Lettres au Père Jacob, touchés par la Grâce


Touchés par la grâce. Comment mieux définir la sensation qui nous a animé pendant le visionnage de Lettres au père Jacob, le troisième film de Klaus Härö, sorti en 2009 en Finlande, et seulement sept ans plus tard dans l’hexagone. Dans ce drame intimiste, porté par les paroles de Saint-Paul dans sa Première lettre aux Corinthiens, le soin apporté aux lumières n’éclaire pas que la scène mais s’insinue également dans nos cœurs.

Leila (Kaarina Hazard), condamnée à perpétuité pour un crime dont on ignore l’exact teneur, est graciée mystérieusement. Le gardien de prison (Esko Roine) qui vient l’en informer lui propose un travail chez le père Jacob (Heikki Nousiainen), vieillard aveugle, pour se réinsérer. Elle accepte à contre cœur. Chaque jour, elle doit lui lire la correspondance abondante qu’il entretient avec ses fidèles, apportée par le facteur méfiant(Jukka Keinonen) cheminant la route campagnarde.

Leila (Kaarina Hazard) et le Père Jacob (Heikki Nousiainen)

Meilleure manière de ne pas pourrir l’affect du spectateur avec des considérations morales préconçuess, Lettres au père Jacob évoque la rédemption d’une reprise de justice sans nous éclairer avant la toute fin sur les causes de son internement. C’est une façon efficace de laisser au personnage une humanité qui ne soit pas sclérosée par des jugements stéréotypés. Avec cette nouvelle chance, Leila peut s’ouvrir à nous dans toute la complexité de sentiments complexes et contradictoires. Si Lettres au père Jacob véhicule un catéchisme chrétien, Klaus Härö n’en fait pas un prêchi-prêcha imbuvable, bien au contraire, il extrait de la doctrine l’essence-même de ce qui peut en faire un message d’amour universel. Lecteurs, vous savez certainement, en lisant régulièrement nos lignes, que l’auteur de cet article a un positionnement plutôt anticlérical. Pourtant, il y a là des sujets qui n’ont rien à voir avec l’utilisation politiquement rétrograde que l’Église a longtemps fait des saintes écritures. Au contraire, Lettres au père Jacob rappelle ce qu’il y a d’essentiel dans le message révolutionnaire du Christ. Il s’agit de réaffirmer la primauté de l’Amour et du Pardon sur tout autres sentiments humains. Et cela peut tout à fait s’affirmer avec la candeur ardente de l’athée. On peux trouver dans toutes les religions, des bases philosophiques tout à fait acceptables. A chacun de faire le tri. Dieu est ici, finalement, remis à sa place, c’est-à-dire à celle de métaphore des angoisses et des aspirations humaines. Aveugle, affaibli, le père Jacob donne sa confiance à une criminelle contre laquelle il serait bien en peine de se défendre. Celle-ci, recluse depuis douze ans derrière les barreaux d’une prison, est inadaptéee pour toute interaction sociale. Il va pourtant bien falloir que les deux êtres, que les deux âmes s’apprivoisent.

Le facteur (Jukka Keinonen) et Leila (Kaarina Hazard)

Ce n’est pas tant les bondieuseries du père Jacob qui vont finir par séduire Leila, mais sa ferveur à soulager les maux de ses administrés, sa grande humanité et sa mansuétude désintéressée. Quand il le peut, il relit la première lettre de Saint-Paul aux Corinthiens. Celle-ci nous dit : « J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. » Les athées remplaceront « Dieu » par « l’univers » et « foi » par « science », cette affirmation n’en restera pas moins somptueuse et poignante. C’est autour de ce texte essentiel qu’est construit Lettres au père Jacob. Avec l’expérience du réel, dont il s’est détourné il y a longtemps, le père Jacob retrouve un sens à sa vie. Comme il le confie, il ne connaît aucun de ses correspondants, s’étant contenté souvent de leur dire ce qu’il voulait entendre. Leila va lui apporter cet amour sans lequel il n’était pas grand-chose et ne vivait qu’à travers Dieu, Jacob va lui apporter le pardon dont elle a besoin pour se reconstruire. La photographie de Tuomo Hutri sied à merveille à ce huit-clos dramatique, à la fois touchant et éprouvant, profondément mélancolique tout en étant gorgé d’espoir. Certains plans intérieurs rappellent ainsi les jeux de lumières, en clair-obscur, des toiles de Vermeer, à l’image de ces deux vies suspendues dans une période de transition, à la recherche de réponses et en proie au doute.

Leila (Kaarina Hazard)

Lettres au père Jacob est un hymne à l’Amour et un plaidoyer pour le droit à la réinsertion. D’une certaine manière, il nous rappelle que nos proscrits, au grand jamais, ne devrait être considérés comme exclus de la communauté des hommes. Une profession de foi, certes, plus dure à mettre en œuvre qu’à rêver mais qui devrait constituer notre horizon. D’une certaine manière, le crime dont est responsable Leila fait écho à l’affaire récente de Jacqueline Sauvage qui assassina son mari après des années de calvaires. Parce que le purgatoire, pure invention de l’Église catholique, se trouve bien souvent sur Terre, c’est à nous de trouver le chemin vers la grâce. Non la grâce divine mais celle du cœur, peu importe le chemin emprunté pour y arriver. Amour, compassion, pardon, Lettres au père Jacob exaltent des sentiments que le pragmatisme moderne tend à amoindrir et qui ont toute leur place dans une société heureuse. Pour notre part, nous avons été touchés par la grâce de cette petite production poétique et humaniste. Projeté dans de nombreuses petites salles à travers la France, nous ne pouvons que vous conseillez de faire une halte pour ce petit moment de recueillement bienvenue dans le tumulte de nos vies.

Boeringer Rémy

Retrouvez ici la bande-annonce : 

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