URSS vingt ans après : retour de l’Ukraine en guerre


Une édition que nous connaissons bien à Une graine dans un pot, les éditions Delga, a sorti dernièrement un compte rendu de voyage de deux mamies, Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop, universitaire et traductrice, dans l’une des malheureusement zones de conflit de notre planète : l’Ukraine. Ce livre se divise en deux parties : un premier voyage, en Crimée, quelques mois après le référendum et le rattachement de la péninsule à la Fédération de Russie, et, un deuxième voyage à Odessa, en passant par la Moldavie. Deux voyages qui permirent à nos deux globe-trotteuses d’échanger sur place, avec les vrais gens, loin des formules toutes faites et de la vision idéologique des médias qui ne se penchent jamais sur la vision du simple citoyen.

Marianne Dunlop et Danielle Bleitrach prennent la pose.

Dans le premier voyage, Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop, cherchent à comprendre l’état d’esprit des habitants de Crimée, péninsule qui est peuplée d’une myriade de communautés : des russes bien sûr, mais aussi des grecs, des tatars, des ukrainiens… Toutes ces communautés vivent en paix, mais elles se retrouvent opposées dans le grand jeu d’échec des grandes puissances. Bien sûr si vous êtes adeptes de nos médias de masse, vous saurez que la péninsule a été envahit par le méchant ours russe et qu’elle est privée de la merveilleuse liberté apportée par le gouvernement de Kiev issu du mouvement Euromaïdan. Autant vous dire que les gens interrogés ne sont en grande majorité pas de cet avis. Certains viennent du Donbass où la guerre est le quotidien, ils viennent chercher du travail pour la saison touristique, chaque année, gagner un petit peu plus pour améliorer leur vie. Tous sont très inquiets pour ceux rester à Donetsk ou à Lougansk toujours soumis aux bombardements de l’armée ukrainienne et aux exactions de la Garde nationale, milice issue des mouvements d’extrême-droite et notamment de Praviy Sector (Secteur droit, mouvement ouvertement néo-nazi et nostalgique du IIIème Reich). Les autres, ceux qui vivent à Sébastopol et dans les autres villes mêlent inquiétude et soulagement, inquiétude du à la situation dans l’est de l’Ukraine mais soulagement de vivre en paix.

Résumé de ce qui semble le plus important pour les criméens

Mais cette situation ne plaît pas à tout le monde. En pays Tatar (une ethnie qui se veut descendantes des hordes mongoles de Gengis Khan), certains ne cachent pas leur hostilité vis-à-vis du pouvoir russe et de la religion orthodoxe. Cette vision semble quand même minoritaire et n’est alimentée que par une vision idéalisée de leur histoire. Elle provient aussi de groupements très radicaux, comme Hizb ut-Tahrir, un genre de filiale locale d’Al-Qaïda, financée par les émirats du Golfe. D’ailleurs cette organisation étant interdite en Russie, ses membres se sont réfugiés dans les camps d’entraînement de Praviy Sector dans la région de Lviv. Curieux mélange… Comme quoi la haine est un puissant ciment.

En jaune et bleu le parti d’extrême droite Svoboda (liberté, curieuse définition sans doute) et en rouge et noir Pravy Sektor, au premier plan, Bandera, leader de la collaboration avec l’Allemagne nazie, un peu comme si quelqu’un brandissait le portrait de Pétain dans une manifestation…

La deuxième partie est quant à elle beaucoup plus dure. En effet, nos deux grand-mères, qui aiment se présenter comme militantes communistes vont devoir se cacher. La peur règne dans les rues d’Odessa depuis le massacre de la maison des syndicats où une quarantaine de militants sont été assassinées par les « centuries » de Praviy Sector. Ceux qui tentaient de sortir de l’immeuble en flammes ont été achevés à coups de barre de fer. Donc à Odessa, pas question de s’exprimer au grand jour, contrairement à la Crimée. Cette partie du livre est bien plus difficile à lire que la première tant elle prend aux tripes. On ne peut que s’imaginer ce que vivent les civils de cette région, dont beaucoup sont considérés par le pouvoir de Kiev comme des sous-hommes.

Maison des syndicats d’Odessa en flammes, des images horribles des exactions commises par les militants d’extrême droite pullulent sur la toile, souvent d’ailleurs prises par ses militants, un peu comme Daech et les décapitations? Nous ne les montrerons pas dans ces lignes.

Cette ouvrage a donc le bon ton de laisser la parole au peuple, et comprend beaucoup d’interview, qui laissent les habitants de ces régions exprimer ce qu’ils ressentent sans l’interférence de notre vision occidentale du monde. Il est vivement recommandé pour faire la lumière sur des évènements malheureusement traités de manière manichéenne entre d’un côtés  les « gentils » ukrainiens pro-occidentaux, voulant rentrer dans l’Union européenne et de l’autre côté les « méchants » séparatistes russes arriérés et vénérant un ignoble dictateur.

Thomas Waret

Retrouvez le blog de Danielle Bleitrach, « Histoire et Société »: https://histoireetsociete.wordpress.com/

Présentation du livre par Marianne Dunlop :

 

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