[DVD] Kallawaya, le fils de l’éclair : un exemple de symbiose avec la nature


Un magnifique coffret, édité par les éditions ZED, comprenant neuf documentaires de Jean Queyrat et Jérôme Ségur, intitulé sobrement Ethnies nous entraînent aux quatre coins du monde à la découverte de peuples et de personnages fascinants. Pour entamer notre série d’article à ce sujet, nous avons choisi de parler de Kallawaya, le fils de l’éclair de Jean Queyrat qui nous emmène en Bolivie sur l’altiplano, dans la province Bautista Saavedra au nord de La Paz.

Max est né dans les hautes vallées des Andes boliviennes. Depuis qu’il a été touché par la foudre, celui que l’on surnomme le fils de l’éclair, c’est consacré à la pratique de la médecine Kallawaya. Cette médecine traditionnelle, mélangeant mysticisme païen et connaissance aigu de l’herboristerie est l’apanage de son ethnie dont il est l’un des derniers représentants. Avec son apprenti et fils adoptif Johnny, il entame un premier voyage à la rencontre des malades qui prend la forme d’une initiation pour le jeune homme.

Kallawaya, le fils de l’éclair est passionnant en bien des points. Les Kallawayas et leur cosmogonie ont été reconnus par l’UNESCO comme un patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Max est le représentant d’une culture préhispanique dont les origines se perdent dans les brumes du temps. À travers ce petit moment de vie qu’il a accepté de partager, il nous emmène à la découverte de la Bolivie, de ses mines de sel à ciel ouvert et de ses mines d’argent s’enfonçant dans les tréfonds de la terre. Ces lieux sont au cœur d’une bataille divine qui sévit encore entre Pachamama, la terre-mère et Tio, le diable des profondeurs. Ces figures mystiques incarnent les tensions à l’œuvre dans l’univers mais aussi dans le corps des hommes. Par extension, les luttes anti-impérialiste y ont indirectement trouvé une source revigorante. Les grèves des années cinquante ont donnés aux mineurs organisés en coopérative la possibilité de vivre de leur travail mais, sans appui gouvernemental, elles n’ont guère améliorée leur sécurité. De nombreux mineurs meurt de silicoses et s’ils s’enfoncent dans la mine, c’est toujours la peur au ventre. L’autel macabre élevé pour les offrandes au Tio en témoigne à l’entrée de la mine. De même, que la pauvre femme qu’il soulage souffre de douleur aux poumons, rongés par le sel.

Les recherches occidentales les plus récentes estiment que pour près d’un tiers, les plantes utilisées par les Kallawayas sont cliniquement efficaces. Les médecins Kallawayas attirent ainsi les convoitises des grands groupes pharmaceutiques mais refusent de vendre ou de troquer leur savoir. Les patients des Kallawayas peuvent régler ce qu’ils peuvent, un simple repas suffit. C’est une philosophie bien éloignée des consortiums occidentaux. A contrario, les tenants de la permaculture pourraient trouver dans l’enseignement des Kallawayas des pistes bien intéressantes. Effectivement, ils ont apprivoisé, au cœur de la montagne, de nombreuses plantes, qu’ils entretiennent dans des jardins secrets à la lisière entre la culture et la friche sauvage. Les populations les plus pauvres de Bolivie, non converties à la médecine moderne préfèrent encore avoir à faire à un Kallawaya qu’ils jugent plus proches de leur culture et plus enclin à prendre le temps qu’il faut. Elles sont d’ailleurs, sur les marchés de La Paz, parfois, victime de charlatans. C’est ainsi, qu’en plus de soigner les corps, les Kallawayas prétendent soigner les esprits en purifiant les lieux de vies et les lieux de travail. Résurgence des vieilles cultures amérindiennes, Max va ainsi sacrifier deux lamas devant la mine d’argent pour rétablir l’équilibre entre les cieux et les entrailles de la Terre. Redonnant foi à son patient, il sait surtout qu’il lui prodigue du réconfort face au mal de la mine, la dépression due à la peur.

Plongée onirique dans l’imaginaire bolivien, tout autant qu’une expérience concrète, source d’idée pour une meilleure relation avec la nature, relation devenue primordiale à l’heure où les ressources naturelles s’épuisent sous l’effet d’une consommation irraisonnée, Kallawaya, le fils de l’éclair ne tombe jamais dans la culpabilisation irritante que l’on avait décelé dans Chloé & Théo. Bien au contraire, Max se contente de faire découvrir son mode de vie et se garde bien de juger les étrangers à celle-ci. Nous ne sommes pas sûrs que tous les remèdes prodigués soit efficaces mais c’est une symbiose nécessaire et salvatrice que Max entretient à chaque minute de sa vie. De plus, sans l’avoir jamais prêté, il reste plus fidèle au serment d’Hippocrate que la plupart des hypocrites qui de nos jours refusent même la généralisation du tiers payant.

Boeringer Rémy

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