[Avant-première] Boomerang, sans retour d’émotion…


A Nice, le vendredi 21 Août 2015, en présence de François Favrat, le réalisateur et de Laurent Lafitte, pince sans-rire mais très drôle au demeurant, nous avons assisté à l’avant-première de Boomerang, thriller familial avec Mélanie Laurent. Adapté du best-seller de Tatiana de Rosnay, Boomerang réutilise les mêmes artifices qui font les beaux jours des scénaristes télés. Une fois n’est pas coutume, nous voilà plongé dans une intrigue familiale bourgeoise, entouré de non-dits et recyclant toujours les mêmes passions contrariées. Récemment, on a fait la critique de Jusqu’au dernier, série longue de six heures mais incroyablement vide. Boomerang a l’avantage de faire court et de s’offrir un casting bien meilleur mais l’essentiel est semblable.

Antoine (Laurent Lafitte qui fait des voix dans Astérix : Le domaine des Dieux et Le petit Prince mais que l’on a vu également, très drôle, dans Papa ou maman) est hanté par le souvenir de sa mère Clarisse (Gabrielle Atger, vue dans La ritournelle et Caprice) disparue alors qu’il avait dix ans. Dans sa famille, on murmure qu’elle s’est noyée par accident. En proie au doute et dans le but d’achever sa thérapie psychiatrique entamée avec son psy (Eriq Ebouaney que l’on a vu dans Le crocodile du Botswanga), il décide de revenir à Noirmoutier, sur les lieux du drame, accompagné de sa sœur Agathe (Mélanie Laurent). Alors qu’il y rencontre Angèle (Audrey Dana, également vue dans La ritournelle) qui va le soutenir, des souvenirs lui reviennent. Comme un boomerang.

Agathe (Mélanie Laurent) et Antoine (Laurent Lafitte)

Laurent Lafitte confie ne jamais lire les romans dont sont adaptés les films sur lesquels il travaille pour ne pas dénaturer le scénario qu’on lui confie. C’est élémentaire, dira-t-on. On a trop souvent tendance à juger un film par rapport au roman qui l’a inspiré alors qu’il devient non seulement une œuvre à part entière et nécessairement un reflet de l’univers de son réalisateur. Peu importe, donc, ce que pouvait-être le roman de De Rosnay que nous n’avons par ailleurs pas lu. Mais Boomerang, le film, manque cruellement de personnalité. Si François Favrat nous explique qu’il explore les non-dits dans les familles et porte comme message de s’ouvrir à la discussion, nous aurions plutôt envie de dire qu’il n’y a rien de bien neuf sous le soleil. Enfin, sous la grisaille, pour une fois, nous ne sommes pas dans la Riviera. Le scénario étale les mêmes sempiternelles clichés sur la famille bourgeoise au sein de laquelle il est impossible de communiquer et qui, forcément, cache de terribles secrets. Il faut dire que contrairement à la routine de la famille prolétaire, le standing de la famille bourgeoise permet plus de sournoiserie et de jalousie. On nous présente même qu’Antoine embauche des clandestins pour bosser pas cher sur son chantier mais que le plus grave est finalement qu’il le perde (son chantier) après une descente de police… le pauvre. C’est pour dire, l’aliénation du spectateur lambda adhérant aux vues de cette famille…

Blanche (Bulle Ogier), Charles (Wladimir Yordanoff), Margaux (Angèle Garnier), Antoine (Laurent Lafitte) et Agathe (Mélanie Laurent)

Pourtant, malgré ces travers qui n’ont jamais été mieux évoqués que par Jacques Brel, elle continue quand même de faire rêver le badaud. Tout en lui permettant de ne pas trop regretter sa vie de misère. Parce qu’après tout, l’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue peut-on lire sur n’importe quelle page facebook à vocation « philosophique ». Le danger de ce genre d’environnements pour tourner un film, c’est que l’ambiance bourgeoise contamine l’esprit même du film. Cette ambiance feutrée et sans sentiments finit souvent par irriguer les personnages auxquels on ne peux plus s’attacher. On sent bien que Favrat a voulu insuffler du sentiment dans son œuvre, qu’il avait l’intention d’orienter le thriller vers le drame familial, que le but avoué était finalement de faire pleurer dans les chaumières. Malheureusement, une cascade de locuteurs inintéressants, voire antipathiques comme c’est le cas du frère colérique et de la sœur éteinte (seul la thanatopractrice jouée par Audrey Dana et la fille d’Antoine, Margaux, interprétée par Angèle Garnier inspire un peu d’intérêt) ne permettent pas de faire naître la moindre émotion. Rajoutez à cela les ellipses scénaristiques gérées par des flash-back grossiers et inopportuns précipitant l’intrigue et vous vous ennuierez sec (malgré la marée). Agathe (Mélanie Laurent) et Antoine (Laurent Lafitte)

Boomerang sortira le 23 septembre 2015 et fera sûrement le bonheur des aficionados de Tatiana de Rosnay. Mais pour les cinéphiles, malgré les prestations tout à fait correct de Laurent Lafitte et Mélanie Laurent, restera sûrement parmi ses quatre-vingts pour cent de films pas ratés mais tout à fait oubliable.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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6 commentaires

  1. « Boomrang » est mon roman préféré de Tatiana de Rosnay. C’est un peu le livre auquel il ne faut pas touché à mes yeux (il est l’un de mes livres de chevet avec … « Elle s’appelait Sarah » du même auteur). Rien qu’en lisant ta critique Rémy, je sens que je vais être déçu. Antoine n’est pas comme ça dans le roman. Il est paumé et encore moins le genre d’homme à embaucher des immigrés. Non vraiment, je sens que je vais passer mon tour. Pour « Elle s’appelait Sarah », l’adaptation est magnifique, quasi similaire au roman. Là, ce n’est clairement pas le cas. Je passe. On touche pas à mon roman préféré.

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    1. Il a aussi ce côté paumé dans le film. Au début, il est assez désagréable avec sa soeue, sa fille, son ex. C’est quand le personnage du père prend le dessus qu’il s’avère plus fragile. Au final, il se ressemble. Mais la scène sur le chantier est véridique. Si elle n’appartient pas au roman, c’est vraiment un choix déplorable du réalisateur alors. Ce passage et plein d’autre détail empêchent vraiment de s’attacher aux personnages. Mais rien ne t’empêche de t’en faire une idée un jour pluvieux ;).

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