Pattaya ou le tourisme prostitueur


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On a vu Pattaya, le deuxième film de Frank Gastambide, en avant-première, lundi dernier, mais hébétés et un peu surchargés, on ne vous propose notre critique qu’après la sortie. On ne va pas se mentir, dans l’ensemble, on a quand même rit, notamment pour les mimiques essorées mais toujours efficace de Gad Elmaleh et Ramzy Bedia, mais on a surtout accusé le coup. D’un côté, Pattaya tend à caricaturer la jeunesse des quartiers, en reprenant certains codes qui fonctionne très bien et parlent à tout amateur de culture hip-hop, mais s’enlise en les désignant comme des idiots congénitaux. De l’autre, le film fait l’apologie du tourisme sexuel thaïlandais. De quoi nous mettre en colère, chez la Graine.

Franky (Frank Gastambide que l’on a vu dans Toute première fois), qui vient de se faire larguer par Lilia (Sabrina Ouazani que l’on a vu dans Qu’Allah bénisse la France), et Krimo (Malik Bentalha), son meilleur pote timide, s’ennuient dans leur cité de la région parisienne. Ce dernier, après avoir vu dans une émission de télé, qu’un organisateur de combat de nain clandestin recherche des combattants pour affronter son champion, lui propose de faire un traquenard à Karim (Anouar Toubali), un nain de la cité, dans l’espoir de se faire payer les billets pour Pattaya, station balnéaire de Thaïlande. Reaz (Ramzy Bedia)

Avant de passer aux choses quoi fâchent, parlons tout de même de ce qui fonctionne. En premier lieu, les parodies d’émission de télé réalité, où L’île de la tentation devient L’île de la ken sont assez réussis, tournant au ridicule le concept même de ces émissions qui est de créer du vide avec du vent. Un instant, on a même cru que l’idée virait à la franche dénonciation avec un pastiche de Koh-Lanta où des personnes obèses sont mises à la diète à la manière forte. Le concept est tellement ignoble que l’on pense que Gastambide pousse le bouchon pour se moquer de la dégueulasserie de ces émissions. Seulement, le film tombe rapidement dans la grossophobie facile et ne transforme pas l’essai. Pire, la morale de l’histoire semble signifier qu’une histoire d’amour avec une personne forte est irréaliste. Un pas en avant, deux pas en arrière. Bien sur, c’est même téléphoné, les deux compères vont se lier d’amitié avec celui qui aurait du être le dindon de la farce et réalisé que les apparences ne sont pas l’essentiel. Alors, ça fonctionne pour les nains mais pas pour les gros apparemment. Une chose à la fois. Inévitablement, on a déjà attaqué le gros du sujet, mais on va tout de même parler rajouter quelques points positifs. En premier lieu, on l’a déjà dit mais Elmaleh et Bedia font office de véritable caution humoristique à eux seul. En second lieu, quelques références bien placées serviront de fan service efficace au public, par exemple, lorsqu’un tenancier d’hôtel venant du Val d’Oise tend la clé 113 aux voyageurs. Le marocain (Gad Elmaleh que l’on a entendu dans Les minions et vu dans le très beau L’orchestre de minuit)

Pour le reste, Pattaya est surtout une accumulation de cliché, souvent bien exploités, mais dont le principal, à savoir le langage de la jeunesse est trop mis en avant et nuit gravement en faisant passer les héros de l’aventure pour de sombres demeurés. Pattaya est symptomatique de ce cinéma orienté pour la jeunesse qui tentent d’en recracher les codes sans réellement les comprendre. Mais le pire est certainement cette volonté affichée de rendre cool ce que le capitalisme a créé de pire en matière touristique remplaçant le dépaysement et l’attrait culturel par une beaufitude absolue. Pire que le Club Med qui vise à reproduire partout les mêmes standards, pire que cette uniformisation du tourisme qui vous fera passer vos vacances en Grève à la piscine de votre hôtel en all-inclusive sans que vous mettiez le pied à l’Acropole, il s’agit ici de rendre presque sympathique les pires éclats de la pauvreté intellectuelle, sociale, culturel et même sexuelle de ces hordes de touristes qui viennent dans le Tiers-monde pour satisfaire leurs envies malsaines. A Pattaya, la vraie, on peut se payer des mineurs pour une poignée de dollars et la ville abrite une forte population paupérisée à la recherche d’un monde meilleur qui se dissout et se consume entre drogue et prostitution aux services de gros dégueulasses occidentaux. Pattaya, le film, fait dans la blague lourdingue sur le fait que l’on ne sait pas si l’on tombe sur un homme ou une femme lors d’une passe. Ce qu’il passe sous silence, c’est le caractère profondément dégradant de la prostitution qui n’est pas un choix mais une situation subie par des populations en souffrance, déracinées. Les personnages de Pattaya sont là pour consommer, les questions éthiques sont bien loin de leur préoccupation. Sauf que l’on ne consomme pas des êtres humains.

Pattaya reproduit les codes du film pour ado du type American Pie ou Projet X tout en ambitionnant de devenir un Very Bad Trip à la française. On en est vraiment loin. Même sous la couverture du rire, on ne peut pas cautionner que l’on offre comme rêve de voyage à notre jeunesse, un aller vers les lupanars les plus glauques de la planète. À ce sens, malgré ses quelques vannes rigolotes, c’est surtout la nausée que provoque Pattaya. On n’est pas loin du nauséabond La crème de la crème, sauf que là, Pattaya n’a même pas le courage de réellement regarder dans son sac à vomi.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce : 

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