Bang Gang (Une histoire d’amour moderne) : des sentiments à l’ère numérique


Bang Gang (Une histoire d’amour moderne), le premier film d’Eva Husson, adapté de fait divers ayant eu lieu aux États-Unis en 1999 est un reflet de notre époque autant qu’il en est le miroir déformant. La photographie esthétisante, rappelant celle d’American Beauty, la caméra toujours en mouvement, donne au long-métrage un pouvoir d’attraction qui laisse figurer une belle carrière en devenir.

Pour tromper l’ennui d’un été dans une banlieue bourgeoise sur la côte atlantique et pour attirer l’attention d’Alex (Finnegan Oldfield que l’on a aperçu dans La marche), George (Marilyn Lima), seize ans, lors d’une soirée, lance un jeu érotique auquel ses amis vont prendre goût et qui va leur échapper. Seul Gabriel (Lorenzo Lefebvre), un garçon introverti semble prendre la mesure du danger qui menace. Gabriel (Lorenzo Lefebvre) et George (Marilyn Lima)

Bang Gang (Une histoire d’amour moderne) semble signer par son sous-titre même le regard désabusé qu’il porte sur la génération des réseaux sociaux. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a, à proprement parler, pas d’histoire d’amour dans le long-métrage, si ce n’est à la marge. L’idée principale qui émerge serait que notre jeunesse est devenu incapable d’aimer en dehors d’un monde d’apparence phagocyté par l’art de la représentation. Ou que, du moins, cette nouvelle manière d’aimer serait devenu la norme. Si l’on ne peut nier l’influence du médiocre sur les relations humaines qu’il passe par des normes mercantiles ou des normes pornographiques, mis en avant par le fonctionnement et le succès des réseaux sociaux servant bien souvent davantage à satisfaire Narcisse que d’outils de partage culturel, on ose espérer qu’elle ne soit pas devenue normative. Des symptômes bien réels, simples facettes du capitalisme rabaissant les corps au rang de marchandises, existent mais ne sont pas le fait exclusif de l’ère numérique. Les représentations au sein même de Bang Gang (Une histoire d’amour moderne) exclue de manière incongrue les relations homosexuelles de l’équation, si ce n’est quelques bisous entre filles tout à fait hétéronormés visant à satisfaire un désir voyeuriste masculin et qui font d’ailleurs l’objet de blague pataudes par les protagonistes principales. Du point de vue de la réalisation, Eva Husson prend soin de filmer différemment les scènes d’ébats collectifs débridés qu’elle condamne et les moments intimes entre deux personnes passant de la pure pornographie à un érotisme plus artistique. George (Marilyn Lima) et Laetitia (Daisy Broom)

Tout ce petit jeu prend fin lorsque une catastrophe surgit telle une punition divine. C’est bien là toute l’ambiguïté de Bang Gang (Une histoire d’amour moderne), si la mise en scène semble empathique envers les personnages, le scénario les condamne sans appel pour mieux leur offrir la rédemption. Husson semble alerter d’une norme émergente qu’il faudrait contrecarrer. Pour autant, peut-on s’inquiéter de certaines dérives minoritaires sans rentrer dans la carcan d’une lutte arriérée contre une liberté sexuelle durement acquise ? N’y a-t-il que l’expérience la plus débridée ou le conformisme bourgeois ? Finalement, le vrai problème qui émerge du long-métrage est la place que nous laissons au public pour s’immiscer dans notre vie privée. Ce qui est maladroitement confondu avec ce que nous faisons dans notre vie privée. L’hypermédiatisation de nos propres vies est un danger sociétal tout autant que psychique pour nous-même. À ce titre, Husson a l’intelligence de rappeler par un biais scénaristique à quel point ce que vous publiez sur internet peut vous échapper et vous poursuivre. Pour ce faire, elle fait allusion à la détresse psychologique dans laquelle ont été plongé des adolescents à qui leur image échappait, vilipendés par leur camarade et sujet de moquerie sur le net, certain allant jusqu’au suicide. L’actualité des dernières années a malheureusement illustrée plusieurs fois ce sujet.

Gabriel (Lorenzo Lefebvre) et George (Marilyn Lima)

Si l’intime échappe de plus en plus à la sphère privée et qu’il est nécessaire de se le réapproprier, nous doutons que le phénomène ne soit uniquement le fait d’une génération naissante biberonné aux réseaux sociaux. Au même titre que nous doutons que notre jeunesse soit totalement inconsciente de celui-ci et soit devenue cette bête immonde dénuée de mesure que l’on nous décrit régulièrement. Il semblerait que la starification à outrance et le porno soit né de la dernière pluie, pourtant ce sont des phénomènes plus anciens servant servilement un système économique où tout s’achète, même la dignité. Personne n’a attendu internet pour vomir la bile la plus exécrable dans les tabloïds les plus racoleurs. Pas sur, également, que dans l’intimité feutrée des chambres conjugales, la femme n’ait toujours été traitée avec plus de respect que dans l’univers du X. On en revient toujours à cette indécente manière de se laver les mains en jetant l’opprobre sur les générations futures. Le problème est vieux comme l’humanité. Néanmoins, Bang Gang (une histoire d’amour moderne) aborde un rapport au numérique, pour le coup véritablement naissant, avec lequel nous devons rester vigilant.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :

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