[Avant-première] Ici les aubes sont calmes : l’innocence aux prises avec la barbarie


C’est avec ce dernier né du réalisateur russe Renat Davletiarov que nous concluons, dans une salle comble, le Festival du film russe de Nice. Ici les aubes sont calmes, est l’adaptation d’une nouvelle de Boris Vassiliev datant de l’époque soviétique. C’est aussi un grand classique du cinéma soviétique datant de 1972 qui est aujourd’hui remis au goût du jour dans une grande production digne des plus grands studios américains, même si Davletiarov se défend d’avoir voulu faire un remake.

L’histoire se déroule dans un petit village du nord de la Russie, loin de la ligne de front. Rien de la guerre n’est arrivé jusqu’ici. Juste une batterie anti-aérienne et une petite garnison d’une vingtaine de soldats à moitié ivres et coureurs de jupons trahissent l’horreur qui se déroule à des centaines de kilomètres. Cette garnison est commandée par l’adjudant Fédor Vaskov (joué par Piotr Fiodorov), un enfant du pays, vétéran de la Guerre d’hiver contre la Finlande. Celui-ci ne supporte plus le comportement de soulards de ses hommes  et demande au commandant du district de lui fournir des hommes sobres. Ce qui est fait. Mais Vaskov ne s’attend pas à recevoir un peloton entièrement composé de femmes, même si elles étaient nombreuses dans l’armée soviétique.

Rita (Anastasia Mikoultchina) explique à ses camarades ce qu’elle vient de découvrir.

Heureusement la guerre est loin. Ces jeunes femmes, bien que pleines de bonne volonté n’ont qu’une formation très partielle et rares sont celles à avoir connu des combats, elles viennent en grande majorité des grandes villes et l’atmosphère générale est plus celle de vacances en colonies que d’une garnison. Il est vrai que le cadre est magnifique, des rivières, des lacs, des cascades… Mais cette légèreté et cet aspect un peu à la 7ème compagnie contraste beaucoup, voir même un peu trop, avec les rigueurs de la guerre. Peut-être servent-t-ils à marquer l’innocence de nos héroïnes ? Ici on est bien loin de Lioudmila Pavlitchenko, sniper dont l’histoire est conté dans le film La bataille de Sébastopol, calme et implacable. Ici elles poussent des petits cris, vont au hammam, font trempette dans la rivière. Tout ceci aurait pu en rester là, malheureusement la guerre les rattrape. Rita (jouée par Anastasia Mikoultchina) repère deux soldats allemands dans la forêt ? Que font-ils là ? Si loin du front.

Galia et Jenia sont-elles prêtes pour affronter les Allemands tapis dans l’ombre ?

Surtout que ces soldats ne sont pas de simples recrues qui auraient pu se perdre dans cette immense forêt. Ce sont des Fallschirmjäger, des parachutistes, soldats d’élite fortement armés et en tenue totalement camouflée, les mêmes qui ont tenu en échec les armées alliées à l’abbaye de Monte Cassino en Italie. Ils doivent impérativement être capturés pour être interrogés, Vaskov organise donc une petite expédition avec cinq filles : Rita (Anastasia Mikoultchina), Lisa (Sofia Lebedieva) fille d’un paysan exilé en Sibérie devenu trappeur, la seule à savoir évoluer dans la forêt ; Sonia (Agnia Kouznetsova), jeune juive de Minsk qui parle allemand ; Galia (Kristina Asmous) qui sait tirer au fusil mais traumatisée par l’arrestation de ses parents par le NKVD durant les années Ejov (voir le livre Khrouchtchev a menti) et Jenia (Evguenia Malakhova) toujours volontaire.

Quand la légèreté bucolique du petit village laisse la place à la barbarie nazie.

La légèreté devrait donc prendre fin avec la traque des soldats allemands mais elle continue. Nos jeunes camarades continuent à fredonner, s’arrêtent pour la baignade sous une cascade… On aurait pu s’attendre à autre chose, les Allemands ne sont pas loin et il ne serait pas bon de se faire repérer. Ceci rend encore plus éprouvant le dénouement tragique, car cette atmosphère bucolique est vite ternie par la réalité des combats et l’inégalité des forces entre des vétérans, bien entraînés et surarmés et nos cinq filles qui aident comme elles peuvent, et avec courage, leur adjudant, seul vrai soldat de la troupe. Une musique stridente ajoutant un degré supplémentaire de tension et d’inconfort jusqu’au dénouement tragique.

Le commandant des parachutistes allemands (Anatoli Belyy).

Malheureusement, comme La bataille de Sébastopol et les autres films que nous avons pu découvrir lors de cette troisième édition du Festival de film russe de Nice aucun de ces films ne sortira probablement jamais en France, à l’exception semble-t-il de Francofonia. Pourtant ces réalisations, outre d’être vraiment au niveau, même face aux superproductions étasuniennes, sont aussi salutaires de par leur contenu, donnant une image des peuples de Russie bien différente que celle véhiculée par les médias en montrant à la fois le courage de ses hommes et de ses femmes menacées d’extermination, leur solidarité et la fraternité qu’ils éprouvent, surtout à l’égard du peuple français dont ils partagent bon nombre de valeurs.

Thomas Waret

Même si vous n’êtes pas russophone prenez deux minutes pour découvrir la bande-annonce :

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2 commentaires

  1. Bravo Thomas tu a fait un bond dans ton talent de critique!!!!!!! C est fluide, très plastique, on plonge a fond dans l’histoire et tu as raison de réclamer plus de films russes dans nos salles! Îl y en a marre du monopole américain et de leur grossierte! Tu as su nous donner envie de voir ce film avec toute ta sensibilite et la finesse de ton esprit!

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    1. Merci Radojka. On essaie aussi de faire connaitre autre chose que les films et la culture main-stream (même si hollywood produit aussi des œuvres très intéressantes voir même subversives), de faire découvrir d’autres horizons et d’autres cultures. Si en plus le fond amène à réfléchir et défend des valeurs et des causes bien trop souvent gommées et écartées par notre société trop individualiste c’est encore mieux.

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