Mon maître d’école, redonner ses lettres de noblesse à l’enseignant


Pour son premier documentaire, Émilie Thérond a décidé de rendre hommage à celui qui fût son instituteur durant l’école primaire dans le petit village de Saint-Just-et-Vacquières dans le Gard. Avec Mon maître d’école, elle nous offre un voyage au pays de l’école idéale, à taille humaine et pour l’humain.

Après quarante ans de carrière, Jean-Michel Burel voit la retraite arriver à grand pas. C’est l’occasion de suivre une dernière fois, ce vieux routard de l’enseignement et d’écouter ses impressions. Émilie Thérond a décidé de le suivre une année encore, au fil des saisons, avec ses derniers élèves, en faisant intervenir d’anciens camarades en guise de témoignage.

Jean-Michel Burel

De la somme d’enseignements que l’on peut retirer de Mon maître d’école, un semblant relève de la théorie, le reste d’une vie entière de pratique. Jean-Michel Burel est le représentant d’une école que l’on voudrait voir disparaître. Le vieil instituteur est arrivé dans les années 1970 dans ce petit village à fleur de coteaux qu’il n’avait jamais vu. On lui donna du « Bonjour, monsieur l’instituteur » en retirant son béret. C’était une époque où, un peu à la Pagnol, un peu à la Don Camillo, l’instituteur, le maire et le curé était les notables du village. On savait la valeur de cet homme qui pouvait donner l’instruction nécessaire aux enfants pour en faire de vrais hommes, des citoyens à part entière et, peut-être, les sortir de la misère. Avec la marchandisation des esprits, ce respect pour le savoir tend à disparaître. Le corps enseignant dans les grandes villes n’est plus considéré par les usagers que comme un service parmi d’autre. Pour l’État, il ne s’agit plus de former des citoyens, mais des travailleurs corvéables et des consommateurs assidus. Les résistances nombreuses et salvatrices du corps enseignant sont régulièrement vilipendés par un large pan de la presse qui condamne tout mouvement social sans appel. Les seuls à avoir voie de presse sont de vieux réactionnaires pensant que le problème viendrait d’une jeunesse décadente et voulant réhabiliter la fessée. On atteint alors un summum de réflexion philosophique et politique.C’est dans cette optique que les témoignages semblables à Mon maître d’école sont indispensables.

Avouant sortir parfois de l’académisme béat, Jean-Michel Burel prend des libertés avec le règlement rigide de l’éducation nationale. C’est ainsi qu’il accueille, bien après le délai légal, un de ses anciens élèves, déficient mental, qui souhaite continuer à suivre les cours, retrouvant dans l’école un cadre qui lui convient et le rassure. Pour les autres élèves, c’est une indispensable ouverture à la différence et un apprentissage de la tolérance. S’il suit le programme établi par les instances académiques, l’instituteur n’oublie pas de profiter de la luxuriante nature environnante pour laisser les enfants faire l’expérience du réel. Les ballades en forêt sont organisées régulièrement pour permettre aux gamins d’apprendre en s’amusant. Ils acquièrent, au contact de la nature, une richesse intellectuelle pour leur culture générale qu’ils ne peuvent qu’appréhender dans les livres. Bien sur, le petit effectif de la classe permet des activités impensables dans l’univers anxiogène des villes. D’autant plus que le pouvoir refuse depuis des décennies d’entendre les exigences d’un véritable investissement en matière d’encadrement des enfants et que les classes demeurent surchargées. Les réformes incessantes ne prennent plus en compte le caractère humain de l’enseignement depuis longtemps. Les enseignants qui forment encore les élèves à la citoyenneté avant d’en faire de la chair à canon de marché du travail sont de véritables résistants. On ne peut que répéter, et l’on pense parfois crier dans le désert qu’une démocratie revigorée, solidaire, républicaine ne pourrait se passer de redonner à l’enseignement le rôle centrale qui lui revient.

Venant appuyer par l’exemple, l’un des développements centraux de Demain, faisant écho à Les héritiers de Marie-Castille Mention-Schaar et étant le parfait complément à La cour de Babel de Julie Bertucelli, nous ne pouvons que vous conseiller d’aller voir Mon maître d’école, bel hommage à un homme émouvant et ordinaire qui a voué à sa vie à rendre celle des autres meilleures.

Boeringer Rémy

Pour retrouvez la bande-annonce :

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