[DVD] Les samouraïs noirs, reflets de l’âme humaine venus de la nuit des temps


Continuons notre tour du monde grâce à l’extraordinaire série de documentaire de la série Ethnies, sortie chez ZED. Les samouraïs noirs de Jean Queyrat nous emmène chez le peuple farouche des Surma qui peuple depuis des millénaires le berceau commun de l’humanité, dans le Sud-Ouest éthiopien. La violence omniprésente dans leur vie est comme un reflet de notre propre humanité. C’est la deuxième ethnie éthiopienne que le coffret nous permet de découvrir après le magnifique Dans la bouche du diable.

Suite à une nouvelle période de sécheresse, les Surma doivent se prémunir contre les attaques de leurs ennemis héréditaires venus du Soudan, les Bumis. Après avoir consulté les esprits, ils décident d’organiser un Donga, tournoi de duel au bâton, pour éprouver le courage de leurs guerriers. Plus de huit cents « samouraïs noirs » vont s’affronter. Le jeune Wole Wiko est de ceux-là.

Jean Queyrat nous le rappelle, les Surma sont probablement l’un des peuples qui a le moins subis d’influence extérieur et qui est le plus proche descendant de nos ancêtres communs. Le gouvernement éthiopien lui-même n’a aucun contrôle sur la région qu’ils peuplent. Seuls quelques marchands d’armes bien avisés et quelques reporters audacieux ont fait le voyage. C’est ainsi que l’on retrouve malheureusement entre les mains des Surma des mitraillettes qui ne font qu’amplifier les conflits territoriaux et la violence permanente qui constitue leur culture depuis des siècles. Toutes les pratiques culturelles des Surma sont empreintes de rites guerriers. Il y a peu de place pour des rites de fertilité par exemple. Les femmes sont quasiment les dernières à porter des labrets qui défigurent leurs lèvres. Le commentateur nous assure que personne ne les oblige à le porter mais que la plupart perpétuent la tradition. On comprend plus tard que les différentes transformations du corps qu’elles s’infligent augmente d’autant leur valeur. Par exemple, elles sont également adeptes de scarifications. Oui, on parle bien de valeur car une femme ornée de labret et de multiples scarifications vaudra davantage de dot lors de son mariage. On peut calculer combien vaut une femme en tête de bétail. Le bétail est d’ailleurs le signe extérieur de richesse que convoite tous les hommes Surma. Plus on possède de bête, plus on est haut placé dans la société. Les hommes sont polygames, mais de nombreuses femmes ne trouvent pas à se marier à cause de l’hécatombe que subit cette société très violente. Posséder des bêtes en surnombre, c’est s’assurer une domination sociétale et patriarcale.

Le sang, les blessures, l’exaltation guerrière sont omniprésents dans les rites Surma. Le Donga est la quintessence de celle-ci. Armé de bâton d’environ deux mètres vingt dont l’extrémité est taillé en forme de phallus, les guerriers se battent sans jamais désigné de vainqueurs. Le but n’est pas de gagner, le but est de souffrir et d’accepter cette souffrance pour prouver son utilité et son fanatisme à la tribu. Les combattants arborent fièrement leurs cicatrices et le sang qui dégoulinent sur leurs torses. Parfois, deux jours après les combats, ils succombent de leur blessure et des contusions internes. On est bien loin de l’essentialisation malsaine de peuplade que tous les gourous occidentaux désignent comme plus purs. Si les Surma sont les descendants de nos aïeuls, c’est la preuve que l’humanité est avant tout constituée de rage et de fureur. S’ils n’ont pas atteint la sophistication des esclavagistes modernes, s’ils n’ont pas théorisé l’exploitation et la servitude volontaire, la société primitive des Surma n’ait pas là pour exempter l’homme de ses défauts. C’est un démenti cinglant à ceux que qui pense une humanité fantasmée, sortie tout droit de l’Éden, fondamentalement bonne. C’est contre des passions ancestrales et animales que l’humanité doit se battre de toute son âme. C’est, pour tout être, se faire violence que s’arracher à sa condition animale. Et partout sur Terre, on voit bien la bestialité prendre le dessus.snip_20160121163841

Les samouraïs noirs est un magnifique reportage. Comme le dit Jean Queyrat, le sang impétueux qui bat dans le cœur des Surma est aussi le nôtre. Il y a des leçons à en tirer.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce :

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