The walk, rêver plus haut : un songe artistique à l’ombre menaçante des deux tours


Après le documentaire de James Marsh, sorti en 2009 sous le simple titre Le funambule, c’est au tour d’Hollywood de s’intéresser de près à la figure de Philippe Petit, artiste marginal cherchant toujours à côtoyer les cieux. L’histoire de la plus folle traversée du funambule français est adaptée pour le grand écran par Robert Zemeckis, le non moins célèbre réalisateur de la saga Retour vers le futur. A l’image du documentaire, The Walk – Rêver plus haut décrit un personnage haut en couleur, à la fois génial et désagréable, libertaire, anarchiste et aussi autoritaire.

En 1974, trois ans après avoir scandalisée la France giscardienne en traversant entre les deux tours de Notre-Dame, celui que l’on appele alors le vandale, Philippe Petit (Joseph Gordon-Levitt que l’on a vu dans Sin City, j’ai tué pour elle), funambule autodidacte, décide de relever un défi encore plus fou, effectuer, sur un fil, l’allée retour entre les deux World Trade Center. Philippe Petti (Joseph Gordon-Levitt) et Papa Rudy (Ben Kingsley que l’on a vu dans Renaissances, Exodus : Gods and Kings, Hysteria et La stratégie Ender)

Si avec Retour vers le futur ou Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, Zemeckis réussisait à planter un décor avec trois bout de ficelle, à faire adhérer les spectateurs aux personnages sans la moindre tentative de caractérisation préalable, il agit de manière totalement opposée dans The walk – Rêver plus haut. En effet, la narration prend grandement le pas sur les événements et devient même parfois trop envahissante. Éliminant quasiment l’option d’une voix off, ou d’une narration intégrée à l’action, Zemeckis la coupe constamment par l’intervention de Philippe Petit se racontant, dans une rengaine narcissique, en haut de la Statue de la Liberté. Cette volonté de coller à l’autobiographie du funambule, reprenant tel quel des citations entières, rend l’ensemble plus froid qu’il ne le devrait. On a la désagréable impression que Zemeckis se livre à une dissection de l’ouvrage plus qu’il offre une vision empathique, un hommage à l’artiste. The Walk – Rêver plus haut, comme son titre l’indique, méritait un traitement plus poétique, il n’en est rien. Annie Allix (Charlotte Le Bon dont on a pu entendre la voix dans Vice Versa et que l’on a vu dans La marche) et Philippe Petit (Joseph Gordon-Levitt)

Le long-métrage de Zemeckis manque cruellement de relief. Pourtant, Philippe Petit est un personnage intéressant d’un point de vue cinématographique. Son histoire aurait presque pu devenir un western moderne. Invincible sur son fil comme John Wayne dans son fort Alamo, l’artiste ne l’est que du point de son point de vue tandis que la mort peut surgir à tout moment. Et au contraire des héros réactionnaires de Wayne, Petit est avant tout un personnage libertaire, un brin anarchiste qui qualifie son art autant par le champ lexical de la révolte que par celui de la liberté. Il a déclaré, par exemple, « Ma criminalité est purement artistique. Si j’avais demandé l’autorisation et qu’on me l’avait refusée, j’aurais fait cette traversée quand même. Mais je n’y ai même pas songé. Pour moi, c’est une évidence : il n’y a pas besoin de permission quand on a envie de faire des choses belles. Il faut les faire, c’est tout. » Sur le toit, et sur ce point, le film rend bien compte des faits, c’est néanmoins, une sorte de défit de l’autorité qui l’emporte. Annie Allix (Charlotte Le Bon) et Philippe Petit (Joseph Gordon-Levitt)

Huit fois, le génie de la voltige narguera la police new-yorkaise rendu totalement impuissante en reprenant son chemin sur la corde raide. Plusieurs mois plus tard, il sera condamné à la peine symbolique de donner un spectacle pour les enfants new-yorkais à Central Park. Dans Le funambule, ces comparses du crime décrivait un homme exalté et également parfois très difficile à vivre. The walk, rêver plus haut n’exclue pas cette problématique. Comme beaucoup de génie, l’homme a perdu autant qu’il a gagné dans sa folie créatrice. Adoptant l’Amérique comme nouveau foyer, il perdit celle qui l’avait soutenue plus que tout autre durant la magnifique aventure new-yorkaise, Annie Alix (Charlotte Le Bon). Au final, The walk, rêver plus haut malgré son impression de froideur illustre assez bien la solitude de l’esthète face à ses défis.

Philippe Petit (Joseph Gordon-Levitt)

Si on y réfléchit bien, Zemeckis semble, dans un élan patriotique, signer un hommage au deux tours jumelles davantage qu’au créateur fantasque de spectacle grandiose et éphémère et c’est surement de là que vient cette impression de noirceur qui gâche ce qui aurait du être un appel à la folie des grandeurs. L’aventure de Petit ne serait-ce, finalement, qu’un prétexte pour mettre en avant la grandeur passé de deux géants de l’architecture? Entre ces deux immensités s’effaçant dans le brouillard du temps, rattrapé par la grande histoire, le poète des cieux est presque oublié des mortels.

Boeringer Rémy

Pour retrouver la bande-annonce :

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