiatement, avant même de l’avoir vu, et grâce à l’esthétique particulière de la bande-annonce, un vieux film de « rape and revenge » du type Thriller, que nous avons chroniqué il y a peu, où l’un de ses illustres enfants tel Kill Bill. Et à vrai dire, il y a de cela dans l’exploitation très réfléchie, quasi-organique de la musique, qui en fait presque un personnage à part entière du récit. Agnès Olier a écrit une bande originale souvent évanescente accompagnée d’un lyrisme tout morriconien, oscillant entre moment d’euphorie et de doute, à l’image de l’héroïne. Par ce biais, Sfar transforme une histoire ancrée dans la réalité en rêve fantasmagorique. Les interrogations de l’héroïne sur sa propre santé mentale deviennent celle du spectateur sans nuire un seul instant à l’intrigue. La folie douce de Dany nous balade vers de mauvaises conclusions aussi sûrement qu’elle doute d’elle-même. A plusieurs moment-clés, le récit est prêt pour partir vers l’irrationnel. Une altercation laisse planer une ombre de vampirisme pendant quelques instants avant que nous soit livrer l’explication rationnelle à laquelle on nous presse de croire bien que notre psyché dérangée par l’ensemble conserve quelques doutes même le générique terminé.

Dany (Freya Mavor) et Vincenzo Longo (Elio Germano)

Esthétiquement, c’est résolument l’influence du Giallo italien qui se fait sentir, surtout pendant la première partie dans la demeure du publicitaire. Dans cet univers feutré et bourgeois, angoissant d’abord pour ce qu’il est, le symbole de l’entre-soi et des non-dits, s’intercale des images quasiment subliminales évoquant un assassinat. L’aménagement des pièces est pensé pour pouvoir alterner les points de vues, en changeant de cadre par des effets de fondus. Le drame à venir prend ses racines dans cette ambiance délétère où les secrets bien gardé de la bourgeoisie porte en germe une certaine horreur coutumière. Comme chez Argento, Sfar laisse des indices disséminés censés mener le héros comme le spectateur à la vérité mais qui participe souvent à l’égarer alors que l’évidence est là. Cette vérité enveloppée d’un voile mystérieux devient le siège d’une réflexion sur la mince frontière entre le réel et l’irréel. Comme précédée de son ombre, Dany commence à mener l’enquête, se refusant à reconnaître qu’elle sombre dans la déraison. Le dernier élément permettant de placer La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil dans la tradition du Giallo est évidemment l’aspect érotique assumé de la réalisation appuyé par le travail photographique esthétisant de Manuel Dacosse qui travailla aussi (apprécier la cohérence artistique) sur Alléluia de Fabrice Du Welz et L’étrange couleur des larmes de ton corps d’Hélène Cattet et Bruno Forzani. Entre ses mains, Freya Mavor , Stacy Martin et Benjamin Biolay deviennent tour à tour, à travers leurs fantasmes, des obscurs objets du désir. La beauté des corps est mise en scène avec l’amour simple de l’artiste qui veut sublimer les belles choses.

Dany (Freya Mavor)

Magnifique à tout point de vue, mettant en exergue les paysages comme les corps, à la fois angoissant et fascinant, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil révèle Freya Mavor qui, après avoir fait sensation sur la petite lucarne, notamment dans Skins obtient son premier grand rôle sur grand écran. Sans aucun doute, c’est une actrice qu’il faudra suivre de près.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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