Bajrangi Bhaijaan, des errances politiques à l’amitié des peuples, incursion au Cachemire


Diffusé en France depuis le 17 Juillet, Bajrangi Bhaijaan est le quatrième du réalisateur indien Kabir Khan. Celui-ci, ancien journaliste a commencé sa carrière de cinéaste en adaptant ses propres aventures dans l’Afghanistan post-taliban dans Kabul Express. Engagé, il a poursuivi avec New-York, ou il dissèque l’Amérique post-11 septembre. A la suite d’Ek Tha Tiger, film d’espionnage suivant l’imbroglio amoureux entre un espion indien et une espionne pakistanaise, Kabir Khan persiste et signe à critiquer les rapports désastreux entre les deux pays. Bref, à mettre les pieds dans le plat. Et il le fait avec une grâce sans pareil qui a propulser Bajrangi Bhaijaan, véritable fable sur l’amitié et la paix, à la place de deuxième meilleur box-office indien de tous les temps.

Muette de naissance, Shahida (Harshaali Malhotra), une petite fille du Cachemire pakistanais, est emmener à Delhi par sa mère (Meher Vij) pour un pèlerinage dont elle espère un miracle. Au retour, près de la frontière, le train s’arrête pour un problème technique et Shahida descend caresser un mouton. C’est alors que le train repart sans elle et qu’un grand voyage s’annonce pour retrouver sa famille.

Bajrangi (Salman Khan)

Quand nous sommes allés voir Bajrangi Bhaijaan, nous avons pu constater que le film suscité un engouement supérieur à la normal. La salle hétéroclite ne se limitait pas à la communauté indienne mais recevait, en plus des habituels fan de Bollywood, une population bien plus hétéroclite. De toutes horizons, on se pressait donc pour voir ce film indien d’un réalisateur peu connu chez nous, sûrement orienté par quelques critiques au nez fin. Personne ne fut déçu. Le générique défilant, il suffisait de jeter un coup d’œil à la salle pour voir que Bajrangi Bhaijaan avait conquis le cœur du public. Personne ne pu réprimer ses larmes, même les plus endurcis. Il faut dire que Kabir Khan ne ménage pas nos sentiments. Il propose avec Bajrangi Bhaijaan, une comédie truculente assortie d’une des plus belle amitié que l’on est vu de mémoire de cinéphile. S’il émaille son récit d’humour et de tendresse, il n’en reste pas moins que le sujet, ou plutôt les sujets traités, sont parfois très durs et que le duo Shahida/Bajrangi (Salman Khan) porte en lui une charge émotionnelle très forte. Ces deux personnages, l’un indien l’autre musulman, l’un d’âge mur l’autre encore dans l’enfance, que toute la société voudrait opposer vont dépasser les clivages et casser les codes pour mettre l’humain devant les considérations politiques et religieuses, souvent tournées au ridicule.

Bajrangi (Salman Khan) et Rasika (Kareena Kapoor)

Kabir Khan est musulman. Il est né, vit et travaille en Inde. On mesure le courage qu’il faut pour porter à l’écran et promouvoir une fiction qui tourne au ridicule soixante-huit ans de conflit larvé au Cachemire. Et de plus, prôner la réconciliation. Sans juger réellement ces personnages qu’il envisage plutôt comme des fruits de la société, Khan pose, au contraire, un regard sévère sur la société indienne, notamment sur le système de caste. De la même manière qu’il raille le despotisme de l’armée pakistanaise.Plutôt qu’une piété ornée de considérations politiques, il préfère une morale universelle que peuvent partager aussi bien, Bajrangi de la caste des brahmanes qu’un imam pakistanais. La piété des uns et des autres n’est moquée, gentiment, que lorsqu’elle est foncièrement ridicule ou dangereuse. Le patriotisme, en parallèle subit le même traitement. Bajrangi et Rasika (Kareena Kapoor) forment un couple moderne qui n’a que faire de la patrie et des castes s’il s’agit de sauver une petite fille. Leur famille représente une vieille société vouée à disparaître pour que ne subsiste que le folklore des fêtes nationales et du sport. Les gens vivent si proches et les cultures s’ignorent, semble nous dire Kabir Khan.

Shahida (Harshaali Malhotra)

Derrière les barbelés et les positions officielles, il y a deux peuples qui ne demande qu’à fraterniser, voilà le message de Bajrangi Bhaijaan. Khan s’éloigne du conflit pour recentrer l’attention sur l’essentiel : l’humain. Et pour ce faire, il faut faire preuve de désobéissance civile sans perde de vus les valeurs qui vous meuvent. Ainsi, Bajrangi bravera l’autorité de nombreuse fois lorsque celle-ci outrepassera ses prérogatives mais se refusera à mentir. De la même manière, un journaliste et un officier de police pakistanais prêteront mains forte à la petite fille et à l’homme aux grand cœur, sans tenir compte de leur hiérarchie. Une insubordination rendue possible par le soutien populaire obtenu sur internet via les réseaux sociaux. Khan reprend à son compte les méthodes du printemps arabes et dit à son public : « saisissez-vous de votre destin ». Indignez-vous !

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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