[Direct-to-Vidéo] Hysteria, du caractère coercitif du principe d’aliénation


Hysteria, le dernier film de Brad Anderson, sorti le 7 août 2015, est une victime de plus du manque de panache des producteurs hollywoodien. Malgré un casting trois étoiles comprenant Ben Kingsley, Michael Caine, Jim Sturgess et Kate Beckinsale, cet appréciable mélange de thriller psychologique et de romance, teinté d’une ambiance fantastique, aurait mérité une meilleure distribution malgré les efforts de Metropolitan Filmexport. Il aurait pu, grâce à sa poésie et ses multiples possibilités de lecture, intégré un top 100 thrillers. Les tous meilleurs films sont parfois à chercher dans les bacs plutôt que dans les salles.

A l’aube du 20ème siècle, le docteur Edward Newgate (Jim Sturgess que l’on a vu dans l’ennuyant Kidnapping Mr. Heinekein), jeune diplômé d’Oxford vient parfaire la théorie dans l’asile isolé du Dr Lamb (Ben Kingsley que l’on a vu dans Renaissances, Exodus : Gods and Kings et La stratégie Ender). Il y fait la rencontre de l’envoûtante Eliza Graves (Kate Beckinsale), une patiente. D’abord fasciné par les méthodes de son hôte, certains détails piquent peu à peu sa curiosité. Edward Newgate (Jim Sturgess) et Sylas Lamb (Ben Kingsley)

Hysteria est de ces films rares qui arrivent à mener le spectateur par le bout du nez de bout en bout, une de ces pépites cinématographique qui, dans le genre sclérosé du thriller, arrive à mêler les points de vues en laissant l’imagination du public faire l’essentiel du travail. A première vue, Hysteria débute comme un film historique, en costume, ayant pour ambition de décrire les travaux d’un psychanalyste d’avant-garde à l’heure ou les traitements les plus humiliants étaient encore au goût du jour. Le style du docteur Lamb, brillamment interprété par Ben Kingsley, tour à tour empli de compassion et froidement cruel, séduit le jeune Newgate. Son côté original le rend immédiatement agréable et lui confère la sympathie que l’on peut vouer au marginaux géniaux, forcément au ban mais qui seront sûrement honoré à titre posthume. La trouvaille scénaristique qui fait d’Hysteria, un thriller de haut vol est sûrement sa volonté affichée de ne pas ranger les personnages dans une case préétablie. Ces derniers, dont les multiples rebondissements changent l’éclairage, apportent à l’œuvre de Brad Anderson, au-delà de son atmosphère hypnotique, un fondement propice à la réflexion sur l’aliénation. De nombreux plans, montrant le docteur Lamb sortant de nul part un objet nécessaire, présumons d’un repli de sa blouse mais toujours hors-champ, lui donne parfois des airs de magiciens rajoutant à la fantasmagorie du lieu. Edward Newgate (Jim Sturgess), Millie (Sophie Kennedy Clark) et Silas Lamb (Ben Kingsley)

Il n’y a dans Hysteria, malgré le jeux des chaises musicales inquiétant mis en place, pas de place pour un jugement péremptoire des protagonistes. Il n’y a ici pas ici de morale à six sous. Mieux, Hysteria pose comme principe que les apparences n’étant pas toujours ce qu’elle semble être, il faut soit s’y abandonner, soit s’y glisser pour devenir qui l’on veut. La force du rêve, l’utopie comme horizon est un ailleurs finalement accessible. Dans cette utopie voulu par le docteur Lamb, la frontière entre normalité et folie est gommée. C’est d’ailleurs avec nos sens et notre intuition trompés que joue Hysteria. Un des patients se prenant pour un cheval est laissé en l’état par le docteur Lamb. Devrait-on faire d’un étalon heureux, un homme malheureux, interroge-t-il, le docteur Newgate. C’est évidemment une bonne question. La norme doit-t-elle devenir la normalité ? Nous rejetons dans nos asiles ceux que nous considérons comme des monstres et pourtant les marchands d’armes, les financiers véreux (qui a dit pléonasme), les politiciens corrompus ne sont pas internés et sont bien plus nuisibles à la société. Hysteria ne se prive pas non plus de condamner les errements de la psychiatrie, notamment à propos de l’hystérie, maladie fictive visant à contrôler les femmes libres au sein d’une société patriarcale et misogyne, ni les traitements, parfois encore de nos jours, totalement inhumain, ne visant ni à rendre la paix de l’âme ni à soigner mais bel et bien à briser l’être humain et sa révolte.

Salt (Michael Caine, génial dans Kingsman : Services Secrets)

A la fois brûlot contre une médecine d’un autre temps, dont les derniers adeptes n’ont pas tout à fait disparus, et thriller passionnant en huis-clos, Hysteria séduit par l’interprétation incroyable de toute sa troupe mais également par le soin attaché aussi bien aux costumes, aux décors qu’à la photographie. Nous ne pouvons que vous conseiller de trouver le DVD agrémenté d’un petit bonus sur les intentions du réalisateur, confirmant qu’il a voulu couper court la limite fictive et trop convenable entre folie et esprit sain.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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