[DVD] Comment c’est loin : comme un aimant


« J’suis d’retour avec ma sous-culture, ouais sauf que c’est nous l’futur, hein : c’est nous l’futur » scandé Orelsan dans son morceau Raelsan. Déjà prophétisé au cinéma par des œuvres tels que Comme un aimant de Kamel Saleh, scénarisé par Akhenaton, ce futur radieux reste aussi hypothétique que la jeunesse s’enlise dans l’ennui et le manque de perspectives. À l’occasion de la sortie en DVD de Comment c’est loin, le 19 avril prochain, co-réalisé par le rappeur normand et Christophe Offenstein, c’est l’occasion pour nous de revenir sur un rappeur à part, à cheval entre modernité et oldschool, à l’origine de quelques controverses et finalement sacré par le petit écran avec sa série Bloqués créée par sous l’égide de Kyan Khojandi.

Alors qu’Orel (Aurélien Cotentin) travaille en tant que veilleur de nuit dans un hôtel, Gringe (Guillaume Tranchant) procrastine. Ensemble, il s’essaie au rap et sont reconnu par deux jeunes producteurs, Ablay (lui-même) et Skread (lui-même).

Gringe (Guillaume Tranchant)

S’en défendant souvent dans ses morceaux, tapant parfois à tort et à travers comme dans Suicide social, Orelsan donne quand même dans l’instantanée polaroid de notre société. D’une certain manière, c’est un constat amer qu’il livre dans Comment c’est loin. Comment c’est loin, effectivement, l’avenir, le devenir, les rêves de notre jeunesse. Comment, souvent, ils peuvent se réduire à un ailleurs devenu inaccessible. Alors, notre jeunesse, elle tue le temps comme elle peut en cherchant autre chose que la déchéance crapuleuse et l’aliénation du travail. De cette dernière, Gringe parle clairement. Il évoque cette terrible routine de jobs avilissants et d’un monde de l’entreprise rempli de carnassiers, de pauvres petits bourreaux. À travers Quand ton père t’engueule, les Casseurs Flowters évoque le déficit de compréhension avec nos parents sexagénaires ayant grandi pendant les trente glorieuses et qui éprouve les plus grandes difficultés à saisir la réalité du marché du travail contemporain. Comment c’est loin reflète les névroses de notre époque, où les jeunes rêvent de gloire, même éphémère, non pas parce que devenir célèbre est leur espoir mais parce que le quotidien fade n’est plus apte à stimuler l’imagination. D’autres sujets sont évoqués comme la misère sexuelle véhiculée par le milieu du porno et la prostitution.

Ablay et Skread

Le film est construit comme un long clip pour l’album éponyme, entrecoupé d’intermèdes composés comme des tranches vies autobiographiques. Orelsan et Gringe se livrent à la caméra sur le processus laborieux de leurs créations mais également sur les petits tracas d’une vie ennuyante. Pour autant, fort heureusement, cet ennui ne s’imprime pas à la pellicule mais distille plutôt une ambiance de désillusion teinté d’amertume. Par petites touches, l’humour pince sans-rire empêche d’ailleurs le tout de sombre dans la sinistrose. Comment c’est loin est surtout un appel à se réveiller d’une inertie dans laquelle on voudrait nous laisser nous noyer. Ce que les Casseurs Flowters veulent bien dire de leur expérience est certainement qu’il ne faut jamais se laisser abattre, « que tout travail mérite – non pas un salaire – mais un peu d’ambition et de volonté ». Ce qui nous fait revenir à ce que nous annoncions plus haut, que le travail n’a rien à voir avec le salariat idiot qui nous prive du fruit de celui-ci. Il s’agit aussi, et ce n’est pas rien à l’heure où l’on cherche à détruire le peu de financement culturel public qu’il existe encore, que le travail artistique, souvent décrié comme une occupation oisive, est un véritable travail qui demande de l’investissement et qui devrait être reconnu en tant que tel.

Gringe (Guillaume Tranchant) et Orelsan (Aurélien Cotentin)

Portrait d’une jeunesse désabusée qui se prend en main, Comment c’est loin est un film musical plaisant, intelligent, intimiste, qui tire son épingle d’un jeu truqué par manque de prétendants mais trouve sa place avec honnêteté. Orelsan et Gringe ne se la joue pas gangstas et prouve pourtant que la triste apathie qu’il décrive ne concerne pas que la jeunesse désœuvrée des cités. C’est probablement, un mal plus profond, résultat de dizaine d’année de sermons néolibéraux assénant qu’il n’y a pas d’avenir, pas d’alternative. Il ne s’agit pas d’en prendre acte, il faut s’en révolter, chacun à sa manière et à la hauteur de ses moyens, tromper cette mort lente.

Boeringer Rémy

Retrouver ici la bande-annonce : 

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