Kanye West : The global premiere of Waves, éloge du vide et symptôme d’une époque


Ce jeudi 11 février 2016, Kanye West fêtait, en grande pompe, la sortie de son dernier album The Life of Pablo, dans le cadre de la Fashion Week, à Madison Square Garden, New-york. À l’occasion, le show fut retransmis en direct à travers le monde dans les cinémas. Nous avons assisté à ce qui s’est révélé un spectacle bien navrant. Un véritable symptôme de notre époque.

S’il n’y avait pas quelques anciens et de jeunes idéalistes sans le sou pour porter haut la flamme du hip-hop, c’est à ce type de fossoyeurs que serait livré tout un pan de la culture urbaine. Kanye West est un escroc. Les tenants de cette forme dégénérescente de rap, à commencer par les radios grands publics, en France Le Mouv ou Skyrock, ont vidé les principes de cette musique pour la résumer dans un seul et unique concept abscons : le rap game. C’est ainsi qu’on ne parle plus que des clashs nullissimes entre Booba et consorts sans jamais parler de musique ou de fonds politiques. Dans la culture hip-hop, il y avait l’ego trip. L’ego trip, c’était une façon d’affirmer que l’on avait confiance en soi, qu’on pourrait se sortir de la fange, et cela entretenait dans les textes une réalité de rivalité entre gangs qui existait belle et bien. Les petits bourgeois comme Kanye West sont obligés de s’inventer une vie. Avant le rap choquait par ses propositions chocs, ses constats sociaux amers et souvent par la cruelle violence des paroles qui ne faisait que reflétait le quotidien bien réel des quartiers défavorisés. Il ne s’agit plus maintenant d’afficher avec fierté ses origines, il faut s’en inventer. Il faut se travestir et policé au maximum ses pensées. C’est ainsi que l’on atteint la gloire de faire la une des magazines. Il faut se taire, accabler l’auditeur de banalité sexiste, machiste, homophobes de tant à autre, pour se voir l’honneur d’être reconnu par la profession. Il faut faire dans l’esbroufe, offrir du vide, et tenter de se faire passer pour Duchamp. C’est ce qu’a fait Kanye West hier soir avec un mépris affiché pour son public qu’aucun artiste n’avait probablement jamais osé auparavant. Des musiciens célèbre, dans un autre registre, comme Frank Zappa, connu pour leur mégalomanie, avait davantage de considération.

Zappa, auréolé par les critiques, ayant pris la grosse tête, monté sur scène sans saluer, jouer son set, puis partait aussi sec. West ne se prend même pas la peine de jouer. Le mec, vient nous balancer ces morceaux en mp3, sur son ordinateur portable. Puis il danse avec tous ces potes parasites. Comme à la maison. Comme s’il était tout seul. Quel musicien sérieux présente un nouvel album sans monter sur scène, sans jouer en live ? Quel escroc ose faire payer une entrée de cinéma pour voir un si désolant spectacle ? Parlons d’ailleurs de la musique. Kanye West peine à se renouveler. Il nous annonce « le meilleur album de tous les temps », nous n’entendons que la même sempiternelle soupe vocodée. Sur scène, à la place du rappeur, il y a deux podiums. Sur l’un, des femmes et sur l’autre, des hommes. Les mannequins sont immobiles. Cachés sous une bâche, c’est sur la deuxième piste de l’album que l’on nous les dévoile. L’excitation de savoir ce qui pouvait bien s’y cacher retombe comme un soufflet. Et sur scène, pendant près d’une heure, rien ne se passe. Si ce n’est que certain mannequin, par dépit certainement, finissent par s’asseoir et que tous semblent affliger eux-mêmes de participer à cette mascarade. Enfin, c’est consternant une célébration hip-hop sans break dance… Tous habillés en vert kaki, voir caca d’oie, affublés des très laides baskets créées par le rappeur, les mannequins donnent à l’ensemble de la scène un air de tristesse indéfinissable. La réalisation de la retransmission coupe le son de la salle au profit de la musique ce qui accentue encore l’impression d’être étranger à l’événement. Dans les tribunes, les gens sont aussi immobiles que le sont les spectateurs médusés des cinémas. Tout le gotha new-yorkais est présent pour s’afficher. Kim Kardashian est présente et mise en scène comme tout autre produit de consommation.

À la fin, il s’agit de cela, de l’apparence. Si l’on est venu pour l’amour de la musique, on s’est trompé de porte. Ce show bizarre, presque angoissant, où personne ne danse, hormis les mannequins pour la dernière chanson, est vide, sclérosé et si représentatif de l’entre-soi qui anime cette bourgeoisie de nouveaux riches décadents. Les rappeurs 2.0 ne créent plus, ils mettent de l’autotune, ils ne performent plus, ils passent un CD, ils ne rappent plus, ils vendent des chaussures de sports. Et partout, même dans ce qui fut l’un des meilleurs journal culturel de sensibilité progressiste, même dans Les Inrocks, on acclame cet éloge du vide…

Boeringer Rémy

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