Notre petite soeur, douceur et sororité


 

C’est dans une petite salle du cinéma Rialto de Nice que je me suis rendu à la projection de ce film en VOST le samedi 14 novembre au soir. Peu de monde dans la salle.
Il s’agit d’un film japonais adapté du manga Kamakura Diary (que je n’ai pas lu), et intitulé Notre petite sœur. On y suit trois sœurs, qui sont déjà de jeunes adultes, et vivent ensemble dans la maison familiale d’une banlieue paisible d’une ville du sud-ouest de Tokyo au Japon. C’est l’histoire simple d’une sororité dont un événement va bousculer l’existence. Ce film est de Hirozoku Kore-Eda, un réalisateur japonais habitué du festival du film de Cannes, et faisait donc partie de la sélection officielle du dernier festival.

L’histoire se déroule à Kamakura (ville jumelée avec la ville de Nice) dans la préfecture de Kanagawa à une heure en train au sud-ouest de Tokyo. Nous suivons les trois sœurs Kouda aux vies et caractères différents ayant entre 25 et 35 ans : Sachi (Haruka Ayase) la grande sœur infirmière dans la droite ligne de la rigueur toute nippone du dévouement pour son travail et sa famille, Yoshino (Masami Nagazawa) la cadette travaillant dans une banque et représentant la jeune femme qui aime bien s’amuser, et Chika (Kaho) la benjamine qui travaille dans une boutique de sport et qui occupe la place de la plus délurée des sœurs, tout en étant également assez discrète.

Les trois soeurs Kouda De gauche à droite : Chika (Kaho), Sachi (Haruka Ayase) et Yoshino (Masami Nagasawa)

Les trois soeurs Kouda : Chika (Kaho), Sachi (Haruka Ayase) et Yoshino (Masami Nagasawa)

On suit donc la vie de ces trois jeunes femmes dont un événement va venir modifier le quotidien. Leur père parti il y a maintenant bien des années vient de mourir et elles apprennent également qu’elles ont une demi-sœur de 14 ans. Elles partent donc à l’enterrement de leur père dans un village de montagne par le biais d’un train typique. Peu attachées à lui, car il a quitté sa femme et ses trois filles pour faire une autre vie ailleurs, c’est avec une certaine rancune qu’elles partent là-bas. Elles rencontrent sur le quai dès l’arrivée cette petite sœur Suzu Asano (Suzu Hirose), tellement kawaii, si typique de la petite adolescente japonaise. Elle semble pétillante, pleine de vie, et déjà revigorante par une certaine candeur et en même temps l’impression d’être remplie de nombreuses expériences de la vie. Après l’enterrement, Sachi, l’aînée va donc proposer à la jeune fille de se joindre à la sororité et de venir « en ville ».

Les quatre sœurs sur le quai de la gare

Les quatre sœurs sur le quai de la gare

Le film est un enchaînement de scènes de vie entre les sœurs et de la naissance d’une complicité nouvelle à la fois avec cette nouvelle sœur, mais également entre toutes les sœurs. Au travers des expériences de vies de chacune à la fois singulière et ensemble, nous nous attachons à voir celles-ci évoluer, sans jamais l’impression de donner dans un voyeurisme. Le film maîtrise une technique filmique permettant de comprendre dans une même situation les émotions de chacune. On apprend à connaître chacune, leur caractère propre, leurs aspirations, leurs décisions face aux aléas de la vie, et à s’attacher à chacune d’elle, à pouvoir se reconnaître en chacune.

Les quatre sœurs réunies regardant vers l'avenir ensemble

Les quatre sœurs réunies regardant vers l’avenir ensemble

Ce film est touchant parce qu’il nous laisse évoluer auprès de ces quatre sœurs avec un regard complice accentué par ces petits morceaux de vie simples, où la sororité est un rempart face à l’adversité et les épreuves de la vie. On se plaît à suivre l’adaptation de Suzu au milieu de ses sœurs et dans ce nouvel environnement urbain avec ses camarades. D’un point de vue social, le film s’il ne se veut pas ouvertement féministe, nous présente des jeunes femmes évoluer dans une grande autonomie, discrètement confrontée aux pressions sociales que subissent principalement les femmes, tel que le fait de se trouver un mari, de s’imposer dans son travail, ou de juste vivre librement sa vie selon ses choix. Tous ces objectifs semblent atteignables et plus encore semblent même plus faciles à atteindre grâce à la complicité entre ces sœurs.

Couvertures des trois premiers tomes du manga

Couvertures des trois premiers tomes du manga

Le film passe sans que jamais on ne s’ennuie malgré les deux heures dix qu’il dure, grâce à une narration qui à aucun moment ne s’alourdit d’intrigues hors du commun. On se plaît à voir Sachi confrontée au rôle de tutrice, et à ne pas répéter les erreurs de son père, la jeune Suzu découvrant une autre vie et une autre facette de l’adolescence et son ascension au sein de l’équipe de football au milieu des garçons, Yoshine et ses déboires sentimentaux et sa tendance à boire facilement, et la (trop ?) discrète Chika toujours de bonne humeur et là en soutien. C’est sans surprise donc, il me semble, que ce film ait été nommé dans la sélection officielle du dernier festival de Cannes, et il mérite toute votre attention, si vous appréciez les films dépeignant des scènes de vies, loin des complexes joutes familiales des familles bourgeoises de certains films français. Ici nous sommes dans les bons sentiments et nous apprécions y être. Si le film ne porte pas un message politique, il porte un message de vie, certes marqué dans l’air du temps du cinéma japonais, du retour à des choses simples, mais de manière toujours bienveillante. Il m’aura donné envie de découvrir un peu plus ce réalisateur et également d’aller me plonger dans le manga que le film adapte ici.

« Ikimasu ! »

Kévin Rio

Pour voir la bande-annonce :

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